John Mahama est irrité par le marché international du cacao. L’effondrement des cours frappe de plein fouet la Côte d’Ivoire et le Ghana (qui produisent 60% de la consommation mondiale de cette denrée). La morosité est telle que le Ghana, deuxième producteur mondial derrière la Côte d’Ivoire a baissé de 28,6 % le prix d’achat des fèves, garanti aux cacaoculteurs pour la campagne principale 2025/2026.
Le prix payé aux producteurs a chuté à 41.000 cedis (environ 3.700 dollars) la tonne, contre 58.000 cedis (près de 5.270 dollars) fixé en octobre dernier. "Cette mesure est devenue nécessaire pour refléter la réalité des cours mondiaux du cacao et assurer une injection immédiate de liquidités", a assuré le ministre des Finances, Cassiel Ato Forson, lors d'une conférence de presse, ce jeudi, à Accra.

Le malaise est tel qu'au fil des années, 70% des petits planteurs du Ghana par exemple, n'arrivent plus à vivre convenablement de leur labeur. D'après un rapport de l'ONG britannique OXFAM de mai 2020, les cacaoculteurs ghanéens gagnaient à peine 60 dollars par tonne de cacao, ce qui les maintient largement en dessous du seuil de pauvreté, fixé à un dollar par jour par les Nations unies.
A la suite du Ghana, la Côte d'Ivoire, leader mondial de la production de cacao, envisage aussi de réduire le prix garanti payé à ses producteurs de cacao. Il est question de s'aligner sur le Ghana, ont indiqué à Reuters deux sources gouvernementales ivoiriennes.
Sur le marché international, les prix ont chuté, passant de 12.500 dollars la tonne en décembre 2024 à 7.000 dollars en octobre 2025. Actuellement, la tonne se vend à 4.100 dollars". Une baisse d’environ 30% qui rend le cacao ghanéen "non compétitif", selon le ministre.
Agacé, le président du Ghana, John Dramani Mahama, a annoncé que son pays n’aurait désormais plus recours à des financements étrangers pour l’achat de cacao, affirmant que ces opérations seront désormais assurées grâce aux ressources internes.
“ Nous allons CESSER de VENDRE notre CACAO à l'étranger ; nous allons acheter notre propre cacao et le transformer localement”, a annoncé John Mahama en marge du 39 e sommet de l’Union africaine à Addis Abeba.
Le président ghanéen vise l’achat sur le marché local d’au moins 50 % de la production locale de cacao, environ 400 000 de fèves. L’objectif est de “créer de la valeur ajoutée”, afin d’irriguer l'économie nationale et de rémunérer les planteurs à leur juste valeur.
Mahama a insisté sur le fait que les accords de garantie liés aux financements extérieurs empêchaient une allocation suffisante de cacao aux transformateurs locaux.
Une logique coloniale
L'économie coloniale encore appelée économie de traite consiste à rassembler et à drainer vers les ports les produits du pays qui sont exportés à l'état brut, en échange les produits fabriqués. Ce type d'économie qui prévaut en Afrique, néglige, voire décourage, l'industrialisation, la transformation des matières premières et des produits agricoles.
Pour prendre l’exemple du cacao, les pays africains (Côte d'Ivoire, Ghana, Nigeria, Cameroun) qui fournissent 70 % de la production mondiale de cette culture tirent à peine 7 % d'un marché estimé à 130 millions de dollars.
De quoi conforter la position de ceux qui, en Afrique pensent que la production de cacao est "la culture de la soumission à l'ordre colonial".
Le secteur du cacao représente environ 10 % du PIB du Ghana. Troisième source de devises du pays après l’or et le pétrole, Il fait vivre un million de personnes, sur 33 millions d’habitants.
Le président ghanéen a aussi annoncé un train de mesures allant au-delà de la culture du cacao pour toucher la noix de cajou, l'hévéa et le karité.
“Nous n’exporterons plus de noix de cajou brute. J’invite nos partenaires qui exportent la cajou à venir développer des capacités de transformation locale. Je veux voyager et pouvoir acheter des noix de cajou estampillées produit du Ghana, et non produit de l’Inde ou d’un pays tiers”, a annoncé le président.
Cette mesure s’étend aussi au karité et au caoutchouc. “Nous n’exporterons plus de cajou brute, de karité brut ou de caoutchouc non transformé tout en important ces mêmes produits finis à des prix supérieurs”, a-t-il insisté.
Au-delà de la promotion de l’agro-industrie, le président ghanéen a annoncé une orientation plus globale de la politique industrielle du pays. D’ici 2030, les minerais exportés par le Ghana comme l’or ne seront plus vendus à l’état brut.
Ces initiatives participent d’une stratégie globale, visant à développer la transformation locale, stimuler l’activité économique et favoriser la création d’emplois.
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