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Reconnaissance de la Palestine par la France: du symbole, rien que du symbole
Un an après la reconnaissance officielle de l'État de Palestine par la France le 22 septembre 2025, la situation a évolué sur le plan diplomatique symbolique, mais peu sur le terrain humanitaire et sécuritaire à Gaza et en Cisjordanie.
Reconnaissance de la Palestine par la France: du symbole, rien que du symbole
A Hébron, les colons font chaque semaine une "promenade" dans la partie palestinienne sous contrôle de l'armée

La Mission de Palestine en France a officiellement acquis le statut d'ambassade, dirigée par une ambassadrice. Cette annonce, faite par Emmanuel Macron lors de l'Assemblée générale de l'ONU en 2025, a été accompagnée ou suivie par d'autres pays occidentaux (comme le Royaume-Uni, le Canada, l'Australie et la Belgique), renforçant l'isolement de la position israélienne et américaine sur cette question.

Aujourd’hui, 80 % des membres des Nations unies ont reconnu l’État de Palestine, mais celui-ci semble de plus en plus impossible à créer. Israël accélère le développement des colonies existantes et les colons multiplient les attaques envers les Palestiniens pour les inciter à partir.

Le Dr Amjad Shehab, analyste politique palestinien, et professeur de science politique confie à TRT Français qu’il reste convaincu que cette reconnaissance a été un pas en avant, une avancée : "Il ne faut pas du tout sous-estimer la reconnaissance de la France et aussi par les autres États européens, ça reste très important. Mais ça reste à compléter parce que ce n'est pas suffisant, on a besoin de prendre des mesures concrètes, faire des pressions diplomatiques et faire des pressions économiques, militaires."

La colonisation continue à un rythme soutenu

La colonisation s’est accélérée ces 12 derniers mois. La violence des colons est devenue permanente et soutenue par les autorités israéliennes qui n’interviennent pas pour empêcher attaques ou incendies.

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Save the Children publie en avril 2026 une revue des violences commises par des colons en Cisjordanie. 685 enfants ont été déplacés au cours des trois premiers mois de 2026, contre une moyenne de 63 sur la même période au cours des trois années précédentes. Les violences commises par des colons ont contraint dix fois plus d'enfants palestiniens à quitter leur foyer en Cisjordanie au cours des trois premiers mois de 2026 par rapport à la moyenne des trois années précédentes, a indiqué Save the Children.

Cette colonisation est une stratégie de l'État israélien. En février 2026, la volonté de coloniser et d’empêcher la création d’un État palestinien est évidente lorsque le cabinet de sécurité israélien a adopté des mesures pour faciliter l'appropriation de terres et étendre le contrôle civil et militaire sur de vastes portions de la Cisjordanie.

D’après le texte, les réglementations interdisaient aux juifs d’acheter des terres en Cisjordanie, ceci a été supprimé. Les mesures doivent aussi permettre aux autorités israéliennes d’administrer certains sites religieux, même lorsqu’ils sont situés dans des zones placées sous le contrôle de l’Autorité palestinienne. Cela concerne notamment le caveau des Patriarches ou mosquée d’Ibrahim, lieu saint pour les trois religions monothéistes à Hébron, et la tombe de Rachel à Bethléem.

La situation s’est tellement dégradée qu’en août 2026, Ramiz Alakbarov, le coordonnateur spécial adjoint par intérim des Nations unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, a averti devant le Conseil de sécurité de l’ONU que la situation en Cisjordanie atteignait un point de rupture critique.

Depuis le début de l'année, a-t-il indiqué, les autorités israéliennes ont approuvé des projets portant sur environ 12 360 logements en Cisjordanie occupée, et des ressources considérables sont consacrées à l'expansion des colonies, notamment 431 millions de dollars pour soutenir 34 nouvelles colonies.

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Des menaces de sanctions

Début septembre 2026, la France et une dizaine d'autres pays ont annoncé des sanctions contre les produits issus des colonies israéliennes pour tenter de peser face aux menaces d'annexion de la Cisjordanie, tout en sachant que ces sanctions sont quasi impossibles à appliquer. L’administration israélienne ne différencie pas dans ses exportations les produits fabriqués en Israël ou en Cisjordanie occupée.

Le docteur Amjad Shehab insiste, cette reconnaissance doit être protégée: "La volonté d’Israël, c'est de contrôler complètement les territoires, d'imposer sa souveraineté à l'État reconnu par la France. Aujourd’hui, l'Autorité palestinienne ne contrôle pas son peuple, ne contrôle pas ses territoires. Quand on parle des territoires normalement réservés à créer un état palestinien, on parle de la Cisjordanie où il y a 900 000 colons qui contrôlent 62 % de la superficie totale de la future Palestine."

Un succès au regard de la stratégie israélienne bien sûr, mais un obstacle direct pour la création d’un futur État palestinien. “C'est complètement sous contrôle direct de colons et c'est le succès. Il n’y a plus de continuité territoriale pour créer un État palestinien”, soupire-t-il.

