Emmanuel Macron a fait le constat de la perte d'influence grandissante du secteur économique français en Afrique, le 8 janvier dernier à Paris, en s’appuyant sur le secteur financier. Lors de son discours devant les ambassadeurs français réunis en conférence, il les a exhorté à inverser la tendance.
"Il y a quinze ans on (la France, Ndlr) était une puissance bancaire et financière en Afrique, tout le monde a vendu. J'ai demandé aux ministres de revoir les choses en profondeur, avec un objectif: amenons des groupes français de plus en plus nombreux en Afrique mais amenons des groupes qui ont faim. Ceux qui ne se comportent pas bien ou ceux qui n'ont pas faim, il ne faut plus les emmener", a exhorté le président français.
Selon des données de la Direction générale du Trésor français, les nouveaux investissements annuels français en Afrique ont diminué depuis environ 2015 et représentent une part infime du stock global d’investissements directs français à l’étranger (environ 2,5% du stock total).
Pour reconquérir le continent, Paris s’investit davantage en direction de l’Afrique d’expression anglaise avec le Kenya comme point d’ancrage. C’est dans cette logique que Nairobi accueille du 11 au 12 mai prochain le sommet France-Afrique. Une première pour un pays d’expression anglaise et un nouveau virage de la politique française en Afrique, à la conquête de nouveaux horizons, loin de ses anciennes colonies.
Les investisseurs suivent
Pour être proche des investisseurs engagés dans cette nouvelle vision de la diplomatie française, le groupe de l’Agence française de développement s’est établie à Nairobi. Le 19 janvier à Paris, il a signé un accord d’établissement avec le Kenya, officialisant ainsi sa présence dans le pays.
L’AFD amène ainsi Proparco, sa filiale dédiée au secteur privé. Présente dans le pays depuis 1995 elle a déjà financé environ 1 milliard d’euros dans les secteurs de la santé, l’énergie, l’agriculture et les PME. Expertise France, présente au Kenya depuis 2022 dans le numérique, la finance verte, la biodiversité et la protection sociale, formalise ainsi sa présence grâce à l'arrivée de l’AFD.
Le complexe militaro-industriel français suit aussi la tendance, d'après les informations du confidentiel La lettre du continent. Un accord de défense entre la France et le Kenya serait en vue. Airbus, d'après cette source, prospecte auprès des forces de défense et de la police kényane pour vendre des hélicoptères.
Le chantier naval Ocea, d'après la même source, envisage la vente de “deux patrouilleurs afin d'équiper la Kenya Navy “, alors que Thales déjà installé à Nairobi vise le secteur de l'aéronautique et de la cybersécurité.
Ces développements illustrent le nouveau virage de Paris. Conquérir de nouveaux marchés et impacter le continent en dehors du traditionnel pré carré francophone. En 2023, d'après la direction générale du Trésor en France, les principaux partenaires de Paris en Afrique subsaharienne sont le Nigéria (5,0 Md€), l’Afrique du Sud (3,3 Md€), la Côte d’Ivoire (2,4 Md€), l’Angola (2,0 Md€) et le Cameroun (1,5 Md€).
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