À quelques semaines de son examen en séance publique, la proposition de loi n° 575, portée par la députée Caroline Yadan, ne cesse de cristalliser les tensions.
Les députés de La France Insoumise (LFI) et une large partie de la gauche mènent une offensive déterminée contre un texte qu’ils qualifient de “liberticide” et d’”instrument de répression” visant à criminaliser la critique de la politique israélienne.
Déposée le 19 novembre 2024, la proposition de loi vise à lutter prétenduemment contre les “formes renouvelées de l’antisémitisme”.
Elle prévoit de nouvelles infractions, notamment l’”apologie du terrorisme”, la négation du “droit à l’existence d’Israël” ou certaines comparaisons avec la Shoah.
Adoptée en Commission des lois le 20 janvier 2026 (18 voix contre 16), elle a bénéficié de la procédure accélérée. Le gouvernement, via le Premier ministre Sébastien Lecornu, a confirmé en février vouloir l’examiner “dès le mois d’avril”.
Après un passage manqué à l’ordre du jour fin janvier faute de temps, l’Assemblée nationale à confirmé officiellement que le débat aura lieu les 16 et 17 avril prochain. Cette mise à jour a immédiatement relancé la mobilisation.
Appel à la mobilisation
Pour les Insoumis, ce texte confond délibérément antisémitisme et antisionisme. L’eurodéputée LFI Rima Hassan a multiplié les interventions ces derniers jours.
Sur X, elle a publié une vidéo virale appelant à la mobilisation: “Non à la proposition de loi Yadan ! Ce texte sera discuté dans trois semaines à l’Assemblée nationale. Interpellez vos élu·es”.
Dans un autre post, elle martèle: “Nous devons tout faire pour empêcher l’adoption de la loi Yadan qui est une menace directe pour la liberté d’expression et au débat démocratique: mobilisez vos élus pour qu’ils s’opposent à cette loi”.
Selon Rima Hassan, la proposition de loi Yadan repose sur l’idée d’un “nouvel antisémitisme” qui se manifesterait principalement par la critique de l’État d’Israël.
“Pourtant, la Cour européenne des droits de l’homme distingue clairement la critique légitime d’un État des discours de haine ou d’incitation à la violence. Critiquer Israël n’est pas de l’antisémitisme”, ajoute-t-elle.
Pour l’eurodéputée LFI, le texte “essentialise” les Juifs en les assimilant à la politique de Netanyahu et vise à museler la solidarité avec la Palestine.

Le député LFI Thomas Portes a également pris la parole, mardi sur X, affirmant que la loi portée par Caroline Yadan, qu’il attribue à l’influence du gouvernement israélien, constitue une tentative d’ingérence étrangère dans le Parlement français.
Il estime que ce texte instrumentaliserait la lutte contre l’antisémitisme afin de restreindre les critiques visant l’État d’Israël et de criminaliser les soutiens au peuple palestinien.
“Nous mettrons tout en œuvre et utiliserons tous les moyens à notre disposition pour s'opposer à l'adoption de ce texte de la honte. Nous sommes prêts à mener la bataille et nous empêcherons clairement que ce texte soit adopté ou puisse même être voté”, a martelé Portes.
Il avait par ailleurs cosigné plusieurs amendements en Commission des lois, visant notamment à supprimer ou modifier certaines dispositions du texte, en particulier celles introduisant de nouvelles infractions, jugées attentatoires aux libertés publiques.
Une partie des Écologistes, et de nombreuses associations comme l’AFPS, UJFP, LDH, et La Cimade, dénoncent une “grave atteinte aux libertés”.
Des rassemblements ont déjà eu lieu devant l’Assemblée, et de nouvelles manifestations sont prévues ce samedi 28 mars dans toute la France, notamment place de la Bastille, à Paris.











