Est-ce une coïncidence ou plutôt une réponse coordonnée des BRICS aux tensions maritimes croissantes observées ces derniers mois dans le monde ? La question revient régulièrement au sujet des exercices navals conjoints qui se déroulent depuis samedi 10 jusqu’au 16 janvier prochain à la base navale sud-africaine de Simon's Town, un port de l'océan Atlantique près du Cap. Baptisés Volonté de Paix 2026, ils sont dirigés par la Chine, avec la participation de la Russie et de l’Iran notamment, des adversaires déclarés des États-Unis.

Des exercices qui se tiennent au lendemain de la saisie par Washington dans l’Atlantique nord d’un pétrolier battant pavillon russe accusé de violer les sanctions occidentales.
Anticipant sur les critiques et risques d’amalgames, le vice-ministre sud-africain de la Défense, Bantu Holomisa, a déclaré que ces derniers exercices seraient bénéfiques pour le moral des troupes. La marine du pays est confrontée à des restrictions budgétaires et à un matériel obsolète et défectueux.
“C’est un honneur pour eux de s’entraîner avec des pays bien équipés, sur le plan militaire”, a détaillé Holomisa lors d’une interview accordée à Newzroom Afrika, une chaîne d’information locale.
“Ces exercices sont une démonstration de notre détermination collective à travailler ensemble”, a ajouté, pour sa part, le capitaine de vaisseau Nndwakhulu Thomas Thamaha, un des commandants de la force opérationnelle conjointe déployée à cette occasion, rapporte l’AFP.
“Dans un environnement maritime de plus en plus complexe, une telle coopération n’est pas une possibilité, elle est essentielle”, a-t-il insisté, soulignant que “les manœuvres visaient à garantir la sécurité des routes de navigation et des activités économiques maritimes”.
Dans l’opposition, le ministre de la Défense est mis à l'index pour avoir permis de “resserrer les liens militaires avec des États voyous et sous sanctions comme la Russie et l'Iran”. L’Alliance démocratique a souligné qu'il était “délibérément trompeur ”de la part de Pretoria de présenter les exercices navals comme étant liés aux BRICS, car les BRICS “ne sont pas une alliance militaire” et n'ont “aucun rôle en matière de défense”.
“Qualifier ces exercices de "coopération des BRICS" est une manœuvre politique visant à minimiser la réalité”, a déclaré le deuxième parti d’Afrique du Sud.
Colère de Washington
Alors que les relations entre l’Afrique du Sud et les États-Unis sont au plus bas, ces exercices risquent de provoquer le courroux de Washington.
“Les eaux internationales entourant l’Afrique sont des cibles privilégiées pour les concurrents stratégiques qui cherchent à stimuler leurs propres économies, à semer le chaos et à perturber l’ordre établi afin de prendre le contrôle de précieuses ressources maritimes et des voies commerciales mondiales”, a déclaré au Wall Street Journal le lieutenant-général John Brennan, commandant adjoint du commandement américain pour l’Afrique.
Les forces américaines surveillent les exercices et sont particulièrement attentives à toute activité susceptible de restreindre la liberté de navigation, a précisé un porte-parole d'Africom. Ce dernier n'a pas mentionné les mesures que les forces américaines pourraient prendre pour répondre à ces préoccupations.
“Les États-Unis protégeront leurs intérêts en sécurisant les chaînes d'approvisionnement essentielles, les voies de communication maritimes, les infrastructures et les technologies, en collaboration avec leurs partenaires africains”, a ajouté Brennan.
Les exercices navals de cette semaine sont les troisièmes menés conjointement par la Russie, la Chine et l'Afrique du Sud depuis 2019. En février 2023, les trois pays avaient également organisé des exercices au large des côtes est de l'Afrique du Sud.
L'ambassade des États-Unis en Afrique du Sud et des personnalités politiques de l'opposition avaient alors critiqué ces exercices, affirmant qu'ils permettaient à la Russie de tester ses capacités militaires et de se montrer entourée d'alliés un an après son invasion de l'Ukraine.
Le groupe des BRICS, acronyme des initiales de ses premiers membres - Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud - s’est depuis élargi à l’Egypte, l’Ethiopie, l’Iran, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et, plus récemment, à l’Indonésie.
Ils représentent environ 42 % de la population mondiale et 30 % de son territoire, 27 % du PIB mondial et 20 % du commerce international.
En juillet dernier, Trump a publié sur les réseaux sociaux que les pays BRICS menaient des “politiques anti-américaines“.
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