Jeudi dernier, La France insoumise (LFI) a déposé un projet de résolution à l'Assemblée nationale, visant à initier un retrait du commandement intégré comme prélude à une sortie complète de l'OTAN.
Portée par la députée LFI Clémence Guetté, cette initiative dénonce l'OTAN comme une "alliance dirigée par les États-Unis" qui entrave la souveraineté française et priorise les intérêts américains.
Cette initiative s'inscrit dans un contexte plus large, marqué par le génocide commis par Israël à Gaza, la capture de Maduro au Venezuela, la guerre en Ukraine, les relations tendues avec la Russie et des controverses récentes sur une éventuelle invasion du Groenland par les Etats-Unis.
Le Parti communiste français (PCF) lui a emboîté le pas. Lors de ses vœux le 12 janvier, son leader Fabien Roussel a réaffirmé l'appel à une sortie de l'OTAN pour "retrouver une diplomatie libre et indépendante".
Roussel insiste sur la nécessité d'un "vrai débat populaire" sur la défense nationale, affranchi de l'emprise otanienne.

L’ancien président français François Hollande a, de son côté, mis en garde contre les risques qu’une éventuelle invasion du Groenland ferait peser sur l’Alliance atlantique.
Sur les réseaux sociaux et dans les médias, ces idées résonnent avec des appels plus radicaux à un "Frexit" global – sortie de l'UE, de l'euro et de l'OTAN – pour restaurer la pleine souveraineté.
L'Union Populaire Républicaine (UPR), dirigée par François Asselineau, défend cette ligne depuis longtemps, la reliant à des enjeux agricoles et économiques.
Ainsi, derrière cette initiative parlementaire, portée par LFI, la place de la France dans l’architecture de sécurité occidentale et sur sa marge de manœuvre stratégique face à une alliance largement dominée par les États-Unis, refait débat.
Le pour et le contre
Les partisans d'une sortie mettent en avant la souveraineté et l'indépendance. Ils estiment que l'OTAN bride la diplomatie française, l'alignant sur les agendas américains, comme dans les interventions au Moyen-Orient ou en Ukraine.
Ils invoquent l'esprit gaulliste pour plaider une politique non alignée. La critique porte aussi sur l'hégémonie américaine, l'Alliance étant vue comme un instrument de domination de Washington au détriment des intérêts européens.
À gauche, des voix comme celles du PCF et de LFI lient cela à un refus de l'impérialisme et à une promotion de la paix, évitant les escalades militaires.
En face, les opposants soulignent les bénéfices de la “sécurité collective”, l'OTAN offrant selon ces derniers, une défense mutuelle contre la Russie, la Chine et le “terrorisme”.
Un retrait isolerait donc la France et affaiblirait l'Europe, alors qu’en restant intégrée, Paris occupe des postes clés et pousse pour une autonomie européenne au sein de l'Alliance.
Enfin, l'héritage gaulliste est revisité, certains arguant que De Gaulle n'avait pas quitté l'OTAN entièrement, et que l'intégration actuelle préserverait une forme d'autonomie.
De 1966 à 2026, 60 ans de débats
Sur le plan juridique et institutionnel, la sortie de l’OTAN est possible. Le traité de Washington, signé en 1949, prévoit explicitement qu’un État membre peut s’en retirer après vingt ans d’adhésion, moyennant une notification officielle au gouvernement américain, dépositaire du traité.
La France, membre fondateur de l’alliance, remplit donc depuis longtemps cette condition.
En pratique, une telle décision relèverait exclusivement de l’exécutif, en particulier du président de la République, chef des armées et détenteur de la politique étrangère, même si un débat et un vote au Parlement pourraient lui conférer une légitimité politique accrue.
L’histoire récente montre toutefois que la France a déjà exploré des formes intermédiaires. En 1966, Charles de Gaulle avait décidé de retirer le pays du commandement militaire intégré de l’OTAN, tout en maintenant son appartenance politique à l’alliance.
Cette décision visait à préserver l’autonomie stratégique française et l’indépendance de sa dissuasion nucléaire, sans rompre totalement avec ses alliés occidentaux.
La France n’est revenue pleinement dans le commandement intégré qu’en 2009, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, au nom d’une volonté de peser davantage de l’intérieur sur les décisions de l’alliance.

Mais 10 ans plus tard, en novembre 2019, dans une interview au magazine The Economist, Emmanuel Macron déclarait que l’OTAN était en “état de mort cérébrale”, pour décrire le manque de coordination stratégique entre les alliés et la dépendance excessive à l’égard des États-Unis.
“Ce qu’on est en train de vivre, c’est la mort cérébrale de l’OTAN. (…) Vous n’avez aucune coordination de décision stratégique entre les États-Unis et les partenaires de l’alliance” avait martelé le président français, faisant l’effet d’un pavé dans la marre.
C’est précisément ce choix que La France insoumise remet en cause. Pour le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, l’OTAN n’est pas une alliance équilibrée mais une structure militaire intégrée dont les orientations stratégiques sont largement déterminées par Washington.
Les critiques formulées par LFI s’inscrivent dans ce contexte international marqué par les interventions militaires américaines controversées, et plus largement, par une remise en cause du respect du droit international.
Dans cette perspective, la participation de la France à l’OTAN est présentée comme incompatible avec une diplomatie indépendante et une politique étrangère fondée sur le multilatéralisme.
La question centrale demeure toutefois celle des conséquences concrètes d’une sortie. Sur le plan militaire, l’OTAN structure une grande partie de la coopération opérationnelle, du partage du renseignement et de l’opérabilité des forces armées européennes.
Quitter l’alliance impliquerait de redéfinir en profondeur les partenariats de défense de la France, y compris avec ses voisins européens.
Cela poserait aussi la question de la crédibilité de la défense collective européenne, alors même que l’Union européenne peine à bâtir une véritable autonomie stratégique indépendante de l’OTAN.
De surcroît, sur le plan diplomatique, une sortie complète de l’alliance constituerait un signal politique fort, susceptible de provoquer des tensions avec les États-Unis et avec plusieurs alliés européens très attachés au cadre atlantique.
À l’inverse, ses partisans estiment qu’un tel choix pourrait accélérer la construction d’une défense européenne plus souveraine et redonner à la France un rôle singulier de médiateur sur la scène internationale.
Si l’idée trouve un écho dans certains courants politiques souverainistes ou non-alignés, la majorité des forces représentées au Parlement, ainsi que l’exécutif, demeurent favorables au maintien de la France dans l’alliance atlantique, qu’ils jugent essentielle face aux crises sécuritaires actuelles.














