Les violences perpétrées par des colons israéliens illégaux contre des Palestiniens en Cisjordanie occupée ont atteint des niveaux sans précédent depuis le début de la guerre avec l'Iran, et les ONG ainsi que des figures de l'opposition dénoncent un climat d'impunité.
Bien que le "terrorisme juif" ait suscité une large condamnation en Israël et à l'étranger, peu de mesures ont été prises pour l'endiguer.
Les agressions commises par des colons illégaux violents contre des Palestiniens se poursuivent depuis des années, souvent dans l'indifférence de la société israélienne.
Mais la récente recrudescence de ces violences a conduit des rabbins influents et même le chef d'état-major le lieutenant-général Eyal Zamir à critiquer vivement ces attaques, les qualifiant d'"inacceptables sur les plans moral et éthique".
Selon Reem Cohen, chercheuse à l'Institut d'études de sécurité nationale (INSS) de Tel-Aviv, "on observe une augmentation des actes de terrorisme juif depuis le début de la guerre avec l'Iran", ainsi qu'une aggravation de "la gravité de ces actes".
Dans un entretien avec l'AFP, Cohen, auteur d'un rapport sur la question publié en janvier, a dénoncé l'impunité dont jouissent les auteurs de ces actes.
"Le gouvernement israélien et les forces de sécurité… n'ont pas réagi avec la détermination requise", a écrit Cohen dans son rapport.
L'une des premières mesures prises par le ministre de la Défense israélien, Israel Katz, dès sa prise de fonctions en 2024, a été de supprimer la détention administrative, une forme de détention quasi illimitée, pour les Israéliens soupçonnés de crimes violents en Cisjordanie occupée. Elle a été maintenue pour les Palestiniens.
Au moins six Palestiniens ont été tués en Cisjordanie occupée depuis début mars dans des violences attribuées à des colons illégaux.
Ce chiffre s'élevait à cinq pour l'ensemble de l'année 2024, selon les données de l'ONU.
"Le terrorisme juif contre les Palestiniens en Cisjordanie occupée est passé d'incidents marginaux et locaux à un phénomène généralisé qui s'inscrit dans le cadre d'une lutte pour le contrôle du territoire et d'une tentative croissante d'éradiquer la présence palestinienne", a écrit Cohen.
Par ailleurs, Reuters a rapporté que des Palestiniens ont participé à une manifestation contre l'application de la loi israélienne sur la peine de mort pour les Palestiniens reconnus coupables d'attentats meurtriers, à Ramallah, en Cisjordanie occupée, le 1er avril 2026.
"Soutien idéologique"
Israël occupe la Cisjordanie depuis 1967. Sans compter Jérusalem-Est, plus de 500 000 Israéliens vivent aujourd'hui dans des colonies considérées comme illégales par l'ONU, parmi quelque trois millions de Palestiniens.
La construction de colonies sur le territoire s'est poursuivie sous tous les gouvernements israéliens depuis le début de l'occupation.
Elle s'est néanmoins considérablement accélérée sous l'actuelle coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui comprend des partis d'extrême droite et est considérée comme l'une des plus à droite de l'histoire d'Israël.
Depuis le 7 octobre 2023, les violences perpétrées par des colons illégaux sont devenues quotidiennes, "avec le soutien idéologique de certains membres du gouvernement", a déclaré Cohen, faisant référence aux ministres d'extrême droite Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich.
Durant la guerre en cours contre l'Iran, le chef du parti de gauche des Démocrates, Yaïr Golan, a accusé le gouvernement de "soutenir le terrorisme juif" et de nuire à la sécurité d'Israël en forçant l'armée à "éteindre les incendies (que le gouvernement) a allumés" en Cisjordanie.
Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, parfois par les auteurs eux-mêmes, montrent des centaines de jeunes hommes, souvent masqués et armés de bâtons ou d'armes automatiques, pénétrant dans des villages palestiniens pour semer la terreur.
"Barbares des collines"
Des colons violents incendient de plus en plus fréquemment les maisons des Palestiniens, déracinent leurs oliviers et tuent leur bétail.
Dans une enquête récente sur ces groupes, qui opèrent principalement dans les zones rurales proches des villes de Naplouse, au nord de la Cisjordanie occupée, et d'Hébron, au sud, le quotidien israélien Yedioth Ahronoth les a qualifiés de "barbares des collines".
Depuis le 7 octobre, des colons illégaux ont établi plus de 175 fermes et avant-postes en Cisjordanie occupée, avec l'accord tacite des autorités israéliennes.
Bien qu'illégaux au regard du droit israélien, ces avant-postes visent à créer un fait accompli et à bénéficier de la protection de l'armée, selon l'ONG La Paix Maintenant.
Les jeunes radicaux des collines rejettent toute autorité et prônent une vision théocratique et antidémocratique de la souveraineté juive sur la Cisjordanie occupée, considérant tous les moyens d'y parvenir comme légitimes.
Selon l'INSS, "90 % des affaires de violence commises par des colons en Cisjordanie occupée sont classées sans suite", et les soldats israéliens, au lieu d'arrêter les coupables, participent parfois aux agressions.








