France: un policier dénonce la violence gratuite de ses collègues contre des migrants à Calais (ONG)
Le 23 août dernier, des migrants érythréens ont été passés à tabac par des CRS, selon les témoignages rapportées par plusieurs ONG.
France: un policier dénonce la violence gratuite de ses collègues contre des migrants à Calais (ONG) (Reuters)

Un policier, membre des Compagnies républicaines de sécurité (CRS), a dénoncé la violence gratuite exercée par ses collègues contre des migrants, le 23 août dernier, à Calais, dans le nord de la France, selon une organisation non gouvernementale (ONG).

Par voie de communiqué, l'ONG Utopia 56, rapporte que dans la nuit du 22 au 23 août, à 01 h 15, son équipe "a été appelée sur sa ligne d’urgence pour une situation de violences policières envers des personnes exilées".

Violence policière contre des migrants à Calais

L'ONG décrit ainsi les faits relatés par les victimes aux équipes d'Utopia 56 et de Human Rights Observer (HRO), un projet soutenu par l’Auberge des Migrants et Utopia 56, deux ONG de soutien aux personnes exilées.

"Cette nuit-là, un groupe de personnes exilées, originaires d’Érythrée, s’est rendu sur le parking d’une station-service de Calais afin d’essayer de monter dans un camion avec l’espoir de rejoindre le Royaume-Uni. Une fois sur place, à la vue d’un camion de CRS, une partie du groupe fait demi-tour, et seules deux personnes, âgées de 18 ans, restent sur place", indique l'ONG.

"Lorsque les CRS arrivent à leur niveau, l’un des policiers porte un premier coup au visage à chacune des deux personnes. Les CRS saisissent les deux personnes par les bras pour les emmener dans une rue latérale à l’abri des caméras, ce qui constitue un acte de préméditation", lit-on encore dans le communiqué rapportant qu'un des agents a alors porté un nouveau coup violent au visage de l’une des personnes, qui est tombée au sol.

"Après avoir mis la seconde personne à terre, environ 7 CRS leur ont donné de nombreux coups de pieds au sol. Les CRS sont repartis en riant, laissant les deux personnes blessées au sol" selon ce témoignage.

Utopia 56 rapporte que les amis des victimes sont ensuite revenus auprès d’elles et ont appelé Utopia 56, afin de leur signaler ces violences.

"Un fourgon de la compagnie de CRS V/54, arrivé sur les lieux après les violences, était présent lorsque les bénévoles d’Utopia 56 arrivent sur place. L’une des victimes était toujours au sol, du sang sur le visage. Les pompiers ont été contactés et ont transporté l’une des victimes à l’hôpital," indique encore l'ONG. Elle précise que le certificat médical établi dans la nuit par un médecin de l’hôpital de Calais fait état de "saignements et d’une déviation de l’arête nasale (fracture), de douleurs à la palpation thoracique, ainsi que de douleurs scrotales".

- Un appel anonyme d'un CRS

Interrogé ce samedi par l'Agence Anadolu (AA), William Feuillard, coordinateur pour l'ONG « L'Auberge des Migrants », a pu confirmer que le 23 août, au matin, son ONG a reçu l’appel anonyme d’une personne se présentant comme CRS à Calais.

Cette dernière a souhaité dénoncer les violences de la nuit précédente, expliquant que les auteurs de cette violence sont membres d'une "autre section, un autre véhicule de la CRS 54" et que ces CRS "font passer cela pour un accident", l'auteur de l'appel jugeant cela "inacceptable".

"Ils ont laissé le pauvre comme un chien abandonné, c’est ce genre de collègues qui nous font énormément de tort”, déplore ce dernier.

Interrogé ce samedi par l'Agence Anadolu, le coordinateur* Communication et Plaidoyer de Human Rights Observer (HRO), dénonce des "violences inadmissibles dans un État de droit comme est censée l'être la France",

Ajoutant que ces violences "sont malheureusement trop fréquentes", le responsable associatif rappelle qu'un "autre cas de violences policières [contre des migrants, NDLR] nous avait été signalé le 12 juillet dernier, et un nouveau le 7 septembre".

"D'autres violences policières sont sûrement commises sans qu'elles ne nous soient rapportées par les personnes exilées, qui ne connaissent pas toutes, notre travail", explique le coordinateur Communication et Plaidoyer de HRO.

"Le pire dans tout ça, c'est le fait que les auteurs de ces violences ne sont que très rarement condamnés, par manque de preuves ou par impossibilité de les identifier. Mais nous allons continuer à tout faire pour dénoncer ces actes et tenter d'amener leurs auteurs devant la justice", souligne-t-il.

- Une énième violence policière contre des migrants

Dans son communiqué, Utopia 56, indique qu'à la demande de HRO, "le Défenseur des droits a confirmé avoir fait le nécessaire pour la conservation des enregistrements des caméras de surveillance de la station-service où les violences ont commencé.

Le 31 août, un signalement contenant l’ensemble des éléments a été porté à l’attention du procureur de Boulogne sur Mer, Monsieur Guirec Le Bras, précise Utopia 56, rappelant qu'en 2020, à Calais, les témoignages de plusieurs gendarmes avaient permis d’obtenir une condamnation suite à des vols avec violences de la part de leurs collègues.

L'ONG rappelle que le 9 octobre 2021, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin avait fait la déclaration suivante :

"Ce que je peux dire, c’est que malgré tous les procès d’intention qu’on fait aux forces de l’ordre, je constate que pas un policier et pas un gendarme sur la côte littorale n’a été poursuivi par la justice".

Cette déclaration est formellement démentie par un communiqué inter-associatif du 26 octobre 2021, intitulé “Violences policières : à Calais, Darmanin ment !”, rapportant qu'au moins cinq membres des forces de l’ordre ont déjà été condamnés depuis 2015.

L'ONG explique que les témoignages de violences policières à Calais sont courants et déplore le fait que seule "une minorité de ces situations donnent suite à des enquêtes et condamnations".

Faisant état de "violences sont avant tout le résultat des politiques de harcèlement et de maltraitance menées à la frontière depuis des années", l'ONG décrit "une politique qui, malgré l’objectif affiché, n’a fait que renforcer les réseaux de passage illégaux au détriment de la protection des personnes exilées et des habitants".

* Du fait de la politique de Human Rights Observer (HRO), les noms des membres HRO interrogés ne sont pas divulgués

AA