.Cette évolution est particulièrement observable avec les pays du Sahel, l’Europe, la Chine, la Russie ou encore la Türkiye avec comme objectif pour Alger de consolider son rôle de puissance d’équilibre entre la Méditerranée, le Maghreb et l’Afrique subsaharienne.
S’il est encore trop tôt pour parler d’un renouveau de la diplomatie algérienne, il serait plutôt judicieux d’y voir une adaptation pragmatique aux transformations de son environnement régional et international.
Le Sahel, l’arrière-cour stratégique de la diplomatie algérienne
Représentant près de 3 millions de km², le Sahel représente pour Alger un espace stratégique important avec lequel elle partage près de 3000 kilomètres de frontières communes avec le Mali, le Niger et la Mauritanie. Il est plus aisé de comprendre l’attention particulière qu’elle accorde à la situation politico-sécuritaire de cette région. Depuis l’accession à l’indépendance en 1962, le pays a toujours défendu une stratégie pragmatique fondée sur la recherche de solutions et du dialogue politiques en dépit des tensions.
S’agissant des relations avec le Mali, celles-ci ont connu une période particulièrement délicate à partir de 2024. En effet, l’arrivée au pouvoir de la junte militaire a conduit à l’abandon par Bamako de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger. Il s’en est suivi des tensions diplomatiques en 2025 qui ont atteint leur paroxysme lorsqu’Alger a abattu un drone malien après son entrée dans l’espace aérien algérien, provoquant le rappel d’ambassadeurs et des restrictions aériennes.
Le Mali décide même de saisir la Cour internationale de justice en mars 2025. En dépit de ces tensions, l’Algérie n’a jamais remis en cause son attachement à l’unité et à l’intégrité territoriale de son voisin malien. Plutôt que d’alimenter le conflit, les autorités sous l’impulsion du Président Tebboune décident de maintenir les canaux diplomatiques et de chercher l’apaisement et l’ouverture. Conséquences : en avril 2026, le ministre des Affaires étrangères algérien Ahmed Attaf réaffirme le soutien de son pays à l’unité du Mali et le rejet du terrorisme ; en juillet de la même année, retour de l’ambassadeur algérien à Bamako en juillet 2026.
S’agissant des relations avec le Niger, alors que l’année 2026 fut marquée par une multitude de tensions entre le Niger et l’Algérie, force est d’admettre que celles-ci sont désormais apaisées et cordiales. Rappelons que le Niger reprochait aux autorités algériennes la manière dont ses ressortissants étaient reconduits à la frontière, mais également l’élimination du drone malien par Alger, en raison de sa solidarité avec le Mali et le Burkina Faso au sein de l’Alliance des États du Sahel.
Les tensions étaient telles que l’ambassadeur nigérien installé dans la capitale algérienne a été rappelé. Pour autant, Alger a continué à maintenir des relations avec Niamey. Fin août 2026, le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine se rend à Alger En effet, le 29 août 2026, Alger a exprimé son soutien à Niamey suite à la tentative de coup d’État durant laquelle des militaires ont notamment attaqué le palais présidentiel, au point que le Président Tebboune a décidé d’envoyer notamment quatre avions de combat (Sukhoï) afin d’aider l’armée nigérienne à rétablir l’ordre, rompant ainsi avec la doctrine militaire qui guidait l’action algérienne : la non-intervention dans un pays étranger.
Quelques semaines auparavant, les relations économiques entre les deux pays connaissent un regain d’activités, puisque la société algérienne Sonatrach et la société nigérienne SONIDEP pour le forage de 4 puits d’exploration dans la région d’Agadez est signé. Autres exemples : la construction du gazoduc transaharien et de la route reliant les deux pays et le Nigéria.
Même si le Burkina Faso ne partage pas de frontières communes avec l’Algérie, il présente pour cette dernière une importance particulière en raison de son appartenance à l'Alliance des États du Sahel aux côtés du Mali et du Niger. En effet, les responsables politiques burkinabés avaient condamné la destruction par l’armée algérienne du drone malien. La réaction fut immédiate : le pays rappelle son ambassadeur et publie un communiqué qualifiant cet acte d’hostile à l’endroit de son allié malien. Néanmoins, ne recherchant pas l’escalade, l’Algérie préfère temporiser avec le Burkina. Dès le début de l’année 2026, l’Algérie prend l’initiative de renouer ses relations avec le pays. En février 2026, les ministres algériens des hydrocarbures et des mines et de l’énergie se rendent dans la capitale burkinabaise pour mettre en place des partenariats économiques.
L’ouverture diplomatique algérienne ne concerne pas uniquement ses partenaires traditionnels qui correspondent à son arrière-cour stratégique. Elle l’élargit à un pays comme le Tchad, comme en témoigne la visite du président Mahamat Idriss Déby Itno à Alger en avril 2026. Lors des échanges entre les deux chefs d’État, les échanges ne concernent pas seulement des questions d’ordre politico-sécuritaire mais également économique. Par exemple, un accord a été signé pour construire une centrale économique à N’Djamena.
Dès lors, ce qu’il faut conclure, c’est que la diplomatie africaine de l’Algérie devient de plus en plus une diplomatie de projets, une diplomatie économique. Ainsi, le recours croissant aux hydrocarbures, aux entreprises publiques (Sonatrach) constitue autant de leviers participant à la conduite des relations avec les pays de la bande sahélo-sahélienne.

