Plus de 350 tracteurs stationnent mardi devant l'Assemblée nationale à Paris, marquant une nouvelle action d'agriculteurs en "révolte", mobilisés à travers la France depuis début décembre, notamment contre la signature annoncée du traité de libre-échange UE-Mercosur prévue samedi.
Cette étape parisienne, menée par le premier syndicat agricole, la FNSEA, et son allié des Jeunes Agriculteurs, intervient quelques jours à peine après les actions coup de poing d'autres syndicats, la Coordination rurale et la Confédération paysanne, qui avaient elles aussi fait entrer leurs tracteurs dans la capitale.
Jusqu'ici, les annonces du gouvernement n'ont pas suffi à calmer la colère agricole.
"On est au bout du bout, cela fait trois ans qu'on ne dégage pas de revenu sur nos exploitations. Les politiques sont incapables de nous donner un cap", a déclaré devant l'Assemblée Guillaume Moret, 56 ans, responsable FNSEA en Ile-de-France (la région de la capitale).
Ravivée par la gestion gouvernementale de l'épizootie de dermatose bovine dans le Sud-Ouest, la contestation est également nourrie par la signature imminente de l'accord de libre-échange UE-Mercosur, et plus largement, par un ras-le-bol général d'une profession confrontée directement aux aléas climatiques et économiques.
Pour ses détracteurs, le traité commercial avec l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay risque de bousculer l'agriculture européenne en favorisant l’importation de produits moins chers, jugés insuffisamment soumis aux normes de l'UE.
Outre la France, des manifestations ont eu lieu en Italie, en Pologne ou en Irlande. La ratification du traité UE-Mercosur doit encore faire l’objet d'un vote qui s'annonce serré au Parlement européen, attendu au plus tôt en février. Un grand rassemblement d'agriculteurs est prévu devant son siège strasbourgeois de l’institution le 20 janvier.
"Mêmes normes de production"
"La révolte paysanne reprend", peut-on lire sur une banderole déployée devant l'institution où siègent les députés français. En 2024, la FNSEA avait déjà lancé ses tracteurs sur Paris pour demander de meilleurs revenus, un allègement des normes et une simplification des contraintes pesant sur les agriculteurs.
La préfecture de police de Paris, qui a autorisé lundi soir le rassemblement, comptait en milieu de matinée quelque 400 manifestants rassemblés aux abords de l'Assemblée nationale et 353 tracteurs positionnés non loin le long de la Seine. L'un des vice-présidents de la FNSEA a pour sa part évoqué "plus de 500 tracteurs et 800 agriculteurs".
La semaine dernière, les contestataires de la Coordination rurale, deuxième syndicat agricole, avaient eux aussi fait converger des tracteurs venus de toute la France vers Paris, bravant des interdictions de convois de tracteurs et de manifestations non déclarées à proximité des lieux de pouvoir parisiens. Le gouvernement avait alors assumé de ne pas disperser le rassemblement devant l'Assemblée nationale.
La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a promis mardi d'"accélérer" les réponses gouvernementales, dans un message posté sur X.
"Les agriculteurs veulent que cela accélère. Nous allons accélérer. Avec le Premier ministre et le gouvernement, nous poursuivons le travail d'élaboration de propositions concrètes", a-t-elle déclaré, sans plus de précisions.
La FNSEA a aussi des revendications liées à la prédation du loup sur les élevages et concernant la directive européenne "nitrates", qui établit notamment les plans d'épandages d'engrais.
Cette nouvelle mobilisation a débuté en décembre dans le Doubs (est), puis en Ariège (sud-ouest), en opposition à la gestion gouvernementale de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) qui touche les bovins.
Mardi, le président du Salon de l'agriculture a par ailleurs annoncé que, pour la première fois de son histoire, aucune vache ne serait présente lors de l’édition à venir, en raison de la dermatose bovine, sans lien direct avec la contestation agricole.












