Pour sa seconde campagne présidentielle, le président promet en 2022 qu’il fera de l’écologie le cœur de son action.
Mais ce mois de juin 2026 a fait douter beaucoup d’observateurs du travail accompli. Pire, la ministre de la Transition écologique est restée muette pendant plusieurs jours. Il faut dire qu’elle a admis devant les sénateurs que l’action du gouvernement était en deçà des besoins.
En ce mois de juin 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu essaie de sauver la face en assurant que la France travaille depuis neuf ans à préparer le pays au changement climatique. Cette déclaration a été tournée en dérision, alors que l’on compte un millier de morts liés à la canicule. Les écoles ont dû fermer, car les classes ne sont toujours pas équipées de volets ou de ventilateurs. Les hôpitaux n’ont toujours pas assez de lits, de personnel ni de climatisation.
Dix ans après son arrivée au pouvoir, les politiques environnementales du président français Emmanuel Macron donnent une impression de "stop and go" : sa majorité est même revenue sur certaines avancées en matière d’écologie et de climat, comme l’interdiction des véhicules les plus polluants dans les centres-villes ou le "zéro artificialisation nette" (ZAN) des sols.
2017 : des symboles forts...
Quand Emmanuel Macron arrive à l’Élysée, "il n'a pas de projet fort sur l'environnement", admet Pascal Canfin, président macroniste de la commission de l'environnement du Parlement européen de 2019 à 2024.
Le nouveau chef de l'État frappe un grand coup avec la nomination, à la tête d'un grand ministère de la Transition écologique, d'une figure médiatique de l'écologie, Nicolas Hulot.
L'ex-animateur bataillera notamment pour la fin de l'exploitation des hydrocarbures en France et l'abandon d'un projet d'aéroport près de Nantes.
"Il y a eu des signaux importants et des consultations novatrices", reconnaît Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau Action Climat, qui rassemble les principales ONG environnementales.

Au niveau international, Emmanuel Macron séduit avec son slogan "Make Our Planet Great Again", en écho au "Make America Great Again" de Donald Trump, qui s'est retiré de l'Accord de Paris. Finance verte, biodiversité... la France se veut à la pointe de la diplomatie environnementale, puis l'élan retombe.
Nicolas Hulot claque la porte au bout d’un an
Nicolas Hulot doit renoncer à la fin du recours au glyphosate et se voit imposer par le Premier ministre Édouard Philippe l'abandon de "l'objectif imbécile", selon les termes de ce dernier, consistant à ramener la part du nucléaire dans la production d'électricité à 50 % en 2025. Le ministre jette l'éponge et démissionne en 2018 après avoir dénoncé le poids des "lobbies" et les "petits pas insuffisants".
Quelques mois plus tard, le mouvement des Gilets jaunes contraint le gouvernement à renoncer à augmenter une taxe sur les émissions de gaz à effet de serre et plombe durablement les débats sur la fiscalité écologique.
Pour reprendre la main, Emmanuel Macron innove avec une "Convention citoyenne sur le climat" réunissant 150 citoyens, dont il promet de reprendre "sans filtre" les propositions dans un projet de loi "Climat et résilience".
Mais pour les ONG, "ce sera une frustration", selon Anne Bringault, parce que le texte, qui généralise les zones à faibles émissions (ZFE), interdites aux véhicules les plus polluants, ou le "zéro artificialisation nette" (ZAN), sera "édulcoré". Très vite, Emmanuel Macron est accusé de parler du climat sans agir suffisamment.
2022 : une relance par la planification...
En campagne pour sa réélection, Emmanuel Macron proclame que son second quinquennat "sera écologique ou ne sera pas" et reprend au candidat de gauche radicale Jean-Luc Mélenchon le concept de "planification écologique".
Un secrétariat général dédié est placé sous l'autorité du Premier ministre afin d'arbitrer entre les ministères et de définir une feuille de route pour les transports, l'industrie et d'autres secteurs.
Mais l'exécutif attend plus de deux ans avant de détailler, début 2026, son volet énergétique, axé sur la relance de la consommation d'une électricité décarbonée, notamment d'origine nucléaire. L'ambition apparaît donc relative, le nucléaire étant porté au premier plan.
Après avoir soutenu le Pacte vert européen (fin de la vente des voitures thermiques neuves en 2035, taxe carbone aux frontières...), Emmanuel Macron plaide pour une "pause réglementaire massive". La guerre en Ukraine, avec la hausse des prix de l'énergie, remet au premier plan les questions de compétitivité industrielle.

Confronté à une crise agricole multifactorielle, le Premier ministre Gabriel Attal "en fait un récit d'une colère contre les normes environnementales (pesticides, gestion de l'eau, etc.)", déplore Anne Bringault.
L'exécutif ne parvient plus à maintenir le cap et laisse les intérêts économiques peser davantage sur les choix politiques. La transition écologique n'est plus qu'à peine évoquée dans les déclarations de politique générale du gouvernement.
Un retour en arrière
Dans l'Assemblée issue de la dissolution de 2024, le détricotage commence : les ZFE, le ZAN ou encore la loi Duplomb sur l'agriculture sont remis en cause, tandis que le gouvernement alterne avancées et reculs sur les aides à la rénovation énergétique ou à l'achat de véhicules électriques. MaPrimeRénov' est réduite et le Fonds vert, destiné à adapter les bâtiments publics au changement climatique, subit d'importantes coupes budgétaires.
La France n'échappe pas au retour de bâton observé en Europe, où la droite et l'extrême droite font de la dénonciation du Pacte vert et de "l'écologie punitive" un axe central des élections européennes de 2024.
En quelques mois, "le débat public passe de +vous n'en faites pas assez, c'est insupportable+, à +vous en avez fait trop, c'est insupportable+", résume Pascal Canfin.
Il regrette qu'Emmanuel Macron n'ait "pas réussi à proposer une méthode de gouvernement pour que la transition écologique soit négociée et dépolarisée". Pour Anne Bringault, le président est resté "dans un rapport libéral avec cette transition en misant d'abord sur l'innovation".
















