Quatre ans de prison, dont un an avec sursis probatoire, ont été requis à l'encontre de l'ex-sénateur français Joël Guerriau, poursuivi pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso afin de la violer.
"Guerriau a volontairement placé de la MDMA dans le verre de champagne qu'il a servi à Sandrine Josso", lors d'un dîner à son domicile le 14 novembre 2023, a estimé le procureur Benjamin Coulon, une version contestée par le prévenu.
Le représentant du ministère public a demandé au tribunal de prononcer un mandat de dépôt à effet différé pour les trois ans de prison ferme, ainsi que cinq années d'inéligibilité avec exécution provisoire et l'inscription au fichier des délinquants sexuels.
Ancien sénateur de 2011 à 2025, Guerriau, qui a depuis démissionné, "a lui-même voté la loi du 3 août 2018 qui créé le délit d'administration de substance nuisible en vue de commettre un viol ou une agression sexuelle", qui lui vaut d'encourir cinq ans de prison et 75 000 euros d'amende, a relevé le procureur.
Des faits jugés prémédités par l’accusation
Pour justifier ses réquisitions, le parquet a souligné le "caractère préparé, prémédité" de faits "d'une gravité extrême", commis par "un sénateur de la République" astreint à "un devoir d'exemplarité".
Il a toutefois noté à sa décharge que Joël Guerriau, 68 ans, avait un casier judiciaire vierge et avait "donné une partie de sa vie au fonctionnement de la démocratie française", appelant le tribunal à trancher "dans l'ambivalence de ces faits, de cette personnalité".
Lors de son interrogatoire lundi, l’ancien sénateur a plaidé l'inadvertance pour expliquer la présence d’une très forte dose de MDMA pure à 91,1%, diluée dans la coupe de champagne servie à son amie de dix ans, niant toute intentionnalité ou caractère sexuel.
S'il l'a droguée, c'est "pour lui voler son portefeuille ?", a ironisé le procureur.
Sandrine Josso avait quitté précipitamment le domicile de Joël Guerriau environ deux heures après son arrivée, et avait ensuite été prise en charge par des collègues à l'Assemblée nationale, persuadée qu'elle s'apprêtait à mourir tant son cœur battait à toute vitesse.
Transportée à l'hôpital, les analyses toxicologiques ont relevé une forte intoxication de son corps à l'ecstasy. Associée à l'alcool, la MDMA peut provoquer des pertes de mémoire.
Traumatisée depuis les faits, la députée est aujourd'hui politiquement engagée dans la lutte contre le fléau de la soumission chimique.















