Pour la première fois, la France organise un sommet France-Afrique en dehors des pays d’expression française. "Africa Forward" se tient du 11 au 12 mai à Nairobi, la capitale kényane. Les observateurs y voient un tournant dans la nouvelle stratégie africaine de la France.
Ces dernières années, Paris a connu de nombreux revers en Afrique d’expression française, considérée comme sa "chasse gardée". Macron cherche-t-il à diversifier ses alliances vers le Kenya pour compenser le rejet de la France au Sahel et la perte d’influence dans les autres pays d’expression française ?
Cela en a tout l’air et Paris semble s’y être préparé. "Africa Forward", du 11 au 12 mai prochain, a été précédé, en début d'année, par le déploiement dans la capitale kényane de l’Agence française de développement (AFD). Cet établissement, qui finance les projets de développement en Afrique, apparaît en effet comme l’un des principaux instruments de soft power français sur le continent.
Le 19 janvier à Paris, l’AFD a signé un accord d’établissement avec le Kenya, officialisant ainsi sa présence dans le pays.
Paris mise ainsi sur l’influence économique pour s’imposer dans cette partie du continent, loin de la logique militaire qui a montré ses limites, notamment dans le Sahel.
L’économie devient ainsi le principal levier de la nouvelle vision de la diplomatie française en Afrique de l’Est.
Le complexe militaro-industriel français suit aussi la tendance des relations économiques entre Nairobi et Paris. Le chantier naval Ocea, d'après la lettre confidentielle Africa Intelligence, envisage la vente de "deux patrouilleurs afin d'équiper la Kenya Navy".
Du reste, Reuters informe que la France a signé avec le Kenya, en octobre dernier, un pacte de défense. L’objectif, d'après cette source, est de dynamiser la coopération dans le partage de renseignements, la sécurité maritime et le maintien de la paix.
Cap vers l’est du continent
Diplomatie de substitution ignorant les racines profondes du rejet de la politique française sur le continent ? Peut-être. Quoi qu’il en soit, les données économiques montrent que la France perd des parts de marché massives dans son ancien "pré carré". Emmanuel Macron lui-même en a fait le constat le 8 janvier dernier à Paris, en s’appuyant sur le secteur financier.
"Il y a quinze ans, on (la France, NDLR) était une puissance bancaire et financière en Afrique, tout le monde a vendu. J'ai demandé aux ministres de revoir les choses en profondeur, avec un objectif : amenons des groupes français de plus en plus nombreux en Afrique, mais amenons des groupes qui ont faim. Ceux qui ne se comportent pas bien ou ceux qui n'ont pas faim, il ne faut plus les emmener", a exhorté le président français lors de son discours devant les ambassadeurs français réunis en conférence.
Dans les faits, les entrepreneurs français se détournent de plus en plus du pré carré traditionnel. En 2023, d'après la direction générale du Trésor en France, les principaux partenaires de Paris en Afrique subsaharienne sont le Nigeria (5,0 Md€), l’Afrique du Sud (3,3 Md€), la Côte d’Ivoire (2,4 Md€), l’Angola (2,0 Md€) et le Cameroun (1,5 Md€).
Lire aussi: Paris met le cap sur les pays de l’Afrique anglophone

















