Le navire de l'ONU destiné au sauvetage d'un pétrolier au Yémen en route vers la mer rouge / Photo: AFP (AFP)

A l'issue d'intenses tractations diplomatiques et la levée de dizaines de millions de dollars, le navire Nautica, acheté par l'ONU en mars, est parti samedi des côtes de Djibouti, sur l'autre rive de la mer Rouge, et devrait amarrer dimanche près du FSO Safer, un pétrolier vieux de 47 ans et contenant plus d'un million de baril.

Mais la menace d'un désastre au large de Hodeida, ville portuaire de l'ouest, continue de planer avec les températures extrêmes et la présence de mines marines dans cette région qui a fait l'objet de batailles sanglantes.

"Le risque est très élevé", a insisté Mohammed Mudawi, représentant du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) sur ce dossier.

"Mais nous espérons qu'une fois cette opération terminée, ce risque sera éliminé", a-t-il ajouté, alors que les travaux doivent durer environ trois semaines.

Des expertises ont néanmoins permis de conclure que "le transfert du pétrole peut avoir lieu, avec un niveau de risque acceptable", a déclaré lors d'une réunion du Conseil de sécurité, cette semaine, le coordinateur humanitaire de l'ONU pour le Yémen, David Gressly.

Autour du Safer, des dauphins sautent hors de l'eau et des cormorans ont élu domicile sur le gouvernail du navire en ruine, dans cette zone abritant une faune et une flore qui pourraient être dévastées par une marée noire.

"Très chaud"

Le Safer est amarré depuis les années 1980 à une cinquantaine de kilomètres du port stratégique de Hodeida et à neuf kilomètres de la côte la plus proche.

Sa maintenance a été interrompue en 2015 avec la guerre qui oppose le mouvement des Houthis, soutenu par l'Iran, et les forces du gouvernement appuyées par une coalition militaire dirigée par l'Arabie saoudite.

Le navire, qui menaçait d'exploser à tout moment, transporte quatre fois plus de pétrole que celui qui s'est déversé lors de la marée noire de l'Exxon Valdez en 1989 au large de l'Alaska, l'une des pires catastrophes écologiques au monde.

En cas de marée noire, qui pourrait affecter l'Arabie saoudite, l'Erythrée, Djibouti et la Somalie, le coût du seul nettoyage a été estimé à 20 milliards de dollars par l'ONU.

Si l'état du navire permet l'opération prévue, celle-ci doit démarrer durant un été à environ 50°C dans la péninsule arabique.

"Il se met à faire très chaud, très vite", souligne Nick Quinn, un expert qui participe à l'opération.

Cette température extrême augmente les risques de "glissades, de trébuchements et de chutes" pour les travailleurs qui portent des équipements de protection lourds.

"Déplacer le problème"

C'est précisément le genre de scénario cauchemar que les Houthis ont été accusés de favoriser en rejetant initialement les demandes d'accès de l'ONU pour inspecter le Safer.

Les Houthis contrôlent non seulement la capitale Sanaa mais se sont aussi emparés, au fil de la guerre, de pans entiers du territoire, notamment à Hodeida.

Ils accusent de leur côté l'Arabie saoudite, affirmant que son blocus aérien et maritime imposée au Yémen avait privé le navire de l'entretien nécessaire.

Dénoncé par les ONG, ce blocus est défendu par Ryad qui dit vouloir limiter l'acheminement d'équipements militaires vers les Houthis.

Le Nautica, qui sera rebaptisé Yemen, restera dans la région avec le pétrole à son bord. La question de la propriété de cet or noir se posera alors, car la rivalité entre les Houthis et le gouvernement continue de faire rage, bien que les violences aient largement diminué sur le terrain.

Le "même problème" de l'entretien du nouveau navire sera de nouveau au coeur de ces rivalités, a estimé Idriss Al-Chami, patron de la compagnie pétrolière et gazière yéménite, nommé par les Houthis à Sanaa.

Selon lui, "nous déplaçons donc le problème d'un vieux navire vieillissant vers un navire plus récent".

AFP