L'opération militaire américaine qui a conduit au kidnapping de Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores le 3 janvier dernier à Caracas, continue de susciter de vives polémiques en France.
Si le kidnapping du président vénézuélien, a été applaudi dès la première heure par le président français et ses ministres, celui-ci a été largement condamné comme une violation flagrante du droit international par la gauche française et une certaine partie de la droite.
“Hors d'état de nuire”
Emmanuel Macron avait réagi sur X en se félicitant que “le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir”.
Il a qualifié Maduro de responsable d’une “atteinte grave à la dignité” de son peuple et appelé à une “transition pacifique et démocratique”.
Même son de cloche dans le reste de la macronie. Ainsi, la ministre de l’Égalité Aurore Bergé, s’est réjouie de son côté que “le monde se porte mieux sans Maduro” et qu’”il n’y a que LFI pour pleurer la chute d’un dictateur”, tandis que le ministre de la Justice Gérald Darmanin a renchéri en se félicitant qu’un “dictateur” qui “favorise le trafic de drogue en Europe soit mis hors d'état de nuire”.
Pourtant, en septembre 2025, à la tribune de l’ONU, c’est le même Emmanuel Macron qui avait prôné le “multilatéralisme” pour contrer la “loi du plus fort”.
“Le grand risque du moment que nous vivons, c'est le risque de voir la loi du plus fort l'emporter. C'est le risque de voir l'égoïsme de quelques-uns l'emporter”, avait-il pompeusement mis en garde depuis son estrade.
Mais beaucoup d’eau a coulé sous les ponts semble-t-il alors que le président français qui dénonce la supposée “dictature” de Nicolás Maduro, vient tout juste de féliciter, lundi, l’”élection” de Mamadi Doumbouya en Guinée, lequel est arrivé à la tête du pays par un coup d'État en 2021. En effet, de nombreux observateurs dénoncent les conditions d’une élection taillée sur mesure pour lui-même.
La gauche unanime dans la condamnation
La gauche française, toutes tendances confondues, a tenté de sauver l’honneur de la France, en dénonçant un “enlèvement” illégal et une ingérence impérialiste.
Jean-Luc Mélenchon (LFI) a accusé les États-Unis de s’emparer du pétrole vénézuélien via “une intervention militaire d’un autre âge” et qualifié la position initiale de Macron de “honte” pour la France.
Olivier Faure (PS) a estimé, de son côté, que “la force ne peut remplacer le droit”, tandis que les écologistes ont rejoint cette condamnation unanime.
La France insoumise a appelé à des rassemblements de solidarité et demandé un débat à l’Assemblée nationale alors que Manuel Bompard (LFI) a comparé l’opération à un précédent dangereux, évoquant une possible invasion du Groenland par Trump.
À droite, Dominique de Villepin, ancien Premier ministre, a honoré la position de non-alignement traditionnel de la diplomatie française, à l’image de son opposition à l’invasion de l’Irak en 2003, lors d’un discours historique à l’ONU.
Il a fustigé la réaction de Macron comme “aveugle, inconsciente et irresponsable”, accusant le président de se soumettre à Washington.

“En même temps” macronien
Face aux critiques, fidèle à ses revirements de dernière minute, le président français a tenu à ajuster son tir, assez tardivement, lundi, lors du Conseil des ministres.
Il a affirmé en conseil des ministres que la “méthode utilisée” par les Etats-Unis pour capturer le président vénézuélien, n’était “ni soutenue ni approuvée” par la France, a rapporté la porte-parole du gouvernement.
“Nous défendons le droit international et la liberté des peuples”, a déclaré le président de la République, selon le compte rendu fait par Maud Bregeon devant la presse.
Au-delà des réactions conjoncturelles, en se félicitant du kidnapping de Maduro, Emmanuel Macron a encore une fois acté, un abandon du non-alignement, qui représente une des pierres angulaires de la diplomatie française.
Historiquement, la France s’est construite, notamment depuis le général de Gaulle, sur une tradition de non-alignement stratégique, visant à préserver une autonomie de décision vis-à-vis des grandes puissances, en particulier des États-Unis.
De la sortie du commandement intégré de l’OTAN en 1966 au refus de la guerre en Irak en 2003, cette ligne avait longtemps fait consensus, au-delà des clivages partisans.
Or, la réaction initiale d’Emmanuel Macron apparaît en rupture totale avec cet héritage, duquel il tente parfois de se revendiquer, donnant le sentiment d’un alignement de fait avec l’envahisseur américain. Et ce, au mépris des principes de souveraineté des États et du droit international qu’il affirme pourtant défendre dans les enceintes internationales, comme si l’histoire, pour reprendre Marx, se répétait non plus en “tragédie” mais en “farce”.
Paradoxalement, c’est aujourd’hui la gauche française qui assume le plus clairement cette tradition “gaulienne” de souveraineté.
Cette position, caricaturée aujourd’hui comme complaisante à l’égard de la prétendue dictature de Maduro, s’inscrit pourtant dans la plus classique des traditions diplomatiques françaises et rappelle, par certains aspects, les arguments avancés par Dominique de Vilepin en 2003 contre la guerre en Irak.













