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Selon des sénateurs américains, le Crédit suisse détient 900 comptes liés au régime nazi
Une enquête du Sénat américain a identifié 890 comptes détenus par le Crédit Suisse liés au régime nazi, a déclaré mardi le sénateur américain Grassley. Cette annonce réveille en Suisse le souvenir de l’affaire des comptes en déshérence.
Selon des sénateurs américains, le Crédit suisse détient 900 comptes liés au régime nazi
Chuck Grassley est l'un des sénateurs impliqués dans l'enquête sur le Crédit suisse / AP
il y a 10 heures

La commission judiciaire du Sénat américain mène depuis plusieurs mois des investigations pour déterminer le rôle des banques dans l'organisation de l'Holocauste par le régime nazi d'Adolf Hitler.

Dans le cadre de l'enquête, le sénateur Chuck Grassley a indiqué mardi aux journalistes avoir reçu deux rapports et une information sur l'état d'avancement des investigations menées par l'ancien procureur Neil Barofsky.

Parmi les 890 comptes identifiés, figurent des comptes jusqu'alors inconnus appartenant au ministère allemand des Affaires étrangères, à une entreprise allemande de fabrication d'armes et à la Croix-Rouge allemande, a précisé celui qui préside la commission et suit l'enquête sur le Crédit Suisse depuis des années.

L'enquête a permis de prouver que les relations bancaires du Crédit Suisse avec l'organisation nazie SS étaient plus étendues qu'on ne le pensait auparavant, a ajouté le sénateur. 

Les enquêteurs ont découvert que le Crédit Suisse avait non seulement financé les filières d'exfiltration par lesquelles d'éminents nazis ont échappé à la justice des Alliés pour fuir en Argentine après la guerre, mais qu'il était également propriétaire d'un bureau à Berne qui facilitait ces fuites par le biais de pots-de-vin et d'autres formes de soutien.

Les autorités argentines ont également utilisé un compte du Crédit Suisse pour verser l'équivalent actuel d'environ de 20 millions d’euros en pots-de-vin et autres paiements à des responsables européens afin de maintenir ces filières d'exfiltration.

L'enquête a également confirmé que la banque, qui niait cela dans les années 1990, détenait un compte pour la branche économique de la SS nazie, selon Neil Barofsky, ancien procureur et médiateur indépendant auprès d'UBS qui mène les investigations.

La banque UBS se réfugie derrière l’accord de 1999

L'établissement bancaire aujourd'hui disparu n'aurait pas fourni toutes les informations lors d'enquêtes menées depuis les années 90, a reproché le sénateur américain Chuck Grassley.

UBS qui  a racheté le Crédit suisse en 2023 a été entendu par les sénateurs ce mardi. Le directeur américain d’UBS, Robert Karofsky, a assuré que l'établissement avait toujours collaboré à l'enquête et qu'il souhaitait que toute la lumière soit faite sur cette affaire.

Dans une publication transmise en amont du témoignage de la banque, celle-ci a rappelé avoir conclu en 1998, tout comme le Crédit Suisse, un accord pour mettre un terme aux réclamations concernant d'éventuels liens avec le régime nazi, et qualifie l'enquête du Sénat américain d'initiative volontaire.

L’héritier de l’entreprise de cosmétiques new-yorkaise Estée Lauder, Ronald Lauder, a pris la parole sur cette enquête. Le milliardaire, fervent partisan des Républicains et principal soutien de Trump est aussi le président du Congrès juif mondial. Il a exhorté la Suisse et UBS à ouvrir l'intégralité de leurs archives pour faciliter un examen indépendant et à s'engager à faire éclater la vérité et à obtenir réparation.

Une nouvelle affaire de comptes en déshérence ?

“La détention ou la dissimulation de tels actifs expose la Suisse à des risques juridiques et financiers importants au regard du droit américain”, a déclaré le Congrès juif mondial dans un communiqué le 30 janvier dernier.

Cette nouvelle enquête américaine réveille en Suisse le souvenir de l’affaire des comptes en déshérence. En 1995, une plainte collective est déposée à New York par le Congrès juif mondial qui accuse les banques suisses d’empêcher les survivants de la Shoah d’accéder à des comptes dormants dans les banques suisses. 

Après des années de procédures, et le rapport d’une commission d’historiens, la commission Bergier, qui a révélé l’ampleur de cette affaire et les liens de la Suisse avec le régime nazi, un accord est signé en 1998 entre les autorités américaines, le Crédit suisse et l’UBS pour un montant de 1,25 milliard de dollars à verser aux descendants des familles juives concernées. 

La banque zurichoise UBS est sous pression avec cette nouvelle affaire. Sa filiale américaine est très importante notamment dans la gestion de patrimoine pour les Américains fortunés. Le continent américain représente pour elle la principale source de revenus de gestion de patrimoine mondial et un axe stratégique majeur.

Le rapport final de l'enquête de la commission judiciaire du Sénat américain, qui devrait s'achever cet été, est attendu à la fin de cette année.


SOURCE:TRT français et agences