À peine nommé en juillet dernier à Paris comme ambassadeur des États-Unis, Charles Kushner, père de Jared Kushner, gendre et conseiller de Trump, fait déjà parler de lui pour son intérêt pour les affaires domestiques françaises.
“L’extrémisme violent de gauche est en hausse et son rôle dans la mort de Quentin Deranque démontre la menace qu’il représente pour la sécurité publique. Nous continuerons à suivre la situation et espérons que les auteurs de ces violences seront traduits en justice”, a écrit Charles Kushner sur X, reprenant à son compte une déclaration du bureau du contre-terrorisme du Département d’État.
Charles Kushner est un récidiviste. En août dernier, à peine arrivé à Paris, il avait imprimé sa signature en prenant à partie Emmanuel Macron pour "l’absence d’action suffisante" contre l’antisémitisme. Dans sa correspondance au chef de l’État francais, l’ambassadeur exprime "sa profonde inquiétude face à la flambée de l’antisémitisme en France et à l’absence d’action suffisante de (son) gouvernement pour le combattre", s’alignant ainsi sur les critiques du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
Étonnement et consternation au Quai d’Orsay. Des accusations "inacceptables", selon le porte-parole , qui les "réfute fermement". "Elles vont à l’encontre du droit international, en particulier du devoir de ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures des États […]. Elles ne sont par ailleurs pas à la hauteur de la qualité du lien transatlantique entre la France et les États-Unis et de la confiance qui doit en résulter entre alliés".
Convoqué par la suite au Quai d’Orsay, Charles Kushner ne s’y rendra pas comme il l’a fait mardi 23 février 2025. Une situation qui a entraîné une nouvelle crispation des relations entre Paris et Washington, alors que Jean Noël Barrot essaye d'établir un “cordon sanitaire” autour du diplomate américain.
Face à ce que le ministère qualifie d’“apparente incompréhension des attendus élémentaires de la mission d’ambassadeur”, Jean-Noël Barrot a demandé que Charles Kushner ne puisse plus accéder directement aux membres du gouvernement français.
Charles Kushner a finalement appelé Jean-Noël Barrot en vue de programmer une rencontre dans les prochains jours. “L’ambassadeur a exprimé sa volonté de ne pas interférer dans notre débat public”, a indiqué l’entourage du ministre.
Consternation en Belgique
L’attitude du diplomate américain à Paris fait écho à celle de son homologue en poste à Bruxelles. Arrivé dans la capitale belge depuis un peu plus de trois mois, l’ambassadeur Bill White accuse les autorités belges en charge de la santé de “persécution” et d’”antisémitisme”. Le ministre fédéral de la santé Frank Vandenbroucke est particulièrement mis en cause.
Tout est parti d’une enquête ordonnée après une circoncision sans assistance médicale, par des membres de la communauté juive d'Anvers.
Comme en France, l’attitude de l'ambassadeur américain a suscité l'étonnement et l’indignation. “Toute suggestion selon laquelle la Belgique serait antisémite est fausse, offensante et inacceptable”, a réagi le chef de la diplomatie belge Maxime Prévot dans un long message posté le 16 février sur X.
Convoqué au ministère belge des Affaires étrangères, il a été rappelé à Bill White “le rôle et les limites de fonction d’ambassadeur”.
Condescendance ?
Au-delà de l'ingérence dans les affaires domestiques françaises et belges, les autorités sud-africaines pour leur part ont relevé de la condescendance dans l’attitude de l’ambassade américaine à Pretoria.
La transmission de témoin de la présidence du G20, a donné lieu à une espèce de passe d'armes entre Washington et Pretoria en décembre dernier. L’Afrique du sud voulait rehausser l'événement avec une cérémonie au niveau des chefs d'État, ou à défaut par un ministre “dûment désigné par le président des États-Unis d'Amérique”. Pour la circonstance, Washington a délégué son chargé d’affaires en Afrique du sud.

“Maintenant qu'ils ont nommé un chargé, nous avons répondu que DIRCO (ministère sud-africain des Affaires étrangères, ndlr) dispose d'agents équivalents, d'où… nous procéderons à la passation… dans les bureaux du DIRCO à partir de lundi”, a répondu le ministre sud-africain des Affaires étrangères, Ronald Lamola.
De plus, le profil du nouvel ambassadeur américain en Afrique du Sud devrait davantage crisper les relations entre les deux partenaires. Activiste conservateur, éloigné des questions diplomatiques, Leo Brent Bozell III a remis ses lettres de créance lundi à Clayson Monyela, directeur-général adjoint au ministère sud-africain des Affaires étrangères.
Pourfendeur de l’ANC (parti historique luttant contre l’aparteid) qu’il a qualifié dans le passé de groupe “terroriste”, il a tout pour déplaire à Prétoria. Lors de son audition au Congrès, rapporte Le Monde, il a promis d’aider les fermiers blancs d’Afrique du Sud soit disant “persécutés”, à trouver refuge aux États-Unis. Il envisage aussi d’œuvrer à ce que l’Afrique du Sud mette fin aux poursuites contre Israël à la Cour internationale de justice.”Je ferai part de nos objections à la dérive de l’Afrique du Sud, du non-alignement vers nos compétiteurs comme la Russie, la Chine et l’Iran”, a-t-il ajouté.
Un pro-Netanyahu décomplexé
Dans le même sillage que Leo Brent Bozell III, l’ambassadeur américain en Israël suscite la polémique et les interrogations. Nommé en avril dernier par Donald Trump, Mike Huckabee s'affiche comme un pro-israelien décomplexé.
Samedi dernier, il a provoqué un tollé généralisé sur la scène internationale. Il soutient qu’Israël a des droits sur les terres de tout le Moyen-Orient, estimant que “ce serait bien s’ils prenaient tout”. Il souligne qu’il ne voit “aucun obstacle” à une expansion israélienne, en référence à une certaine lecture religieuse, évoquant un territoire s’étendant du “Nil à l’Euphrate”.
La nouvelle diplomatie américaine sous Trump détonne, entretient la crispation, brise les codes traditionnels des relations internationales au point de reléguer au second plan la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques du 18 avril 1961.
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