Tunisie et Libye : la stabilité du voisinage comme priorité
L’évolution de la diplomatie algérienne au Maghreb apparaît clairement dans ses relations avec la Tunisie et la Libye. La stabilité politique, sécuritaire et militaire de ces deux voisins constitue un enjeu directement lié à sa propre sécurité. Avec la Tunisie, l’Algérie a toujours entretenu de bonnes relations. Cette coopération ne se contente plus de concerner les questions diplomatiques traditionnelles (coordination sécuritaire, lutte contre les trafics, etc.), mais s’est élargie à l’énergie, au commerce et aux infrastructures. En décembre 2025, le changement de la diplomatie algérienne au Maghreb apparaît clairement dans les relations avec la Tunisie et la Libye.
Avec la Tunisie, l’Algérie entretient une relation privilégiée, renforcée ces dernières années par le rapprochement politique entre Abdelmadjid Tebboune et Kaïs Saïed. Cette coopération dépasse désormais les questions diplomatiques traditionnelles pour concerner la sécurité, l’énergie, le commerce et les infrastructures. En décembre 2025, 25 accords dans les secteurs des hydrocarbures, de l’électricité, des énergies renouvelables et des phosphates ont été signés à l’occasion de la 23e grande commission mixte algéro-tunisienne.
Le terrain libyen constitue un autre exemple de l’activisme diplomatique algérien. Depuis le début de la crise, Alger, contrairement à d’autres pays, n’a pas pris parti pour l’un des camps parties prenantes. Préférant au conflit une solution politique fondée sur le dialogue entre Libyens, l’Algérie cherche ainsi à jouer un rôle de médiateur. Ainsi, Alger a relancé le mécanisme tripartite Algérie-Tunisie-Égypte sur la Libye dont l’objectif est de trouver une solution politique à la crise que connaît actuellement le pays. A travers l’ensemble de ces initiatives structures, Alger cherche à développer une diplomatie proactive, associant coopération économique, sécurité, médiation politique et concertation régionale.

La diversification des partenariats : une stratégie d’autonomie entre Europe, États-Unis, Russie, Chine et Türkiye
La recomposition des liens que l’Algérie a pu mettre en œuvre avec le vieux continent n’est pas pour autant synonyme d’un éloignement avec l’Europe. Elle manifeste plutôt la volonté d’élargir son éventail de partenaires (États-Unis, Russie, Chine et Turquie) ; et ainsi de réduire les situations de dépendance.
D’abord, malgré sa volonté de multiplier le nombre de ses partenaires, le pays considère toujours l’Europe comme incontournable. Depuis quelques années, il a été décidé de renforcer ses relations avec les pays qui se situent au nord de la Méditerranée, mais également d’élargir et de diversifier les partenaires. Alors que la France occupait jusqu’à une période récente une position dominante, ce sont désormais l’Italie et, dans une moindre mesure, l’Espagne qui ont pris une place plus importante dans les échanges de l’Algérie.
En 2024, l’Italie représente environ 24 % des exportations algériennes, contre 14,6 % pour la France et 12,3 % pour l’Espagne. Alger a réussi à se rendre indispensable pour Madrid et Rome, soucieux de sécuriser leur approvisionnement énergétique sur fond de tensions internationales, liées aux conflits en Ukraine et au large de l’Iran.
Ensuite, l’Algérie entretient toujours des relations avec la Russie. Même si le partenariat algéro-russe est pour l’essentiel militaire et sécuritaire, celui-ci tend de plus en plus à évoluer. En juin 2023, la signature d’un partenariat stratégique approfondi concernant le domaine énergétique, scientifique, etc., confirme cette dynamique. L’élargissement du partenariat touche aussi le domaine des hydrocarbures ou encore des énergies renouvelables. Autre partenaire : la Chine. Ses sociétés ont investi dans le pays à travers la construction de nombreuses infrastructures telles que l’autoroute Est-Ouest ou encore la grande mosquée d’Alger. Depuis deux ans, le parc automobile algérien comporte de plus en plus de voitures provenant de l’Empire du Milieu (Geely, Jetour, etc.).
Néanmoins, cette proximité avec la Russie et la Chine n’a pas empêché Alger de consolider ses relations avec les États-Unis, avec lesquels le pays entretient depuis longtemps des liens dans le domaine sécuritaire (lutte contre le terrorisme, échanges d’informations, sécurisation des frontières, etc.). Ainsi, de nombreuses multinationales américaines exploitent avec Alger des forages (Exxon, Chevron, Halliburton, etc.). N'oublions pas que les États-Unis ont représenté pour l’année 2024 environ 29 % du stock d’investissements directs étrangers en Algérie.
Last but not least, la Türkiye complète cette stratégie de diversification des partenaires internationaux. L’intérêt que porte Alger à Ankara réside notamment dans le fait que le pays est membre de l’OTAN. Les relations entre les deux pays se sont accentuées dans de nombreux domaines (la sidérurgie, le textile, la construction, etc.).
En définitive, la politique étrangère algérienne connaît ainsi une profonde adaptation aux nouvelles réalités régionales et internationales. Pour Alger, même si le pays est un acteur incontournable de la région, il doit désormais “confirmer l’essai” en poursuivant cette stratégie afin de devenir un acteur pilier de l’espace méditerranéen et du continent africain.