62 % de la future Palestine contrôlée par des colons

Si la France pensait que cette reconnaissance allait stopper Israël dans son travail de colonisation, ce fut illusoire. De nouveaux avant-postes illégaux ont été implantés, à l'image du site baptisé "Noa" près de Jénine, soutenu officiellement par des membres du gouvernement israélien.

Et si cette reconnaissance a crispé les relations avec Israël, elle ne les a pas interrompues. La reconnaissance de l'État palestinien par la France a été perçue à Tel-Aviv comme un tournant hostile et une "trahison". Le Premier ministre Benyamin Netanyahu a également reproché à Paris d’"alimenter le feu antisémite" par ses prises de position.

La diplomatie française essaie toujorus de maintenir un équilibre délicat, le fameux "en même temps", poursuivant sa coopération et ses liens étroits avec Israël tout en s'opposant à la politique du gouvernement de Benjamin Netanyahu sur la colonisation.

Muzna Shihabi, ex-conseillère de l’OLP, responsable de développement au Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris, ne mâche pas ses mots auprès de TRT Français, cette reconnaissance était un piège: "Les Palestiniens ont compris que c'était une sorte de piège parce qu'elle est purement symbolique, c'était vraiment une illusion morale."

La militante continue, "C'est une vitrine diplomatique parce que cette reconnaissance ne s'accompagne d'aucune mesure qui contraint la France ou Israël. On reconnaît qu'il y a un droit pour les Palestiniens et un droit bafoué."

La France comme les autres pays qui ont reconnu la Palestine, l’Espagne à part, n’ont pas stoppé leur commerce avec Israël. Le premier partenaire commercial de l'État d’Israël est l’Union européenne, celle-ci n’a toujours pas décidé de suspendre l’accord de coopération avec Tel-Aviv malgré les graves atteintes aux droits de l’Homme.

Muzna Shihabi et Amjad Shehab font le même constat, la vie des Palestiniens est de plus en plus dure. Le génocide continue à Gaza, la colonisation progresse, les déplacements des Palestiniens sont de plus en plus limités et surveillés. Israël a construit 1 000 check points, deux cents villages peuvent être fermés par des portes au gré des décisions israéliennes. Des Cisjordaniens sont tués chaque jour dans des attaques de colons ou par les forces occupantes.

La farce d’une solution à deux États

Pendant ce temps-là, la France continue à défendre une solution à deux États, projet rétabli par les accords d’Oslo en 1993. Ce fut le message clé de sa conférence internationale avec l’Arabie saoudite en juin 2026 à New York.

La France estime que la solution au dossier palestinien ne peut être que la création d’un Etat palestinien. Le plan français exigeait dans une feuille de route la condamnation définitive des événements du 7 octobre 2023, le désarmement du Hamas et son exclusion de toute gouvernance future à Gaza, la garantie de la sécurité d'Israël combinée à l'autodétermination et à la viabilité d'un État palestinien souverain. Les Palestiniens dans ce plan ont semble-t-il plus de devoirs que de droits.

"C’est une hypocrisie totale parce que ce n’est plus possible techniquement. Soit on l'impose vraiment, mais dans ce cas-là, il faut démonter tout ce qui est en cours de création. Soit si on ne fait rien, il faut arrêter de parler de la solution à deux États parce que c'est hypocrite", s’insurge Muzna Shihabi.

L’ex-conseillère de l’OLP rappelle que selon les avis consultatifs de la Cour internationale de justice depuis 2004, donc depuis vingt ans, les pays tiers sont tenus d'imposer le droit à la puissance occupante.

Elle regrette que l’Europe et l’Occident en général multiplient les conférences, les négociations, la Palestine doit négocier perpétuellement avec son colonisateur une libération possible, selon elle.

La militante dénonce "une stratégie d'esquive par les puissances occidentales" qui donnent le change en donnant l'illusion de faire quelque chose tout en sachant que ça ne changera rien. Pour elle, reconnaître la Palestine en plein génocide à Gaza, c’est une façon de fuir devant le droit international.

"La France n’impose aucune mesure, aucun embargo sur les armes, aucune sanction économique, aucune rupture des accords commerciaux avec Israël. La censure (des voix palestiniennes) est de pire en pire en France". La déclaration de l’actrice Adèle Haenel sur France Télévisions a été coupée dans la version de rediffusion il y a quelques semaines.

La reconnaissance de l’État de Palestine fait tirer un bilan amer à Muzna Shihabi, "c'est un substitut aux sanctions parce qu'une reconnaissance symbolique, c’est un pare-feu politique, cela donne l'illusion que la France a une action morale audacieuse."

Depuis le début de l'année 2026, 76 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie par les forces israéliennes ou des colons, selon l’ONU. Trois Israéliens ont trouvé la mort lors d'affrontements avec des Palestiniens. Quelque 3 800 Palestiniens, dont près de la moitié sont des enfants, ont été déplacés en raison de la violence des colons, de démolitions et d'expulsions.

SOURCE:TRT français et agences