Entre le 20 janvier 2025 et le 5 août 2026, les autorités américaines ont expulsé plus de 500 migrants vers des États d'Afrique où ils n'avaient "aucun contact", dénonce Human Rights Watch dans un rapport publié ce jeudi.
Selon ce document de 125 pages, ces personnes ne pouvaient être expulsées vers leur pays d'origine "en raison du danger auquel elles y seraient exposées" . Elles ont été transférées vers des pays tiers, selon l'ONG. L’organisation a mené des entretiens avec 24 personnes concernées, ajoute que ce procédé a été mis en œuvre sans leur donner "de véritable possibilité de contester leur expulsion".
Tesfay T. un éthiopien de 35 ans a déclaré qu'en février 2026, alors que son avocat américain travaillait sur une requête d'habeas corpus pour obtenir sa libération, un agent de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) lui a demandé de signer un formulaire de départ volontaire en vue de son expulsion vers le Tchad. “J'ai refusé “, nous a-t-il dit. Il a ensuite ajouté : “L'agent de l'ICE a dit : "Je m'en fiche, je vais le signer moi-même."… J'ai répondu : "Je vais en parler à mon avocat", mais il a rétorqué : "C'est trop tard."
Les personnes envoyées en Eswatini, au Ghana et au Soudan du Sud ont été détenues arbitrairement et ont subi des mauvais traitements, explique le document. Le Cameroun, la Guinée équatoriale et le Ghana ont renvoyé certaines personnes dans leur pays d'origine, “les exposant ainsi à des risques de persécution ou de torture, en violation du principe de non-refoulement”, regrette Human Right Watch. Dans tous les pays d'accueil, la plupart des personnes transférées par les États-Unis n'ont eu d'autre choix que de retourner dans leur pays, quelles que soient les conséquences néfastes qu'elles encourent.

Toutes les personnes interrogées pour ce rapport ont décrit des traitements abusifs subis lors de leurs vols depuis les États-Unis, révèle le rapport. “Elles étaient enchaînées aux poignets, à la taille et aux chevilles pendant toute la durée du voyage, parfois 18 heures ou plus, recevaient peu ou pas d'informations sur leur destination, étaient privées d'accès à leurs médicaments essentiels et, souvent, ne recevaient pas suffisamment de nourriture ni d'eau”.
“Le gouvernement des États-Unis viole ses obligations nationales et internationales de non-refoulement en envoyant des personnes vers des pays où elles risqueraient d'être persécutées, torturées ou de subir d'autres préjudices graves qui contreviennent à ces obligations”, dénonce l'étude.
En octobre 2025, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) a adopté la résolution 645, qui exprimait sa préoccupation quant au fait que “certains États africains […] ont accepté de recevoir, de détenir ou d’expulser des migrants […] transférés par des États non africains, notamment les États-Unis d’Amérique et l’Union européenne”, et déclarait que “les États africains ne doivent pas conclure ou maintenir de partenariats en matière de migration lorsqu’ils savent, ou devraient raisonnablement savoir, que de tels accords comportent un risque réel de violations graves des droits de l’homme”.
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