AFRIQUE
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CEMAC: l'arrivée de Trump compromet le rapatriement de plus 6 milliards de dollars, selon la BEAC
,L'arrivée de Donald Trump au pouvoir avec sa politique de Make America Great Again, a refroidi les ambitions des pays d’Afrique centrale de rapatrier plus de 6 milliards de dollars dûs par les exploitants pétroliers, selon la Banque centrale.
CEMAC: l'arrivée de Trump compromet le rapatriement de plus 6 milliards de dollars, selon la BEAC
Donald Trump avec des présidents africains, dans la salle à manger d'État de la Maison Blanche , le 9 juillet 2025. / Reuters
26 novembre 2025

Les dirigeants des pays de la CEMAC (Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale regroupant, le Tchad, le Gabon, la RCA, la Guinée équatoriale, le Cameroun et le Congo) apprécient déjà le goût amer du MAGA (Make America Great Again) de Donald Trump.

Alors qu’ils ambitionnaient de rapatrier dès le 1er mai 2025 dans les comptes de la BEAC (Banque des Etats de l’Afrique centrale) les plus de 6 milliards de dollars de “fonds de restauration des sites miniers et pétroliers” selon les calculs de la Banque centrale, l’arrivée au pouvoir de Donald Trump a sérieusement contrarié leur projet. L’industrie pétrolière conteste cependant ce chiffre de 6 milliards de dollars. Une source industrielle a déclaré à Reuters : “ Selon nos estimations, la valeur pourrait être inférieure à 500 millions de dollars début mai, mais pourrait atteindre 1 milliard de dollars au cours de la prochaine décennie.“

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Les fonds de restauration des sites miniers et pétroliers représentent une espèce de déposit que les entreprises exploitant les hydrocarbures et les mines en Afrique centrale, alimentent progressivement dans un compte sequestre durant les opérations d’exploitation des sites pétroliers et miniers jusqu'à la fin du cycle d’exploitation. Les dépôts augmentent au fur et à mesure que les projets approchent de la fin de leur production.

Ce pactole est destiné à restaurer les dégâts environnementaux, du fait de l'exploitation du pétrole ou des mines. Après plusieurs mises en garde, assorties de menaces d’amendes pouvant atteindre 150 % de contribution attendue des compagnies minières et pétrolières, le processus semble dans l’impasse.

Trump rabat les cartes

L'arrivée de Donald Trump au pouvoir le 20 janvier 2025 a rabattu les cartes alors que les négociations étaient sur une bonne lancée. Les compagnies pétrolières américaines opérant en Afrique centrale: Chevron, Exxonmobil, Kosmos, Marathon, Texaco entre autres mais aussi TotalEnergies de France, ENI d’Italie et le franco-britannique Perenco ont trouvé une oreille attentive auprès d’élus républicains. 

Le représentant Bill Huizenga (R-MI), vice-président de la commission des services financiers de la Chambre des représentants et membre de la sous-commission des affaires étrangères pour l'Afrique, et Dan Meuser (R-PA), président de la commission de surveillance et d'enquêtes de la commission des services financiers ont refroidi les prétentions des dirigeants d’Afrique centrale.

“Les fonds de restauration environnementale versés par les entreprises américaines ne devraient pas servir à renflouer les réserves monétaires en Afrique centrale”, a déclaré le député Bill Huizenga sur son site internet . “Conformément au Manuel de la balance des paiements et de la position extérieure internationale du FMI, ces fonds de restauration ne peuvent être utilisés pour constituer des réserves de change. La loi CEMAC protège l'environnement et les entreprises américaines en empêchant le FMI de recourir à une manœuvre monétaire trompeuse.”

Fin mars 2025, dans le sens du plaidoyer de l’avocat d’affaires Steven Galbraith, les représentants républicains Bill Huizenga et Dan Meuser ont présenté la loi CEMAC (CEMAC ACT). Ce texte législatif enjoint les États-Unis de s'opposer à toute initiative du Fonds monétaire international (FMI) en faveur des pays de la CEMAC, tant que le FMI n'aura pas publié de directives sur le statut des fonds de restauration des entreprises américaines détenus sous séquestre par la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC).

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Actuellement, tous les pays d’Afrique centrale sont sous assistance financière avec le FMI. C’est dire que si la “Cemac act” était adoptée par le Congrès américain, elle pourrait compromettre la stabilité économique de ces Etats. Washington dispose en effet de 15 %  des quote-part au FMI et peut par conséquent dicter sa vision.


“Menacer une région entière pour protéger les marges d’un secteur privé étranger, ce serait envoyer un très mauvais signal”

 Charles Mba, ministre gabonais du budget et des comptes publics.



“Menacer une région entière pour protéger les marges d’un secteur privé étranger, ce serait envoyer un très mauvais signal”, déplore à Jeune Afrique Charles Mba, le ministre gabonais du budget et des comptes publics.

Pourtant en misant sur le rapatriement des fonds de restauration des sites miniers et pétroliers, les pays d’Afrique centrale veulent renforcer leurs réserves de change et stabiliser leur monnaie, le franc CFA. Pour le moment, les négociations sur le rapatriement des fonds de restauration de sites pétroliers et miniers semblent dans l’impasse.  

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SOURCE:TRT Francais