MOYEN-ORIENT
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La Syrie demande au Liban de lui remettre des officiers de l’ère Al Assad
La Syrie a demandé aux forces de sécurité libanaises de lui remettre plus de 200 officiers supérieurs qui se seraient réfugiés au Liban après la chute de Bachar Al-Assad.
La Syrie demande au Liban de lui remettre des officiers de l’ère Al Assad
Un drapeau syrien flotte dans une rue tandis que des gens conduisent des voitures à Lattaquié, en Syrie, le 14 mai 2025 / Reuters
il y a 3 heures

Les autorités syriennes ont fait part à leurs homologues libanais de leurs inquiétudes concernant d’anciens responsables du régime Al Assad qui opéreraient depuis l’exil, alors que Damas craint que des réseaux basés au Liban ne soient utilisés pour déstabiliser le nouveau gouvernement syrien. 

Selon plusieurs sources, la Syrie a demandé aux forces de sécurité libanaises de lui remettre plus de 200 officiers supérieurs qui se seraient réfugiés au Liban après la chute de Bachar Al-Assad, à la suite d’une enquête médiatique révélant que le pays voisin servait de plaque tournante à des projets insurrectionnels.

Un haut responsable de la sécurité syrienne, le général de brigade Abdul Rahman al-Dabbagh, avait rencontré à Beyrouth en décembre ses homologues libanais afin d’aborder le dossier des officiers de l’ère Al Assad en exil. Cette information a été confirmée par trois sources syriennes de haut rang, deux responsables de la sécurité libanaise et un diplomate au fait de la visite.

Ces rencontres sont intervenues quelques jours après une enquête de Reuters révélant des complots concurrents menés par Rami Makhlouf, cousin milliardaire de l’ancien président déchu, et par le général de division Kamal Hassan, ex-chef du renseignement militaire, tous deux en exil à Moscou. Selon cette enquête, ils chercheraient à financer d’éventuels groupes armés alaouites au Liban et le long de la côte syrienne. La Syrie et le Liban partagent une frontière de 375 kilomètres.

Ces deux camps rivaux viseraient à affaiblir le nouveau gouvernement syrien dirigé par le président Ahmed Al-Charaa. L’enquête indique qu’ils achemineraient de l’argent vers des intermédiaires au Liban afin de tenter de provoquer des soulèvements, susceptibles de fragmenter la Syrie et de leur permettre de reprendre le contrôle des régions côtières.

Al-Dabbagh, conseiller auprès du chef de la sécurité intérieure dans la province syrienne de Lattaquié, a rencontré le chef du renseignement libanais Tony Kahwaji ainsi que le général de division Hassan Choucair, directeur de la Sûreté générale. Il leur aurait remis une liste d’officiers supérieurs recherchés par Damas.

Des figures de haut rang visées

Selon des sources syriennes, la visite avait pour objectif de recueillir des informations sur la localisation et le statut juridique de ces officiers, mais aussi d’explorer les voies possibles pour engager des poursuites ou obtenir leur extradition vers la Syrie. Les sources précisent qu’il s’agissait d’une demande directe entre services de sécurité, et non d’une requête formelle d’extradition.

Trois hauts responsables de la sécurité libanaise ont confirmé la tenue de ces rencontres. L’un d’eux a toutefois nié avoir reçu une demande syrienne visant à remettre les officiers, tandis que deux autres ont reconnu avoir reçu une liste de noms, affirmant cependant qu’aucun ne correspondait à des officiers de haut rang.

L’un des responsables libanais a par ailleurs déclaré qu’aucune preuve ne démontrait l’existence de projets insurrectionnels, malgré les menaces contre le nouveau gouvernement syrien évoquées dans l’enquête de Reuters.

Tous les responsables se sont exprimés sous couvert d’anonymat en raison du caractère hautement sensible de ce dossier transfrontalier.

Parmi les noms transmis par les autorités syriennes au Liban figureraient plusieurs figures de premier plan agissant comme intermédiaires pour Rami Makhlouf ou Kamal Hassan au Liban, selon une source syrienne ayant consulté la liste.

Un responsable judiciaire libanais a indiqué que la Syrie n’avait pas formulé de demande officielle d’extradition, une procédure qui passe habituellement par les ministères de la Justice et des Affaires étrangères des deux pays.

“Nous ne pouvons rien faire”

Dans un message publié le 2 janvier sur X, le vice-Premier ministre libanais Tarek Mitri a appelé les agences de sécurité de son pays à vérifier les informations relayées par les médias et à agir contre les agents basés au Liban liés aux anciens proches d’Assad, Makhlouf et Hassan.

“Il leur incombe, et à nous tous, d’écarter les dangers de toute action susceptible de porter atteinte à l’unité de la Syrie ou de menacer sa sécurité et sa stabilité, qu’elles aient lieu au Liban ou qu’elles en émanent”, a-t-il écrit.

Interrogée par Reuters, la Sûreté générale libanaise a renvoyé à des déclarations faites le 11 janvier par le président libanais Joseph Aoun.  Celui-ci a indiqué que le renseignement militaire et d’autres services de sécurité avaient mené des raids dans plusieurs régions du nord et de l’est du pays. Selon lui, ces opérations n’ont pas permis de mettre au jour la présence d’officiers liés à l’ancienne dictature Assad. Il a cependant assuré que le Liban continuait de coordonner ses efforts avec la Syrie sur ce dossier.

Les responsables du gouvernement syrien n’ont pas répondu aux demandes de commentaires

SOURCE:TRT français et agences