POLITIQUE
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Somalie: le nouveau front de Trump dans sa bataille contre l’immigration
La fixation de l'administration Trump contre la Somalie et les Somaliens sert à construire un narratif sur l’immigration en provenance d’Afrique et des pays musulmans comme étant une menace pour la sécurité des États-Unis.
Somalie: le nouveau front de Trump dans sa bataille contre l’immigration
Des manifestants à Minneapolis, le 8 décembre 2025, l'immigration et les douanes (ICE), dans une opération visant la communauté somalienne. / Reuters
il y a 20 heures

Dès le 17 mars prochain, les migrants somaliens en situation irrégulière aux États-Unis ne pourront plus bénéficier de protection, selon une décision de l’administration Trump rendue publique mercredi. 2 471 ressortissants somaliens bénéficiaires du statut de protection temporaire (TPS) sont ainsi concernés. Bien qu'étant en situation irrégulière, ils pouvaient vivre et travailler aux États-Unis, car un retour dans leur pays confronté à des défis sécuritaires menacerait leur vie.

C’est le dernier acte d’une longue série de décisions contre les migrants somaliens depuis l'arrivée de Trump au pouvoir le 20 janvier 2025. Mais pourquoi cette fixation de Trump sur la Somalie et les ressortissants de ce pays d’Afrique ?

La Somalie, le bouc-émissaire rêvé

Le 2 décembre dernier, Trump a multiplié des propos acerbes contre la Somalie “un pays pourri”. Au sujet de la communauté somalienne, il a déclaré : ”Je n’en veux pas dans notre pays”. “Ils n’ont rien, ils ne font que s’entre-tuer”, a poursuivi M. Trump  avant d’ajouter : “Leur pays ne vaut rien (…). Leur pays est pourri, et nous ne voulons pas d’eux chez nous”.

Le président américain commentait ainsi un scandale dans l'État du Minnesota où  la justice locale a mis en exergue le détournement de plus d’un milliard de dollars versés à des services sociaux existants, du fait principalement de fausses factures émises en grande partie par des Américains d’origine somalienne.

Du reste, Donald Trump a inauguré les bombardements américains dans le monde par des raids contre les cibles de Daesh en Somalie le 1er février dernier. Un pays qu’il n’a cessé de pourfendre tout comme Ilhan Omar. La députée du Minnesota, ancienne réfugiée somalienne et figure en vue de la gauche américaine, est devenue l’une des cibles privilégiées de Donald Trump. Il l’accuse régulièrement de fraude sans en apporter la moindre preuve.

A l’observation, le président américain a construit l’essentiel de son discours politique sur l’idée que l’immigration en provenance de pays musulmans ou africains représenterait une menace pour l’identité, la sécurité et le bien-être des États-Unis. 

Les Somaliens, musulmans, africains et originaires d’un pays miné par des conflits entretenus par Daesh, ont tous les ingrédients pour alimenter la rhétorique xénophobe de Trump à partir de Minneapolis dans le Minnesota.

Minneapolis dans le viseur de Trump

La ville de Minneapolis dans le Minnesota accueille la plus importante diaspora somalienne des États-Unis. En 2018, environ 43 000 personnes nées en Somalie vivaient dans cet État, et près de 94 000 Minnesotans parlaient le somali à la maison. C’est dans cette ville que Trump a choisi de déployer les forces de l’immigration (ICE), soi-disant pour combattre l’immigration. Les incidents sont réguliers entre l’ICE et les immigrants.

La ville de Minneapolis a exigé, mercredi, le départ “immédiat” des agents fédéraux de l'immigration de la ville et de l'État après qu'un agent fédéral a blessé par balle un ressortissant vénézuélien à la jambe, lors d'une confrontation dans l'État du Minnesota.

“La ville de Minneapolis exige à nouveau que l'ICE quitte la ville et l'État immédiatement”, a déclaré la municipalité dans un communiqué. “Nous sommes solidaires de nos communautés d'immigrants et de réfugiés – sachez que vous avez notre soutien total”.

La question de l’aide

En plus de l’immigration des Somaliens, Trump s’en prend aussi à l'aide destinée aux plus déshérités du Minnesota. “Est-ce que quelqu'un croit vraiment qu'à Minneapolis (la plus grande ville de l'État), ce sont ces commerces qui distribuent les bons alimentaires ? Il n'y a ni nourriture, ni propreté, ni service, rien du tout, à part de la fraude”, a clamé Trump.

“Ils reçoivent des millions de dollars de l'argent du contribuable et se moquent de la naïveté des Américains, mais ça va changer”, a-t-il averti.

Les critiques estiment que depuis le retour au pouvoir de Trump en janvier dernier, son administration a utilisé des allégations de fraude, souvent peu étayées, comme prétexte pour couper les financements et annuler des programmes qui déplaisent au Parti républicain, ou pour sanctionner les États dirigés par les démocrates. Ils ajoutent qu'à l'inverse, les signalements de corruption au sein du cabinet et de l'exécutif de Trump ne font jamais l'objet d'enquêtes.

“Ces gens devraient être renvoyés en Somalie, ou dans n'importe quel autre pays d'où ils viennent “, a conclu Trump qui se dit favorable à l'arrivée de migrants blancs sud-africains et de migrants originaires de “gentils pays “comme “le Danemark ou la Suisse”.

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SOURCE:TRT Français