Ehpad "Les Figuiers" à Villeneuve-Loubet, France / Photo: Reuters (Reuters)

Hausse des prix de l’énergie et de l’alimentation, les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) n’ont pas échappé à l’inflation. Les Ehpad font face à des difficultés financières de plus en plus grandes et les établissements en bonne santé financière se font rares. Selon la Fédération hospitalière de France (FHF), c’est même 85 % d’Ehpad publics qui sont dans le rouge avec un déficit moyen de 146 000 euros soit deux fois plus qu’en 2019.

"La survie à court terme de certains établissements est en jeu", s’alarme la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées.

Le gouvernement a instauré un bouclier tarifaire pour atténuer la crise mais les maires déplorent ne rien avoir reçu en 2023. "Il a fonctionné en 2022. En revanche, nous n’avons rien obtenu de l’Etat en 2023", regrette François Blanchon, maire du Charensat, commune rurale du Puy-de-Dôme, cité par Le Monde.

Pour protester contre le manque de soutien de l’Etat, certains maires ont décidé de ne plus payer de factures. C’est notamment le cas dans les Côtes-d’Armor, le Finistère et le Morbihan. Ce sont plus d’une soixantaine de maires qui gèrent un Ehpad ne règlent plus les factures d’énergie depuis juin.

L’Effet Orpea

Alors que les structures ont dû faire face à une augmentation de leurs charges, elles sont, en même temps, confrontées à une baisse de leur activité. Entre 2019 et 2022, les charges d'hébergement par lit ont augmenté de 9 % au moment où le taux d'occupation des établissements a reculé de 2,8 %. Le nombre de lits inoccupés a ainsi atteint un niveau record avec 20 000 places vacantes.

La cause ? La Fédération hospitalière de France (FHF) parle d’un "effet post-Orpea", en référence au groupe privé de maisons de retraite accusé en 2022 de détournements de fonds et de maltraitances.

Par ailleurs, la prise en charge de certaines maladies dont l’Alzheimer dans les Ehpad est inadaptée, selon l'Inspection générale des affaires sociales (Igas). La moitié des établissements ne possèdent pas de dispositif spécifique pour gérer les problèmes cognitifs, bien que la plupart de leurs résidents soient touchés par ces troubles. L'Inspection générale des affaires sociales (Igas) préconise une réforme complète de tous les Ehpad afin de pouvoir répondre à ce nombre croissant de patients dans les années à venir.

Manque de personnel

Autre point noir, les difficultés de recrutement. D’après une enquête de la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées (Fnadepa), 89 % des directeurs font face à un manque de personnel.

La pandémie de Covid a aussi provoqué une vague d’absences professionnelles qui a précédé de peu les démissions, selon le sociologue Philippe Bataille.

"Les directeurs, les équipes, n’en peuvent plus. La situation [des ressources humaines] et financière est dramatique. Un établissement sur quatre gèle les entrées en raison d’un manque de personnel, pour maintenir une qualité d’accompagnement décente", a signalé Jean-Pierre Riso, président de la Fnadepa.

Le sous-effectif dans certains établissements a des conséquences directes sur la qualité de la prise en charge des résidents. "Dès qu’il manque du monde, on ne peut pas leur donner de douche. Des résidents attendent seul au réfectoire avant que l’on s’occupe d’eux car on est débordé. On est chronométré, on a 15 minutes par personne pour tout faire", a indiqué un groupe de soignantes lors de manifestations des personnes d’Ehpad de de Sées pour dénoncer les conditions de travail.

Dans ce contexte tendu et critique, de plus en plus d’Ehpad sont contraints de fermer alors que le vieillissement de la population risque de fortement augmenter les besoins.

TRT Francais