Un an après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, le constat est sans appel. Les États-Unis traversent l’une des séquences politiques les plus brutales et polarisantes de leur histoire contemporaine.
En douze mois, le président républicain a défié les usages institutionnels, ravivant les tensions diplomatiques et replaçant le rapport de force au cœur des relations internationales. Pour ses partisans, il “rétablit l’autorité et la souveraineté américaine”. Ses détracteurs considèrent par contre qu’il fragilise durablement la démocratie et l’ordre mondial.
Dès les premières semaines de son mandat, Donald Trump a donné le ton. Décrets en cascade, attaques contre l’administration fédérale, mises en cause répétées de la justice et des médias. Le nouveau locataire de la Maison-Blanche revendique un exercice du pouvoir sans compromis. “Je fais ce pour quoi j’ai été élu”, martèle-t-il régulièrement.
Selon une analyse de Reuters, cette première année est marquée par une concentration inédite du pouvoir exécutif, avec une Maison-Blanche qui teste systématiquement les limites constitutionnelles. Le Congrès, divisé et affaibli, peine à jouer son rôle de contre-pouvoir, tandis que certaines décisions présidentielles sont contestées devant les tribunaux, alimentant un climat institutionnel explosif.
Retour des guerres commerciales
À l’international, le choc est tout aussi brutal. Fidèle à sa doctrine +America First+, Donald Trump a relancé dès les premiers mois de son second mandat, une politique commerciale agressive. De nouveaux droits de douane punitifs ont été imposés sur les importations chinoises dans les secteurs des technologies, des véhicules électriques et de l’acier, au nom de la sécurité nationale et de la protection de l’industrie américaine.
Pékin a immédiatement riposté par des mesures de rétorsion ciblant l’agriculture et l’aéronautique américaines. L’Union européenne, elle aussi visée par des surtaxes sur l’acier, l’aluminium et certains produits industriels, a annoncé des contre-mesures commerciales, ravivant le spectre d’un affrontement transatlantique. Le Financial Times évoque une “spirale de représailles qui fragilise la reprise économique mondiale”, tandis que le FMI a revu à la baisse ses prévisions de croissance, pointant l’instabilité générée par ces décisions.
Les pays émergents ne sont pas épargnés. Le Mexique et le Vietnam, accusés de “dumping indirect” au profit de la Chine, ont été menacés de sanctions douanières. Cette stratégie du rapport de force permanent, analysée par The Wall Street Journal, alimente les craintes d’une fragmentation durable du commerce mondial, au détriment des chaînes de valeur internationales.
Huit pays européens sont également dans le viseur et s’exposent à des droits de douane pouvant atteindre 25 % d’ici juin pour s’être opposés aux ambitions de Donald Trump sur le Groenland.
Diplomatie sous tension
Un an après son investiture, Donald Trump imprime de nouveau sa marque sur la diplomatie américaine qui s’avère brutale et unilatérale. Alliés traditionnels mis sous pression, institutions multilatérales marginalisées et rapports de force assumés, Washington semble avoir tourné le dos au leadership coopératif qui a longtemps structuré l’ordre international.
Cette orientation s’est concrétisée par une décision lourde de sens, à savoir le retrait des États-Unis de 66 organisations internationales, traduisant un désengagement inédit des cadres multilatéraux. Nations unies, Organisation mondiale du commerce ou Organisation mondiale de la santé figurent parmi les institutions régulièrement critiquées par le président américain, accusées d’”inefficacité”, de “gaspillage” ou de “biais idéologique”.
Sur le plan sécuritaire, Donald Trump n’a pas hésité à remettre en cause les fondements de l’OTAN, exigeant des alliés européens une augmentation immédiate de leurs dépenses militaires, sous peine de voir l’engagement américain “reconsidéré”. Une rhétorique qui fragilise la confiance transatlantique et instille le doute sur la solidité des garanties de sécurité américaines.
Les aspirations de Donald Trump au Groenland ne peuvent que refléter cette tendance. Elles s’inscrivent dans une vision ouvertement expansionniste et stratégique des relations internationales. Déjà exprimée lors de son premier mandat, l’idée de renforcer le contrôle américain sur ce territoire arctique est revenue avec force, portée par des enjeux géopolitiques majeurs, notamment la position stratégique face à la Russie et à la Chine, les ressources naturelles considérables et routes maritimes rendues accessibles par le réchauffement climatique.
En évoquant, de manière plus ou moins explicite, une prise de contrôle américaine, Trump a provoqué une onde de choc diplomatique, remettant en cause la souveraineté danoise et les principes fondamentaux du droit international. Pour ses détracteurs, cette ambition illustre une diplomatie fondée sur la logique de puissance et la coercition, au détriment du multilatéralisme et du respect des équilibres régionaux.
“Les États-Unis ne veulent plus être le gendarme du monde, mais entendent rester le plus fort”, résume un diplomate européen pour Politico. Une stratégie qui, en affaiblissant le multilatéralisme, crée un vide stratégique dont d’autres puissances pourraient tirer profit, au risque de redessiner durablement les équilibres internationaux.
Au-delà des décisions concrètes, c’est le signal politique envoyé au monde qui inquiète le plus. En relativisant l’importance des droits humains, en dénonçant les contre-pouvoirs et en assumant une vision strictement transactionnelle des relations internationales, Donald Trump redéfinit en profondeur le rôle des États-Unis. Désormais, alliances et engagements semblent conditionnés à des intérêts immédiats, financiers ou sécuritaires.
Cette posture influence les dynamiques politiques bien au-delà de Washington. Comme le souligne Foreign Affairs, “le trumpisme n’est plus une anomalie, mais une force structurante de la politique mondiale”.
En Europe, plusieurs partis populistes revendiquent ouvertement l’inspiration trumpienne : défiance envers les médias, rejet du multilatéralisme, exaltation de la souveraineté nationale. En Amérique latine et en Asie, certains dirigeants autoritaires trouvent dans le discours de Trump une légitimation implicite de leurs propres pratiques.
“Il gouverne par le conflit”
Sur le plan intérieur, la polarisation atteint un niveau rarement observé. Les discours de Donald Trump, souvent agressifs, entretiennent une logique de confrontation permanente. “Il gouverne par le conflit”, résumait récemment The New York Times, évoquant une stratégie politique fondée sur la mobilisation de sa base au détriment du consensus.
Les organisations de défense des libertés civiles tirent la sonnette d’alarme. Amnesty International évoque une “érosion préoccupante de l’État de droit”, pointant des atteintes à la liberté de la presse, au droit de manifester et à l’indépendance des institutions.
La défiance envers les médias traditionnels, qualifiés par Trump de “porteurs de fake news”, contribue à délégitimer toute critique et à renforcer la fragmentation de l’espace public.
Les sondages reflètent d’ailleurs cette fracture. Si le président conserve un soutien solide auprès de son électorat, une majorité d’Américains se dit inquiète pour l’avenir démocratique du pays.
En somme, Donald Trump a tenu une promesse, gouverner en rupture totale avec ses prédécesseurs. Mais cette rupture a un coût élevé, institutionnel, démocratique et géopolitique.














