Les députés ont adopté, tard dans la soirée d’hier, la contribution française au budget de l’Union européenne, malgré l’opposition de LFI et du RN. Cette contribution s’élève à 30,9 milliards d’euros pour 2027, faisant de la France une contributrice nette. L’Europe occupe une large place dans les débats économiques cette semaine.
Ce montant a été approuvé par 111 voix contre 93. Benjamin Haddad, le ministre chargé de l’Europe, s’en est réjoui. Il s’est félicité que la France "reste contributrice nette, comme les douze autres pays les plus riches de notre Union", arguant qu’elle est "la première bénéficiaire en volume" des subventions européennes destinées aux agriculteurs, aux régions ou aux entreprises.
Philippe Juvin (LR, droite), rapporteur général du budget, a souligné que supprimer l’article du budget de l’État qui définit la contribution "n’aurait strictement aucun effet sur notre obligation juridique" de la verser.
Le RN et LFI veulent baisser la contribution à l’UE
Benjamin Haddad a accusé les députés souhaitant revoir à la baisse cette contribution "d’avancer masqués", en n’osant plus prononcer le mot "Frexit" et en préférant l’expression "rapport de force avec l’Europe".
Le Rassemblement national (RN, extrême droite), le parti de Marine Le Pen, souhaitait réduire de 11 milliards d’euros la contribution française, afin que la contribution nette "se limite à cinq milliards d’euros". L’amendement a été rejeté.
Comme Marine Le Pen, qui se trouvait au même moment à Bruxelles et est présentée comme la grande favorite de la présidentielle de 2027, le député RN Jean-Philippe Tanguy s’est insurgé contre la possibilité que le budget de l’UE pour la période 2028-2034, actuellement débattu par les Européens, soit adopté avant la présidentielle. Il y voit "un grave problème" démocratique.
Pour le président de la commission des finances, Éric Coquerel (LFI, gauche radicale), "telle qu’elle existe aujourd’hui, l’Union européenne reste le cheval de Troie d’un néolibéralisme et d’une politique de l’offre dont la duplicité ne nous masque plus l’échec".
LFI a tenté de faire adopter plusieurs mesures issues de son programme présidentiel, comme le "gel" des titres de dette française détenus par la BCE (Banque centrale européenne), l’abrogation des règles européennes fixant des plafonds de 3 % du PIB pour les déficits publics et de 60 % pour la dette des pays membres, ou encore la dénonciation de l’accord d’association entre Israël et l’UE ou de l’accord commercial avec le Mercosur.
Bruxelles discute de son budget sur sept ans
Ce vote français intervient alors que la bataille budgétaire commence à Bruxelles, avec des passes d’armes entre chefs d’État. Les dirigeants européens se retrouvent aujourd’hui dans la capitale belge pour discuter du prochain budget de l’UE, pour la période 2028-2034. Il s’agit notamment de décider des montants alloués aux agriculteurs et aux régions européennes, de la taille de l’enveloppe destinée à l’Ukraine et à la défense, de la place à accorder à l’intelligence artificielle (IA) et de l’éventuel financement de centres pour migrants en Afrique.
De l’Italie à la Pologne, de la Grèce à la France, en passant par la Finlande, 2027 sera une année électorale qui pourrait porter au pouvoir des dirigeants eurosceptiques susceptibles de rebattre les cartes des négociations budgétaires.

Des eurosceptiques aux portes du pouvoir
Plusieurs élections incertaines sont prévues en 2027 et les chefs d’État européens veulent sécuriser la pérennité des financements de l’Union européenne.
Tous les yeux sont évidemment rivés sur l’élection présidentielle française, où la candidate d’extrême droite Marine Le Pen caracole en tête des sondages. Elle s’est d’ailleurs rendue à Bruxelles à la veille du sommet pour tenter de faire monter la pression.
"Tout cela n’est pas sérieux", a-t-elle déploré lors d’une conférence de presse, estimant qu’adopter le budget avant ces échéances électorales serait un "scandale démocratique".
Deux camps s’opposent: les partisans d’un budget ambitieux, dont la France d’Emmanuel Macron, la Pologne, l’Italie et l’Espagne, réclament davantage de fonds pour l’agriculture et la cohésion sociale et territoriale. À l’opposé, les pays dits "frugaux", emmenés par l’Allemagne de Friedrich Merz, la Suède et les Pays-Bas, réclament des coupes massives dans la proposition budgétaire présentée par la Commission européenne, qui s’élève à environ 2 000 milliards d’euros, alors que les budgets nationaux sont tous sous pression.
L’Irlande, qui assure la présidence tournante de l’UE, a proposé samedi de réduire l’enveloppe de 140 milliards d’euros par rapport à la proposition initiale de Bruxelles, notamment en diminuant les dépenses consacrées à la compétitivité et à l’aide au développement.






















