Le diplomate français Fabrice Aidan a été visé par une enquête de la Brigade de protection des mineurs de la Préfecture de police de Paris pour “tentative de corruption de mineur” en 2020, alors qu’il était conseiller au cabinet d’Audrey Azoulay, directrice générale de l’UNESCO à l’époque, selon plusieurs sources policières citées par Radio France.
Mais la procédure a été classée sans suite la même année, sans que les raisons précises de ce classement ne soient rendues publiques.
D’après les informations de Radio France, l’Office mineurs du ministère de l’Intérieur (OFMIN) est désormais chargé d’un nouveau volet d’investigations en lien avec l’affaire Epstein, incluant des recoupements concernant le diplomate.

Investigations du FBI et fuite en voiture
Les révélations de Radio France évoquaient déjà la semaine dernière, une enquête menée en 2013 par le FBI alors que Fabrice Aidan était en poste auprès de l’Organisation des Nations unies.
Selon Gérard Araud, ancien représentant permanent de la France auprès des Nations unies puis ambassadeur de France à Washington, le FBI aurait établi un rapport évoquant des “accès répétés à des sites pédopornographiques”, sans passage à l’acte.
Toujours selon Gérard Araud, les autorités américaines n’auraient pas engagé de poursuites, notamment en raison du statut diplomatique de l’intéressé, qui impliquait une éventuelle levée d’immunité.
Face aux éléments recueillis par le FBI, Fabrice Aidan aurait nié ou relativisé les faits auprès de ses interlocuteurs.
Il reconnaît ensuite avoir pris la fuite des États-Unis en voiture, craignant, selon ses propos, une interpellation à l’aéroport JFK, avant de se rendre au Québec puis de regagner la France depuis Montréal. Des éléments confirmés par Gérard Araud.
Le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Stéphane Dujarric, a indiqué de son côté que Fabrice Aidan avait démissionné en avril 2013.
La procédure disciplinaire interne ouverte à son encontre a été suspendue après sa démission. L’ONU précise ne pas disposer d’informations sur les suites de l’enquête américaine.
Retour à l’UNESCO sous Azoulay
Entre 2019 et 2023, Fabrice Aidan a été détaché auprès de l’UNESCO comme conseiller pour les relations internationales et institutionnelles, à l’époque où Audrey Azoulay était directrice générale de l’institution.
Azoulay a déclaré n’avoir jamais été informée par les autorités françaises ou onusiennes d’éléments judiciaires ou disciplinaires concernant son collaborateur.
Elle précise qu’il s’agissait d’une mise à disposition par la France et non d’un recrutement direct par l’UNESCO, le diplomate restant rémunéré par le Quai d’Orsay.
Elle indique avoir refusé, à un moment, une demande de modification de statut qui aurait conduit à une rémunération directe par l’organisation.
Au sein de l’UNESCO, certaines interrogations portent sur les vérifications administratives, notamment la procédure interne dite “clearcheck”, habituellement prévue pour les recrutements.
Suspension chez Engie
Après son départ de l’UNESCO, Fabrice Aidan a été recruté par Engie. À la suite des révélations médiatiques récentes, l’entreprise a annoncé sa suspension.
Par la voix de son avocate, Jade Dousselin, le diplomate conteste l’ensemble des accusations. Il affirme qu’aucune consultation de sites pédopornographiques n’a eu lieu et souligne que les investigations menées aux États-Unis et en France n’ont débouché sur aucune poursuite.
Le nom de Fabrice Aidan apparaît dans les documents associés à l’affaire Jeffrey Epstein. même si aucun élément public ne fait état, à ce stade, d’une mise en examen ou d’une condamnation dans ce dossier.
Les différentes procédures évoquées, notamment l’enquête du FBI en 2013 et l’investigation française en 2020, ont été closes sans poursuite. Les autorités françaises indiquent poursuivre des vérifications dans le cadre d’un nouveau volet lié à l’affaire Epstein.
Néanmoins, de sérieux soupçons laissent penser que les deux enquêtes visant Fabrice Aidan pourraient avoir été étouffées au sein même du Quai d’Orsay.
Selon Radio France, le 13 avril 2016, Cynthia Tobiano, directrice financière du groupe Edmond de Rothschild, a transmis à Jeffrey Epstein un lien vers un article intitulé : “Un scandale de pédophilie étouffé par le Quai d’Orsay”.
Le délinquant sexuel le transfère aussitôt à Fabrice Aidan, sans laisser de commentaire.








