La crise des laits infantiles a pris une nouvelle dimension jeudi, avec le dépôt d’une plainte contre X par l’association de consommateurs Foodwatch, qui reproche à l’État d’avoir mis trop de temps à rappeler des lots suspects. L’association défend huit familles dont les enfants sont tombés malades après avoir consommé des laits infantiles contaminés par la toxine céréulide.
Deux enquêtes pénales avaient déjà été ouvertes après les décès de deux nourrissons ayant consommé un lait infantile rappelé par Nestlé.
Âgé d’ un mois, Adam, nourri au lait Guigoz, s'est retrouvé plusieurs semaines en réanimation, après des crises de diarrhées et vomissements. Amani, cinq mois, a connu son lot de vomissements et maux de ventre pendant quatre jours, jusqu'à ce qu'il arrête de boire son Babybio. Fièvres répétées et problèmes de digestion ont alerté le personnel de crèche et les parents d'un bébé de quatre mois nourri au Picot 1er âge.
"Certains parents ont vraiment cru que leur enfant allait mourir", a raconté Ingrid Kragl, directrice de l'information de l'association Foodwatch, lors d'une conférence de presse.
L'association européenne de consommateurs estime que les producteurs ne pouvaient pas ignorer les risques pour les bébés de laisser leurs laits en vente, en France et dans plus d'une dizaine de pays européens, ainsi qu'en Australie, Russie, au Qatar ou en Égypte, dans le cas de Nestlé.
"Les faits sont particulièrement graves puisque ces laits contaminés à la toxine céréulide sont souvent destinés à des nourrissons de moins de six mois, parfois des prématurés au système immunitaire d'autant plus vulnérable", a souligné l'association.
"Ils ont été vendus dans le monde entier par des multinationales qui ont commercialisé des produits exposant les bébés à un risque pour leur santé. C'est hors-la-loi, et Foodwatch est déterminée à réclamer justice et transparence dans cette affaire".
Information insuffisante ?
Plusieurs industriels, dont les géants Nestlé (Guigoz, Nidal), Danone (Blédilait, Gallia) et Lactalis (Picot), mais aussi de plus petits acteurs comme Vitagermine (Babybio Optima), ont procédé depuis décembre à des rappels de laits infantiles dans plus d'une soixantaine de pays, dont la France, en raison d'un risque de contamination.
Deux enquêtes pénales distinctes ont déjà été ouvertes à Angers (ouest) et Bordeaux (sud-ouest de la France) après les décès de deux nourrissons ayant consommé un lait infantile rappelé par Nestlé pour cause de "possible contamination" par une substance d'origine bactérienne, sans "lien de causalité" établi pour l'heure, selon les autorités.
La céréulide, produite par certaines bactéries, est "susceptible d'entraîner principalement des troubles digestifs, tels que des vomissements ou des diarrhées", selon le ministère de la Santé. Sans faire de lien, "à ce stade", entre la consommation des laits rappelés et les symptômes.
Au centre des préoccupations se trouve une huile riche en acide arachidonique (ARA), qui expliquerait la présence de céréulide. Le producteur chinois Cabio Biotech, qui détient des parts de marché importantes au niveau mondial sur ce produit, a été mis en cause par plusieurs fabricants de lait infantile ayant procédé à des rappels, même si un lien de causalité n'a pas formellement été établi à ce stade.
Foodwatch reproche notamment aux fabricants de lait d'avoir tardé entre les premières alertes émises en décembre et les rappels, certains discrets, puis plus massifs jusqu'en janvier. L'association estime que les parents n'ont pas été suffisamment informés, souvent trop tard et de façon confuse, et met en cause les autorités dans sa plainte, lui reprochant d’avoir mis trop de temps à agir et pour des carences dans les contrôles.
Le gouvernement a lui défendu son action en affirmant que les procédures avaient été "très très bien respectées" et que tous les lots concernés ont "été retirés".
Mercredi, le tribunal administratif de Paris avait rejeté le recours déposé par une association de défense de la santé des enfants pour "carence grave de l'État dans la gestion du scandale sanitaire des laits infantiles contaminés".














