La logique tordue d'Israël: Rien ne justifie le 7 octobre, mais le 7 octobre justifie tout
TÜRKİYE
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La logique tordue d'Israël: Rien ne justifie le 7 octobre, mais le 7 octobre justifie toutAucun événement, quelle que soit sa gravité, ne donne à un souverain le droit de contourner les lois du conflit armé et d'exécuter une éradication systématique d'une population civile, selon les analystes.
Des Palestiniens marchent au milieu des décombres d'immeubles résidentiels détruits lors de la guerre génocidaire d'Israël contre Gaza. / Reuters

Par Kazim Alam

Rien de ce qui s'est passé au cours des décennies précédant cette date ne justifie le blitz du 7 octobre, mais les événements du 7 octobre justifient tout ce qu'Israël a fait aux Palestiniens depuis lors.

Nasir Qadri, spécialiste du droit international à l'université Koç d'Istanbul, explique à TRT World que le 7 octobre ne donne pas à Israël carte blanche pour commettre toutes sortes d'atrocités contre une population civile assiégée au nom de la légitime défense.

C’est parce que le cadre juridique invoqué par Israël pour justifier trois années de crimes de guerre contre la population civile de Gaza a déjà été rejeté par la Cour internationale de Justice (CIJ), explique-t-il.

Dans son avis consultatif de 2004 sur la construction d'un mur de séparation dans le territoire palestinien occupé, la CIJ a statué que l’article 51 de la Charte des Nations Unies ne s'applique pas aux menaces provenant d'un territoire sous l'occupation propre de l'État invoquant cet article, explique-t-il.

Rappelant que Gaza est sous siège militaire israélien depuis 1967, Qadri affirme que la guerre qui a suivi le 7 octobre constitue un acte d'une puissance occupante contre la population qu'elle occupe.

"Les Conventions de Genève ne fixent aucun seuil de souffrance antérieur au-delà duquel les obligations d’une puissance occupnate seraient suspendues” déclare-t-il.

Cette observation découle du fait qu’un ordre juridique admettant un tel seuil "autoriserait l’atrocité à perpétuité", chaque cycle de violence justifiant le suivant sans fin, note Qadri.

Ce qu’Israël qualifie d’attaque non provoquée du 7 octobre "s’est produit dans le cadre d’une occupation que la CIJ a jugée contraire aux normes impératives du droit international".

Le droit des peuples sous occupation illégale de résister – "y compris par la lutte armée en vue de leur autodétermination" – est reconnu dans le Protocole additionnel I de 1977 et réaffirmé dans des résolutions successives de l’Assemblée générale des Nations Unies, déclare-t-il.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, le nombre de morts palestiniens depuis octobre 2023 s'élevait à près de 74 000 fin septembre, et le nombre de blessés à près de 175 000.

La plupart des victimes de la guerre génocidaire menée par Israël contre Gaza sont des femmes et des enfants. Les bombardements incessants ont détruit 90% des infrastructures civiles. L'ONU estime le coût de la reconstruction à 70 milliards de dollars. 

Malgré un cessez-le-feu fragile toujours en vigueur à Gaza, Israël poursuit ses massacres. Depuis le 10 octobre 2025, date d'entrée en vigueur de l'accord de cessez-le-feu à Gaza, plus de 1 400 Palestiniens ont été tuées. Qadri insiste sur le fait que la Commission d'enquête de l'ONU, le procureur de la CPI, les mesures conservatoires de la CIJ et la conclusion d'Amnesty International sur le génocide ont tous conclu que "la conduite d'Israël constitue des crimes de guerre et un risque plausible de génocide".

La commission de l'ONU a juge Israel responsable du genocide à Gaza et a conclu que les autorités israéliennes avaient commis quatre des cinq actes définis dans la Convention de 1948 sur le génocide.

Omer Bartov, professeur d'études sur l'Holocauste et le génocide à l'université Brown aux États-Unis, déclare à TRT World qu'Israël s'est octroyé – et s'octroie encore – un chèque en blanc moral, ou une autorisation de violer toutes les lois et conventions internationales.

"(Les dirigeants israéliens) ont déclaré qu’en réalité, il n’y avait "aucune personne non impliquée", ce qui implique qu’il n’y a eu aucun dommage collatéral puisque tout le monde était (considéré) coupable", dit-il.

Ali Murat Kursun, professeur adjoint de relations internationales à l'université de Marmara à Istanbul, explique à TRT World qu'aucun événement, aussi grave soit-il, ne donne à un souverain le droit de contourner les lois des conflits armés et d'éradiquer systématiquement une population civile.

"Ce à quoi nous assistons à Gaza n’est pas une opération de sécurité proportionnée, mais le génocide le plus documenté technologiquement et de manière exhaustive de l’histoire moderne", déclare-t-il.

En fait, les dirigeants politiques de Tel Aviv "ont peut-être cyniquement exploité" le 7 octobre pour mettre en œuvre une "campagne préméditée de manipulation démographique".

"Accepter l’idée que cette attaque justifie les atrocités que nous constatons aujourd’hui revient à démanteler définitivement l’ordre juridique international d’après 1945", déclare-t-il.

L'histoire n'a pas commencé le 7 octobre

Les trois experts rejettent l'idée que le 7 octobre marque le point de départ d'un jugement juridique ou moral sur les événements qui se sont déroulés au cours des trois dernières années.

Qadri affirme que le blocus de Gaza a commencé en 2007, tandis que son occupation existe depuis 1967.

"Le 7 octobre est un événement qui s’inscrit dans une guerre de libération menée par une population occupée contre une puissance occupante", déclare-t-il.

Utiliser le 7 octobre comme date de départ du jugement juridique exclut six décennies de violations documentées qui constituent le "caractère juridique et le poids moral de l’occupation".

Bartov affirme qu'il existe deux contextes au 7 octobre.

Le premier problème est l’occupation et l’oppression des Palestiniens depuis six décennies, qui ont conduit à leur "déshumanisation aux yeux de nombreux Israéliens" et à une brutalisation de la société israélienne, en particulier envers les Palestiniens.

Le second contexte est la Nakba de 1948, un déplacement massif de population qui a transformé les Palestiniens en une population occupée, explique-t-il.

Les Israéliens ont à la fois nié la Nakba et l'ont considérée comme une "action inachevée qui devrait à un moment donné être menée à terme".

"Le 7 octobre est apparu au gouvernement et à de nombreux autres Israéliens comme l’occasion de "finir le travail", d’abord à Gaza puis en Cisjordanie (occupée), par le biais d’un nettoyage ethnique qui, comme cela s’est produit à Gaza, devient génocidaire", déclare Bartov.

Toute avancée politique doit commencer par la reconnaissance des injustices de la Nakba de 1948 et du génocide en cours à Gaza, ajoute-t-il.

Kursun affirme que traiter le 7 octobre dans un vide historique est une erreur d'analyse délibérée visant à occulter des décennies de violence structurelle et de terreur d'État asymétrique.

"Le point de départ fondamental de toute évaluation rigoureuse doit être 1948", dit-il, notant que cette année a marqué l’établissement d’une structure étatique reposant sur l’expansion, la dépossession systématique des Palestiniens et un confinement démographique perpétuel.

"Le 7 octobre a marqué la rupture violente d'une cocotte-minute insoutenable, alimentée par des décennies d'annexions illégales, de restrictions de type apartheid et d'expropriations forcées", ajoute-t-il.

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SOURCE:TRT français et agences