Dimanche soir, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) a dénombré 1 300 morts imputables à la canicule depuis le 21 juin en Europe. "Plus de 1 300 décès supplémentaires ont été enregistrés depuis le 21 juin en lien avec les températures élevées en Europe", a déclaré dimanche sur X le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus.
"À l’heure actuelle, 150 millions de personnes vivent sous une chaleur extrême, des centaines de personnes sont décédées, des écoles sont fermées et les réseaux électriques sont mis à rude épreuve", a-t-il ajouté.
Dimanche, la République tchèque a enregistré un nouveau record, avec 41,1 °C, une valeur relevée à Doksany, au nord de Prague. Même chose en Pologne, avec 40,5 °C, où de nombreux trains ont été annulés ou retardés.
L’Allemagne suffoque également. Elle a enregistré dimanche un nouveau record de température, selon des données provisoires du Service météorologique allemand (DWD). La station de mesure de Coschen, dans le Brandebourg, à la frontière polonaise, a relevé 41,7 °C dans l’après-midi, a indiqué le DWD à l’AFP, battant le précédent record établi samedi à 41,5 °C.
À Berlin, la police entend à nouveau faire usage de canons à eau pour aider les habitants de la capitale à se rafraîchir.
De nombreuses compétitions sportives et manifestations culturelles ont été annulées à travers le pays et de nombreuses villes ont signalé une pression extrême sur leurs équipes de secours.
Mais la pression diminue en France : le pays ne comptera plus de départements en vigilance rouge pour la canicule lundi, avec 39 départements en vigilance orange, dont 19 pour des risques d’orage, a annoncé dimanche Météo-France. Les orages ont également permis une baisse des températures.
Un bilan humain lourd en France
Une nouvelle cellule interministérielle de crise se réunit lundi après-midi. Le Premier ministre Sébastien Lecornu assume une communication limitée afin de ne pas donner de "signe de fébrilité", alors que son gouvernement est pointé du doigt pour son impréparation.
Mais les autorités françaises commencent à dresser un bilan de la surmortalité potentiellement imputable à la canicule historique qui frappe le pays depuis 11 jours : un millier de morts de plus que la normale depuis le 24 juin, date à laquelle les températures ont dépassé 40 °C sur l’ensemble du territoire.
Ce phénomène touche principalement les personnes de plus de 65 ans, a annoncé Santé publique France (SpF), qui évoque par ailleurs une hausse de 40 % des seuls décès à domicile.
Le chef des urgences de l’hôpital Pompidou, l’un des principaux établissements parisiens, Philippe Juvin, a dit dimanche s’attendre à un bilan "probablement très, très lourd".
"Demain matin, lundi, les aides ménagères, les personnes qui s’occupent des personnes âgées à domicile vont revenir travailler, ainsi que les familles. On va ouvrir les portes et on va probablement découvrir des gens qui sont soit en très, très mauvais état chez eux, qui n’ont pas bu depuis trois jours, qui sont dans la chaleur, ou qui sont morts", a-t-il décrit.
La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, s’est montrée plus optimiste. Selon elle, il n’y aura "probablement pas la même surmortalité" qu’en 2003, année où la canicule avait causé 15 000 décès.
Cette vague de chaleur est la plus sévère jamais mesurée en Europe et aurait été quasiment impossible au mois de juin sans le changement climatique, selon les climatologues du World Weather Attribution.
Pourquoi fait-il si chaud au mois de juin ?
Ces fortes chaleurs pourraient en outre être accentuées par une "bulle froide" de l’Atlantique, vaste zone d’eaux anormalement froides située au sud de l’Islande et du Groenland.
Des études suggèrent qu’elle modifie la trajectoire et la vitesse du courant-jet (jet stream) atmosphérique, qui balaie le continent d’ouest en est. Ces changements peuvent favoriser la formation de systèmes de hautes pressions qui stagnent au-dessus de l’Europe, comme le "dôme de chaleur" actuel.
"Cette succession d’événements (...) explique pourquoi l’Europe se réchauffe plus rapidement que d’autres régions du monde durant l’été", a déclaré à l’AFP Marilena Oltmanns, physicienne spécialiste de l’océan et du climat, professeure à l’université de Brême (Allemagne).
La hausse du mercure affecte aussi les mers, conduisant à un appauvrissement de leur biodiversité. Sur la plage de Wimereux, qui borde la Manche dans le nord de la France, Grégory Beaugrand, directeur de recherche au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), a constaté que les organismes qu’il prélève régulièrement sont de plus en plus petits.
Or, lorsque la composition du plancton se modifie, "tous les niveaux" de la chaîne alimentaire évoluent également : "Les poissons qui aiment les eaux froides sont en train de disparaître" de la Manche, a-t-il expliqué à l’AFP.
Les responsables politiques "passeront à autre chose" lorsque l’épisode record de canicule sera terminé, craint de son côté le paléoclimatologue français Jean Jouzel, vice-président du Giec (groupe d’experts sur le climat travaillant pour le compte de l’ONU), dans un entretien accordé dimanche.
"Le Giec n’a pas exagéré. Ce que l’on vit, c’est ce que l’on anticipe depuis 50 ans. Cela doit inciter tous les citoyens à tenir compte de ce que les scientifiques disent. Les gens ferment les yeux, mais c’est extrêmement sérieux", a-t-il encore alerté.






















