Le blocus iranien du détroit d’Ormuz remet au goût du jour l’urgence de la souveraineté énergétique de l’Afrique. Alors qu’une région comme l’Asie est au bord de l'asphyxie du fait de "ce goulet d'étranglement” par lequel transite en temps de paix un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié mondiaux, l’Afrique semble relativement épargnée.
La raffinerie Dangote au Nigéria a annoncé avoir commencé à exporter des carburants vers d'autres pays africains après que les tensions au Moyen-Orient, déclenchées par les attaques américano-israéliennes contre l'Iran, ont fait monter les prix mondiaux du pétrole.
Dans un communiqué de Dangote, la plus grande raffinerie de pétrole d'Afrique, il est indiqué qu'un total de 456 000 tonnes de carburant ont été vendues à des pays tels que la Côte d'Ivoire, le Cameroun, la Tanzanie, le Ghana et le Togo.
Le communiqué précise que les expéditions vers d'autres pays africains devraient contribuer au renforcement de la sécurité énergétique en Afrique, soulignant que la principale raison de la décision d'exportation est la tension au Moyen-Orient.
Structurer l’autonomie énergétique
Pour autant, les Africains veulent inscrire leur action dans la durée en structurant la souveraineté énergétique. “Il est plus que jamais essentiel pour l’Afrique de veiller à sa propre sécurité énergétique”, a souligné Mamadou Sangafowa Coulibaly, ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l'Énergie ivoirien à l’ouverture de la 2e édition du Salon international des ressources extractives et énergétiques (SIREXE). Pour lui, la valorisation locale des ressources minérales ne peut aujourd’hui plus dépendre de capitaux extérieurs, incertains.
C’est ce qui justifie la création de la Banque africaine de l’énergie (BAE). Le lancement opérationnel de cette institution est fixé pour le premier semestre 2026. Il s’agit d’assurer outre la sécurisation de la fourniture énergétique, de réponse au désengagement international sur les hydrocarbures en Afrique.
“L’Afrique doit être éclairée avant d’être verte”, soutient Akinwumi Adesina, l'ancien président de la Banque africaine de développement. Cette formule résume la tension entre impératif de développement et pression climatique internationale. Les pays du nord sont de plus en plus réfractaires au financement des énergies fossiles en Afrique.

Dans ce contexte, le projet de Banque africaine de l’énergie, porté par l’African Petroleum Producers’ Organization (APPO) avec le soutien de la African Export-Import Bank (Afreximbank), apparaît comme une réponse stratégique à un désengagement croissant des financements occidentaux dans les hydrocarbures.
Depuis plusieurs années, sous l’effet des politiques climatiques et des critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance), les grandes institutions financières internationales ferment progressivement le robinet aux projets pétroliers et gaziers africains. Pour de nombreux dirigeants, cette évolution équivaut à une mise sous contrainte.
“La transition énergétique ne doit pas devenir un instrument de marginalisation de l’Afrique”, avertit Omar Farouk Ibrahim, le secrétaire général de l’Appo, l’Organisation des producteurs de pétrole africains. Une critique à peine voilée contre une transition perçue comme asymétrique, voire imposée.
Une réponse à la dépendance
L’ambition de la future banque est de mobiliser des capitaux africains pour financer des projets énergétiques africains. “Nous devons financer notre propre développement. Si nous ne le faisons pas, personne ne le fera à notre place”, insiste Benedict Oramah, ancien président et président du conseil d'administration de la Banque africaine d'import-export (Afreximbank).
Dans les faits, le continent fait face à un déficit massif de financement énergétique, estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars par an. Les investisseurs privés restent prudents, invoquant des risques politiques et sécuritaires, tandis que les bailleurs traditionnels réorientent leurs priorités vers les énergies vertes.
Rejet d’une transition au forceps
Face aux appels à une sortie rapide des énergies fossiles, plusieurs pays africains défendent une approche pragmatique, basée sur un mix énergétique. Le gaz est notamment présenté comme une ressource de transition incontournable.
“Il serait injuste de demander à l’Afrique de renoncer aux hydrocarbures alors que les pays développés ont bâti leur richesse sur ces mêmes ressources”, rappelait en son temps feu l’ancien président nigérian Muhammadu Buhari.

La Banque africaine de l’énergie voudrait transformer en définitive, la richesse énergétique du continent en levier de puissance. Un vrai test pour la volonté politique des Africains, alors que le système énergétique mondial est largement dominé par les Occidentaux. L'énergie, c’est le pouvoir. Les tensions actuelles au Moyen-Orient en sont la parfaite illustration.
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