L'insécurité qui sévit au Mali du fait des attaques terroristes menace la circulation des marchandises sur le corridor entre Dakar et Bamako. Pays enclavé, le Mali dépend du Sénégal pour ses approvisionnements via le port de Dakar.
La pression des terroristes sur le ravitaillement en marchandises et carburant a entraîné une valse des pénuries et des prix des produits courants, ces derniers temps au Mali.
D'après le conseil malien des chargeurs, plus de 4 000 conteneurs vides destinés au port de Dakar sont actuellement bloqués au Mali. En novembre dernier, le problème s'était posé dans le sens inverse. Des conteneurs à destination du Mali s’entassaient au port de Dakar.
Une situation alarmante pour le Conseil malien des chargeurs qui souligne dans un communiqué que “cette situation entraîne une raréfaction critique des conteneurs vides au port du Mali, des perturbations dans l’approvisionnement de Dakar et un risque réel de durcissement des conditions d’exploitation des opérateurs économiques maliens par les armateurs”.
Cela est d’autant plus préoccupant que le Conseil malien des chargeurs rappelle que “les conteneurs constituent un maillon essentiel de la chaîne logistique, dont la rétention prolongée peut causer des désagréments aux chargeurs maliens et la fluidité du commerce extérieur”.
Depuis le mois de septembre, des groupes terroristes liés à Al-Qaïda, ont imposé un blocus sur plusieurs villes maliennes. Ils sévissent sur les corridors Bamako-Dakar et Dakar-Abidjan. Les convois sont régulièrement attaqués, asphyxiant l'économie du pays et sa capitale.
Le 29 janvier dernier, au moins 15 chauffeurs ont été tués dans une attaque contre un convoi transportant du carburant dans l'ouest du Mali. Des dizaines de camions-citernes ont été détruits, rapporte l'AFP.
C'est la première fois que les terroristes tuent systématiquement les chauffeurs de camion, même si certains avaient péri lors de précédentes attaques. En novembre dernier, après plusieurs semaines d'attaques contre des convois, les terroristes avaient affirmé dans une vidéo de propagande que désormais tous les chauffeurs de camions-citernes seraient considérés comme des "cibles militaires".
C’est dire que le corridor Dakar-Bamako avec Diboli (localité située à la frontière sénégalaise) et Kayes est devenu risqué pour les camionneurs qui s’obstinent à s'engager sur cet itinéraire sans garanties de sécurité.
Cet axe menant vers le Sénégal à l'ouest était généralement épargné par les attaques terroristes, qui ciblaient les convois de carburant venant essentiellement de la Côte d'Ivoire, au sud.
A terme, si des mesures rigoureuses ne sont pas prises pour la sécurisation des camionneurs, il y a un risque réel de raréfaction et par conséquent d’inflation des produits de consommation courante.
Solidarité du Sénégal et de la Guinée
Solidaires, les autorités sénégalaises ont, au cours de concertations avec leurs homologues maliens en novembre dernier, pris des mesures pour minimiser l’impact de cette crise.
Le directeur du port de Dakar Waly Diouf Bodiang a annoncé, fin novembre, l’annulation totale des pénalités de stockage et de magasinage pour les sociétés maliennes afin de permettre la relance immédiate des activités stratégiques, rapporte le quotidien Le soleil. “Nous traversons une situation exceptionnelle qui exige une réponse exceptionnelle. Nous œuvrerons sans relâche pour faire du corridor Dakar-Bamako un modèle d’intégration régionale et de solidarité agissante”, a insisté Waly Diouf Bodiang.
Une action aussitôt saluée par Madina Sissoko Dembélé, ministre des Transports et des Infrastructures du Mali qui a loué “la compréhension et la résilience extraordinaires” des autorités et opérateurs sénégalais qui ont accepté cette mission d’urgence malgré l’ampleur du problème.
En attendant de sécuriser les corridors Dakar-Bamako et Abidjan- Bamako, les marchandises maliennes empruntent déjà un nouvel itinéraire, pour déboucher au port de Conakry.
Des accords de coopération en matière des Transports et de transits routiers et maritimes ont été signés le 28 janvier dernier à Conakry entre le Mali et la Guinée à cet effet. Bamako a obtenu des espaces dédiés ainsi que des facilités de traitement de ses marchandises au port de Conakry.
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