Les Lang se délitent face aux révélations sur les 100000 euros versés par Epstein
Si la famille Lang affirme ne pas avoir perçu “un centime” de la part de Jeffrey Epstein, des échanges de courriels mentionnent pourtant deux virements de 50000 euros chacun promis en 2012 à une “association fantôme” fondée par Jack Lang.
Les liens qui unissent la famille Lang au délinquant sexuel Jeffrey Epstein ne cessent de susciter de nouvelles interrogations.
L’enquête ouverte le 6 février par le Parquet national financier (PNF) qui vise à éclaircir les flux financiers entre Jack Lang, sa fille Caroline Lang et le délinquant sexuel, porte notamment sur une société offshore créée en 2016 par Jeffrey Epstein et Caroline Lang.
Mais selon une information révélée par Le Monde, deux virements de 50 000 euros chacun, qui auraient été promis fin 2012 à l’Association des cultures du monde (ADCM), structure fondée en 1993 par l’ancien ministre Jack Lang, sont également au cœur des interrogations.
Selon des échanges d’e-mails révélés dans le cadre de procédures judiciaires américaines, Caroline Lang a transmis le 26 novembre 2012 à Jeffrey Epstein les coordonnées bancaires de l’ADCM.
Le lendemain, Epstein indique que “la fondation va faire le premier virement de 50 000 euros”. Le 12 décembre, son comptable, Richard Kahn, évoque l’envoi d’”un autre virement de 50 000 euros” et précise que les fonds devraient parvenir “jeudi ou vendredi”.
Le 18 décembre, l’avocat de Jeffrey Epstein, Me Darren Indyke, relance Caroline Lang afin d’établir un “accord formel”. Celle-ci répond que les fonds ont été envoyés à l’ADCM, “organisation à but non lucratif”, et qu’ils n’ont pas été versés sur le compte de son père, estimant qu’un accord formel n’est pas nécessaire.
Dans un autre courriel, le comptable du financier récapitule les flux bancaires et mentionne, à la ligne “Caroline Lang – Paris”, deux virements de 50 000 euros chacun, notés comme “payés”, alors que Jack Lang affirmait n’avoir jamais touché “un centime” de la part du délinquant sexuel.
Une association peu active
Créée en avril 1993, quelques jours après la défaite de la gauche aux législatives, l’ADCM se donnait pour objet de “promouvoir l’initiative culturelle” et de favoriser les liens entre milieux culturels, scientifiques et industriels, selon Le Monde. Son siège social est situé place des Vosges à Paris.
D’après le répertoire national des entreprises et des établissements de l’Insee, l’association serait toujours en activité début 2026.
Toutefois, aucune publication de comptes ni trace publique d’activités régulières (colloques, expositions) ne sont disponibles.
En 2009, l’ouvrage L’Argent des politiques la qualifiait d’”association fantôme”, évoquant des versements perçus pour des conférences et la prise en charge de certaines dépenses liées à l’activité publique de Jack Lang.
Interrogé à l’époque, l’ancien ministre indiquait que l’association fonctionnait “au ralenti” et avait pour ambition de soutenir des artistes et des causes liées aux droits de l’homme.
Sollicitée début février, Caroline Lang affirmait également que les 100 000 euros promis en 2012 n’avaient finalement pas été versés, le projet auquel ils étaient liés, notamment un livre intitulé provisoirement L’Éducation de Petit Prince pour tous nos enfants, ayant été abandonné.
Ces déclarations interviennent alors que le PNF enquête pour des soupçons de “blanchiment de fraude fiscale aggravé”. Des perquisitions ont notamment été menées à l’Institut du monde arabe (IMA) que Jack Lang a présidé à partir de 2013 avant d’en démissionner.
À ce stade, aucune mise en examen n’a été annoncée. Les investigations doivent déterminer si les virements évoqués dans les échanges de 2012 ont effectivement été exécutés, et, le cas échéant, à quelles fins précises ils étaient destinés.