FRANCE
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Mayotte: un camp insalubre regroupe 800 demandeurs d’asile africains
À Mayotte, plus de 800 demandeurs d’asile provenant de la région des Grands Lacs vivent dans un camp de fortune à Tsoundzou 2 à Mamoudzou . La vie y est extrêmement précaire pour ces personnes venues chercher la protection en France.
Mayotte: un camp insalubre regroupe 800 demandeurs d’asile africains
Le camp informel à Tsoundzou 2 dans la commune de Mamoudzou à Mayotte / AFP
il y a 8 heures

Près de la rivière Kwalé, séparant les villages de Tsoundzou 1 et 2 à Mayotte, Prince Iranzi vient de construire sa nouvelle maison: une case de bambous recouverte par des bâches. Comme plus de 800 demandeurs d’asile, il s’est installé dans un camp informel dans la commune de Mamoudzou. Faute de places, il a dû planter les fondations de sa tente directement dans la mangrove. “Je ne m’attendais pas à vivre dans un camp et dans ces conditions”, explique celui qui est arrivé à Mayotte il y a deux semaines, pour fuir les conflits au Sud-Kivu, dans la République Démocratique du Congo (RDC). Dans sa case à même le sol boueux, le lit est construit en hauteur pour éviter de se réveiller dans l’eau quand la pluie tropicale s’abat sur l’archipel. “Au pays je menais une vie normale, j’avais ma maison. C’est à cause de la guerre que nous avons été forcés de quitter le pays”, poursuit celui qui est d’abord passé par la Tanzanie.

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Kennedy Kighana, également originaire de la RDC, est arrivé à Mayotte en septembre et s’était installé dans un précédent camp, à l’autre bout du village. “On avait l’eau, des sanitaires, c’était plus organisé qu’ici”, décrit-il. Le 22 octobre, ce camp a été démantelé. Si 400 personnes ont été relogées temporairement dans des logements en dur, plus de 800 autres se sont retrouvées sans toit, faute de solutions de relogement suffisantes, un problème qui s’est aggravé depuis le cyclone Chido. Elles se sont alors installées sur ce nouveau site, à proximité du centre d’hébergement de l’association Coallia. Là, le camp y est moins organisé, avec un accès à des cuves d’eau et à cinq sanitaires pour l’ensemble des habitants limité de 6h à 21h.

Une entraide communautaire

Il y a deux ans, Alain Tshipanga habitait dans un campement similaire, au stade de Cavani à Mamoudzou. Depuis, il a obtenu le statut de réfugié, un emploi, et est devenu le président de l’association Communauté congolaise de Mayotte - Club Okapi. Il retourne régulièrement dans les camps de demandeurs d’asile pour mener des actions d’insertion par la préservation de l’environnement. “On a fait plusieurs ramassages de déchets avec les habitants. L’idée, c’est de laisser l’endroit aussi propre que quand il a été trouvé”, explique-t-il, rappelant que l’objectif principal de son association est le vivre ensemble et “l’intégration républicaine” de l’ensemble de ces communautés. 

Chaque samedi, il se rend au camp pour donner du matériel ou alors aider les habitants dans leurs démarches administratives. La semaine dernière, il est venu apporter gants, râteaux, masques et sacs poubelles pour que les résidents du camp puissent nettoyer leurs allées. “C’est important de faire ça aussi pour éviter les maladies”, explique-t-il à Kennedy Khigana.

Son association n’est pas la seule à intervenir au sein du camp. Ce jour-là, il est accompagné par Coralie Huard, responsable de la mission Mayotte pour l’ONG Acted, qui a fait don du matériel à l’organisme d’Alain Tshipanga et participe régulièrement aux opérations de nettoyage qu’il organise. “On travaille avec les associations locales et les leaders communautaires pour comprendre les besoins”, souligne celle dont l’association a par exemple distribué des kits d’hygiène dans le camp.

Elle rappelle qu’il y a beaucoup à faire: “le premier besoin est alimentaire. […] Malheureusement cette année il n’y a plus de dons, donc il n’y a plus de distribution alimentaire.”  Kennedy Kighana confirme que les habitants n’ont pas d’autre choix que de rationner leur nourriture. Le référent de la Ligue des Droits de l’Homme à Mayotte parle de “dénuement absolu” de ces habitants, avant d’affirmer que “la France a un devoir de protection envers ces populations”.

Une source de tensions

L’existence de ce type de camp et l’essor des demandes d’asile en provenance de la région de l’Afrique des Grands Lacs ces dernières années n’est pas vu d’un bon œil par une partie de la population mahoraise. Au début de l’année 2024, c’est le camp du stade de Cavani, à Mamoudzou, où résidait Alain Tshipanga, qui avait déclenché le mouvement social des barrages, qui ont paralysé l’île pendant plus d’un mois. 

Safina Soula, présidente du Collectif des citoyens de Mayotte 2018, était une des leaders du mouvement. Pour l’activiste et son collectif, auteurs depuis 2023 de plusieurs blocages du service de l’immigration de la préfecture, Mayotte n’a pas les infrastructures nécessaires pour accueillir ces populations, qui s’ajoutent à celle venue des Comores voisines. “Mayotte ne peut pas être une terre d’asile. Il faut savoir accueillir, ça ne sert à rien d’accueillir dans la misère”, maintient celle qui demande à ce qu’ils soient renvoyés dans leur pays d’origine.

De leurs côtés, les demandeurs d’asile de Tsoundzou 2 gardent l’espoir d’une vie meilleure, malgré une situation actuelle de grande précarité. “C’est juste la paix que je cherche”, souffle Prince Iranzi.

 

SOURCE:TRT FRançais