Les documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein, récemment publiés par le département de la Justice américain, mentionnent à de nombreuses reprises le nom de Fabrice Aidan, un diplomate français en poste de longue date au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.
Selon une enquête de la cellule investigation de Radio France, Fabrice Aidan, actuellement détaché dans le secteur privé, apparaît dans près de 200 fichiers.
Entre 2010 et 2017, alors qu’il occupait des fonctions liées aux questions du Proche-Orient, notamment lors d’un détachement auprès des Nations unies à New York, Fabrice Aidan a échangé des courriels avec Jeffrey Epstein et certains membres de son entourage.
Les documents rendus publics font état de messages directs, parfois familiers, ainsi que de participations à des boucles de diffusion incluant le financier américain.
Mais aucun des échanges publiés ne relie directement le diplomate aux infractions pour lesquelles Jeffrey Epstein a été poursuivi et mis en cause, selon Radio France. Les correspondances portent principalement sur des rencontres, des événements internationaux ou des sujets diplomatiques.
Les fichiers consultés par Radio France montrent également que certains documents relatifs aux travaux des Nations unies ont été transmis à Jeffrey Epstein. Il s’agit notamment d’éléments en lien avec la résolution 1559 du Conseil de sécurité concernant le Liban.
Le 8 mai 2012, Fabrice Aidan adresse directement à Jeffrey Epstein le 15ᵉ rapport semestriel lié à cette résolution avec ces trois mots : “here it is” (“Le voilà”).
Dans certains cas, ces documents auraient transité par Terje Rod-Larsen, diplomate norvégien alors impliqué dans le suivi de cette résolution, et supérieur hiérarchique de Fabrice Aidan à l’ONU.
Dans d’autres échanges, le diplomate français apparaît en copie ou comme expéditeur. Les documents publiés ne précisent pas la nature exacte du statut de ces éléments, à savoir s’ils sont publics ou confidentiels.

Enquête du FBI en 2013
Selon une information de Mediapart confirmée à Radio France par une source gouvernementale, Fabrice Aidan aurait été visé en 2013 par une enquête du FBI et des Nations unies pour des soupçons de consultation de sites pédopornographiques.
Il aurait quitté les États-Unis à cette période. L’ONU a indiqué qu’une procédure disciplinaire interne était en cours au moment de sa démission en avril 2013 et qu’elle avait été suspendue à la suite de son départ.
L’organisation précise ne pas connaître les suites de l’enquête américaine. Aucune information publique ne fait état de poursuites judiciaires engagées en France à ce stade sur ces faits.

Les documents évoquent par ailleurs des échanges relatifs à des aspects logistiques et financiers. Jeffrey Epstein aurait mis à la disposition de Terje Rod-Larsen son appartement parisien à l’avenue Foch lors de passages à Paris. Des courriels mentionnent que Fabrice Aidan disposait du digicode du logement.
Des échanges font également état de transferts d’argent entre Jeffrey Epstein et Terje Rod-Larsen, pour lesquels le diplomate français aurait servi d’intermédiaire logistique, notamment en transmettant des coordonnées bancaires.
En décembre 2015, un virement de 250 000 dollars est évoqué dans les correspondances. En 2014, Jeffrey Epstein aurait envisagé l’achat de 150 exemplaires d’un ouvrage coécrit par Fabrice Aidan et Terje Rod-Larsen sur le “conflit israélo-arabe”.

Un scandale étouffé par le Quai d’Orsay ?
À la suite de ces révélations explosives, le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a indiqué avoir pris connaissance des informations publiées et a déclaré vouloir “pleinement contribuer à la manifestation de la vérité”.
Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a saisi le procureur de la République afin que la justice examine les éléments susceptibles d’engager la responsabilité pénale d’un fonctionnaire français.
Fabrice Aidan occupait jusqu’à récemment un poste de directeur des affaires internationales au sein du groupe Engie. L’entreprise a annoncé sa suspension. Il demeure administrativement rattaché au Quai d’Orsay.
Néanmoins, de sérieux soupçons laissent penser que l’affaire pourrait avoir été étouffée au sein même du Quai d’Orsay.
Selon Radio France, le 13 avril 2016, Cynthia Tobiano, directrice financière du groupe Edmond de Rothschild, a transmis à Jeffrey Epstein un lien vers un article intitulé : “Un scandale de pédophilie étouffé par le Quai d’Orsay”. Le financier le transfère aussitôt à Fabrice Aidan, sans commentaire.
Joint par la cellule investigation de Radio France, une source gouvernementale a déclaré que “la priorité du ministre des Affaires étrangères et de son inspection générale est de comprendre pourquoi cette information s’est perdue. Les représentants de la France aux États-Unis à l’époque vont être interrogés”.













