"Regardez-moi!": Biden croit en ses chances pour 2024 ... comme Trump / Photo: AP (AP)

Il n'y avait qu'à écouter le démocrate de 79 ans, confiant, presque guilleret, lors d'une rare conférence de presse mercredi, donnée au lendemain d'élections de mi-mandat encore incertaines, mais qui n'ont pas déclenché la "vague" espérée par l'opposition républicaine.

Que dit-il à cette majorité d'Américains ne voulant pas d'une nouvelle candidature - 56% selon une enquête YouGov/The Economist début novembre, beaucoup plus selon certains sondages de sortie des urnes - a voulu savoir une journaliste?

"Regardez-moi!", a seulement lancé Joe Biden.

Le démocrate ne donnera qu'en début d'année prochaine sa décision finale. Mais son argumentaire est déjà prêt: le président, qui a pour l'heure seulement 41% d'opinions favorables, selon le site FiveThirtyEight, a déjà semé les réformes qui séduiront l'électorat.

Rien ne presse

Interrogé sur ce qu'il comptait changer, après des élections qui ont malgré tout confirmé le mécontentement général de l'opinion publique, il a asséné: "Rien, parce que (les Américains) sont à peine en train de découvrir ce que nous faisons. Et le plus ils en sauront, plus ils seront favorables".

En clair: il suffit d'attendre que le pays prenne goût, grâce à ses réformes, aux autoroutes neuves, à l'internet rapide, à l'insuline moins chère.

Joe Biden estime que le temps joue pour lui et que rien ne le presse de se déclarer, tandis que Donald Trump, 76 ans, n'en finit plus de promettre pour le 15 novembre, mardi prochain, une "grande annonce".

Cela même si, selon le sondage cité plus haut, 53% des Américains ne veuillent pas non plus d'une campagne de l'ancien président.

Joe Biden a souvent dit, et continue certainement à penser, qu'il est le mieux placé pour battre à nouveau le milliardaire.

Et il pourrait être conforté dans cette idée: dans les sondages de sortie des urnes, "la cote de confiance de Biden, bien que basse, dépassait celle de Trump avec exactement la même marge" qu'entre leurs scores à la présidentielle de 2020, analyse Wendy Schiller, professeure de sciences politiques à l'université Brown.

La politologue estime aussi qu'en "bon politicien", Joe Biden n'a aucun intérêt à spéculer pour l'instant sur un autre adversaire, par exemple l'étoile montante de la droite dure, le gouverneur républicain de Floride Ron DeSantis, 44 ans.

Interrogé mercredi pour savoir lequel il préférerait affronter, le président n'a répondu que par une pique: "Ce serait amusant de les voir s'affronter".

Primaire

Mais "optimiste", Joe Biden l'est aussi, c'est même une marque de fabrique de sa longue carrière politique, qui l'a vu se lancer trois fois à la conquête de la Maison Blanche sans jamais cesser de croire en ses chances.

Reste l'âge du président. Son médecin, il y a un an, le disait en bonne santé, et le rythme de Joe Biden mettrait à genoux bien des hommes plus jeunes. Mais désormais, ses cheveux clairsemés, sa démarche raidie, ses hésitations verbales, tout en lui avoue ses bientôt 80 ans.

"Comme dirigeant du parti, ce serait une faute politique d'annoncer qu'il ne brigue pas sa réélection parce que cela détruirait le capital qui lui reste auprès du Congrès et l'opinion publique. Ne serait-ce que pour confirmer et protéger ce qu'il a déjà fait, il n'a pas d'autre choix que de s'engager à chercher la réélection", estime pourtant Wendy Schiller.

Quitte à provoquer une houleuse compétition interne entre démocrates. Rappelant qu'en 2008 Barack Obama avait été élu largement malgré une primaire difficile, la politologue juge: "Même si Biden se présente, est défié et battu par un autre démocrate, le parti peut toujours gagner l'élection présidentielle en 2024."

AFP