Aux abords du stade Moulay Abdellah à Rabat, mais aussi devant d’autres enceintes sportives du pays, les mêmes scènes se répètent les jours de match. Des vendeurs à la sauvette interpellent les supporters à la recherche du précieux sésame. Les prix s’envolent rapidement, parfois à quelques minutes du coup d’envoi et même après le début de la rencontre. Cette situation contraste avec les images observées à l’intérieur des stades, où certains matchs pourtant affichés complets sur le site officiel de la CAF (Confédération africaine de football) laissent apparaître des places inoccupées, alimentant frustration et incompréhension.
"Je ne comprends pas pourquoi on nous dit que le match est complet alors qu’on voit des places libres dans les tribunes", confie un supporter resté à l’extérieur contraint de regarder le match sur son téléphone.
En dehors des stades, mais aussi sur internet, la colère s’exprime. De nombreux supporters expliquent n’avoir jamais réussi à obtenir de billets via la plateforme officielle de la CAF, notamment depuis l’étranger. Certains disent avoir tenté leur chance jusqu’au dernier moment, sans succès, avant de se retrouver confrontés au marché parallèle.
Billets introuvables et incompréhension des supporters
Karim, venu de la région parisienne pour assister à la compétition, raconte sa désillusion :
"On m’a proposé un billet à 120 euros devant le stade alors que le match avait déjà commencé. On m’a aussi parlé de personnes qui avaient acheté leur billet depuis la France à plus de 250 euros et qui, une fois arrivées au stade, se sont vu refuser l’accès. C’est inadmissible. Les infrastructures sont magnifiques, l’organisation est bonne, c’est vraiment dommage que la billetterie gâche tout."
Sur les réseaux sociaux et dans certaines interviews publiées sur internet, des supporters assurent être entrés gratuitement après le coup d’envoi, notamment à Agadir où le stade a effectivement été ouvert au public lors d’un match. Cet épisode a été suivi de rumeurs sur une gratuité systématique après le coup d’envoi mais cette version a été démentie par les autorités locales, qui assurent que cet événement est un cas isolé et qu’aucune entrée gratuite n’a été autorisée dans les autres stades ni lors des autres rencontres.
Deux supporters venus d’Île-de-France racontent, pour leur part, avoir vécu plusieurs situations inattendues.
"On venait parfois très tôt autour du stade. Sur certains matchs, on nous a donné des billets, on a eu beaucoup de chance, on n’a jamais payé jusque-là aucun ticket pour les matchs", explique l’un d’eux. Son ami poursuit :
"Une fois, on a même réussi à passer sans billet. On est passés à tous les checkpoints et personne ne nous a arrêtés. On a suivi le mouvement."
Les deux supporters affirment également avoir accédé à des espaces normalement réservés présentant même des vidéos pour appuyer leurs déclarations. "À un moment, on s’est retrouvés dans des zones internes du stade, comme les espaces de conférence de presse", racontent-ils.
Arnaques et dérives de la billetterie parallèle
Sur les réseaux sociaux et certains sites de revente, les annonces de billets sont pléthore. Certaines publications proposent des tarifs pouvant atteindre jusqu’à 40 000 dirhams, soit près de 4 000 euros, selon l’affiche et la catégorie de places. Une flambée des prix qui alimente la peur des arnaques et pousse de nombreux supporters à privilégier les échanges en personne.
Selon plusieurs médias marocains, les autorités ont annoncé l’interpellation d’une centaine de personnes soupçonnées d’être impliquées dans la revente illégale de billets et des escroqueries. Une partie de ces individus aurait été identifiée grâce à leurs publications sur les réseaux sociaux. Malgré ces interventions, le marché parallèle reste très actif en ligne.
Safaa, venue de France pour soutenir les Lions de l’Atlas, témoigne :
"Depuis la France, je n’ai pas réussi à acheter de billets sur le site officiel de la CAF. Une fois au Maroc, j’ai posté une annonce sur Facebook pour essayer de récupérer un billet en main propre, car j’ai trop peur de me faire arnaquer. J’ai vraiment envie de voir le Maroc jouer, mais c’est beaucoup plus compliqué que prévu. Devant le stade on m’a même proposé un billet à 180 euros, c’est vraiment de l’abus.”
Autre point régulièrement dénoncé : la multiplication des outils numériques nécessaires pour accéder aux stades. Les supporters doivent présenter à la fois un billet dématérialisé et un Fan ID (une identité numérique), via deux applications distinctes. Résultat, des files d’attente rallongées et des difficultés d’accès, notamment en cas de problèmes de réseau.
À Rabat, lors du match Mali–Tunisie, Samia et Sabrina, venues spécialement au Maroc pour soutenir la Tunisie, expliquent avoir raté le début de la rencontre :
"On n’avait quasiment pas de réseau devant le stade. Impossible d’ouvrir les applications pour présenter le billet et le Fan ID. On est restées coincées dehors et on a raté le début du match. Ça aurait été plus simple d’avoir une seule application pour tout."
Plusieurs supporters regrettent également l’absence d’une plateforme officielle de revente de billets, pourtant annoncée avant le début de la compétition. Une solution qui, selon eux, aurait permis de limiter le marché noir et d’offrir une alternative sécurisée aux échanges informels.
Face à ces nombreuses critiques, notre demande formulée auprès de la Confédération africaine de football (CAF) par mail afin d’obtenir des explications est restée sans réponse à l’heure de la publication de cet article.













