POLITIQUE
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Le fossé s’agrandit entre Niamey et Abidjan
La Côte d’Ivoire a convoqué l’ambassadrice du Niger le 30 janvier dernier, à la suite d’accusations d’Abdourahamane Tiani que Ouattara serait derrière l’attaque terroriste de l'aéroport de Niamey.
Le fossé s’agrandit entre Niamey et Abidjan
Abdourahmane Tiani, le président du Niger. / Presidence du Niger/ X
il y a 9 heures

Les relations entre le Niger et la Côte d’Ivoire, ont atteint un autre pic de tension ces derniers jours. Le ministère d’État des Affaires étrangères et de la Coopération internationale de Côte d’Ivoire a reçu l’ambassadrice de la République du Niger à Abidjan. Une démarche qui fait suite aux “graves propos tenus récemment par les plus hautes autorités nigériennes” à l’endroit du président ivoirien Alassane Ouattara.

Le 29 janvier dernier, Abdourahamane accusait le président ivoirien à la télévision d'État. 

“Nous rappelons aux commanditaires de ces mercenaires, notamment Emmanuel Macron, Patrice Talon et Alassane Ouattara : nous les avons assez entendus aboyer ; qu'ils se préparent désormais à nous écouter rugir”. 

“Nous félicitons l'ensemble des forces de défense et de sécurité... Ainsi que les partenaires russes qui ont défendu leur secteur de sécurité avec professionnalisme”, a-t-il ajouté.

“Le ministre [ivoirien] des Affaires étrangères et de la Coopération internationale a reçu Madame l’ambassadrice du Niger pour lui exprimer une vive protestation. Un courrier a également été adressé et, à ce jour, nous sommes en attente d’une réponse”, a précisé Amadou Coulibaly, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement ivoirien, après un Conseil des ministres.

“Ces accusations émanant des pays membres de l’Alliance des États du Sahel [AES] ne sont pas nouvelles. À ce jour, nous attendons toujours les preuves”, a précisé le ministre ivoirien.

Depuis le coup d’État de juillet 2023 qui a porté Abdourahmane Tiani au pouvoir à la place de Mohamed Bazoum, les relations entre Abidjan n’ont cessé de se détériorer. La Côte d’Ivoire est régulièrement citée comme la base arrière de déstabilisation du Niger, entretenant un climat de crispation avec Niamey et les deux autres Etats de l’AES, le Burkina Faso et le Mali. 

Sans apporter formellement des preuves, le discours nigérien n’a eu de cesse d’accabler la Côte d’Ivoire. Ainsi, Abidjan est accusée au moins d’entretenir des complicités passives qui permettraient aux groupes armés de se redéployer depuis le Sahel vers les pays côtiers — et inversement.

Colère et prudence à Abidjan

Face à ces accusations de complaisance envers des groupes armés, la Côte d’Ivoire évite l’escalade verbale et plaide pour la retenue. ”La Côte d’Ivoire, fidèle à sa tradition de dialogue et de paix, a toujours œuvré pour le maintien des relations d'amitié et de fraternité avec les pays de la sous-région”, explique le communiqué du ministère ivoirien des Affaires étrangères.

Cette retenue traduit la conscience qu’un effondrement total de la coopération sécuritaire avec le Sahel exposerait directement les États côtiers à la contagion terroriste. Un Sahel vulnérable au terrorisme est perçu comme une menace pour la Côte d’Ivoire.

En mars 2016, la localité balnéaire de Grand Bassam a subi une attaque terroriste qui a fait 19 morts. Les terroristes se revendiquant d’Al-Qaïda provenaient du Sahel, plus précisément du Mali.

La politisation de la question sécuritaire fragilise l’efficacité de la lutte contre le terrorisme. Les groupes terroristes sont plus solidaires, ils mutualisent leurs stratégies et exploitent les fractures diplomatiques comme cette rivalité entre le Niger et la Côte d’Ivoire.

Force est de constater que c’est l’avenir même de la sécurité collective ouest‑africaine qui est en jeu, au-delà des joutes verbales entre Niamey et Abidjan. La mutualisation des moyens apparaît comme un impératif, aucun pays d’Afrique de l’Ouest ne peut prétendre être à l’abri du terrorisme dont l’épicentre est situé dans le Sahel.

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SOURCE:TRT Français