Les attaques américano-israéliennes contre l’Iran et la riposte de Téhéran risquent d’affecter durablement l’environnement dans une bonne partie du Moyen-Orient. Au-delà des bombardements des équipements civils, l’environnement risque de subir des conséquences désastreuses sur plusieurs générations, s'alarment les environnementalistes.
Pour la première fois, des avions de combat israéliens ont frappé, samedi 7 mars, des dépôts de stockage de pétrole et des installations de raffinage dans la capitale iranienne, Téhéran, selon le diffuseur public israélien.

L’intensité des fumées dégagées par les incendies était telle que Téhéran a été plongée dans la nuit en plein jour, plus de 24 heures après les raids. Pour la première fois, la capitale iranienne a été frappée par une pluie noire et acide. En cause: des bombardements israéliens visant une trentaine de sites pétroliers, dont quatre dépôts majeurs et une raffinerie.
En réaction, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a qualifié lundi d'"écocide" les frappes israéliennes.
"Les bombardements d'Israël sur des dépôts de carburant de Téhéran violent le droit international et constituent un écocide", a-t-il écrit sur X.
"Les habitants risquent de subir des dommages à long terme pour leur santé. La contamination des sols et des nappes phréatiques pourraient avoir des conséquences (sur plusieurs générations)", a mis en garde le ministre.
“Ce qu’on vient de voir est totalement fou. On parle d’une métropole de 15 millions d’habitants touchée par des niveaux de pollution très élevés”, s’indigne Kaveh Madani, scientifique, activiste et ancien vice-ministre iranien de l’Environnement de 2017 à 2018 , joint par le média environnemental Mediaterre.
Les tirs de représailles iraniens ont ciblé les installations pétrolières dans les pays du Golfe, de l’Arabie Saoudite, au Qatar, en passant par Oman notamment.
Le bombardement le 1er mars de la raffinerie de pétrole de Ras Tanura de Saudi Aramco en Arabie Saoudite, a provoqué un incendie, selon les médias, tandis que l'Arabie saoudite a déclaré avoir repoussé les drones.
Dix jours après, c’est la raffinerie de Ruwais aux Émirats arabes unis, l'une des plus grandes au monde, qui suspendait sa production, du fait d’un raid de drone iranien. Au-delà de l’Iran, c’est tout le Moyen-Orient qui est en danger et pour longtemps.
En inhalant ces fumées toxiques, poursuit Kaveh Madani, “ces particules fines et ces métaux lourds, les humains peuvent souffrir de problèmes respiratoires, de nausées, d’évanouissements, d’une détresse dans différentes parties du corps — les enfants, les malades chroniques et les femmes enceintes sont particulièrement vulnérables. Mais il y aussi les animaux, la terre, les nappes phréatiques qui vont être contaminées dans une boucle rétroactive”.
La guerre de l’eau
Outre la destruction des raffineries de pétrole, il y a des dommages sur les stations de désalinisation d’eau dans une région aride.
Une station de dessalement à Bahreïn a été endommagée dimanche 8 mars par une attaque de drones iraniens. La veille, Téhéran a déploré une frappe similaire sur l'île de Qeshm, en Iran, qui a privé 30 villages de l'approvisionnement en eau potable.
L’importance de l’eau désalinisée
Dans une région parmi les plus arides du monde et où la disponibilité de l'eau est dix fois inférieure à la moyenne mondiale selon la Banque mondiale, les usines de désalinisation ont un rôle vital pour l'économie et la consommation d'eau potable de ses millions d'habitants.
Environ 42% de la capacité mondiale de dessalement est présente au Moyen-Orient, montre une récente étude publiée dans la revue Nature. Aux Émirats arabes unis, 42% de l'eau potable provient de ces usines, 90% au Koweït, 86% à Oman et 70% en Arabie saoudite, détaille une note de l'Institut français des relations internationales (Ifri) de 2022.
"Là-bas, sans eau désalinisée, il n'y a rien", résume Esther Crauser-Delbourg, économiste de l'eau, interrogée par l'AFP. C'est particulièrement stratégique dans les grandes métropoles comme Dubaï et Ryad.
Risques de marée noire
Autre préoccupation, les 68 pétroliers bloqués dans le Golfe en raison de la guerre au Moyen-Orient. Ils constituent un risque écologique majeur, met en garde Greenpeace, estimant leur chargement total d'hydrocarbures à quelque 14 millions de tonnes de brut, "l'équivalent de la consommation annuelle de pétrole brut de la Grèce".
Une telle densité de pétroliers dans un environnement hostile avec "la perturbation des signaux de navigation accroissent le risque d'accidents".
"Une marée noire détruirait des écosystèmes uniques et leurs moyens de subsistance pour des décennies", s’alarme Nina Noelle, porte-parole de Greenpeace. Elle plaide pour "la fin immédiate du recours à la force militaire, le retour au droit international et à des solutions diplomatiques".
Greenpeace a fait valoir que les eaux du détroit d'Ormuz et du Golfe "abritent des écosystèmes fragiles tels que des récifs coralliens, des mangroves et des herbiers marins, offrant des habitats essentiels à de nombreuses espèces".
Phosphore blanc comme arme de guerre
Les habitants du sud du Liban expérimentent malgré eux, la destruction de la nature par des produits chimiques comme stratégie israélienne contre le Hezbollah. Human Rights Watch a accusé lundi Israël d'avoir utilisé "illégalement" du phosphore blanc sur des zones habitées dans le sud du Liban juste après le début de son offensive contre le Hezbollah, des allégations que l'armée israélienne a dit "ne pas pouvoir confirmer".
"L'armée israélienne a illégalement utilisé des munitions au phosphore blanc tirées à l'artillerie au-dessus d'habitations le 3 mars 2026, dans la localité de Yohmor, dans le sud du Liban", a affirmé l'ONG dans un communiqué.
HRW dit avoir "vérifié et géolocalisé sept images montrant des munitions au phosphore blanc" qui ont explosé "au-dessus d'une zone résidentielle" et des agents de la Défense civile libanaise intervenant pour éteindre un incendie touchant des maisons, "qui a probablement été causé par des morceaux de feutre imprégnés de phosphore blanc".
Le phosphore blanc s'enflamme au contact de l'oxygène.Il peut être utilisée pour créer des écrans de fumée et éclairer les champs de bataille.
Cette substance peut également être utilisée comme arme incendiaire et provoquer des incendies, de graves brûlures, des lésions respiratoires, des défaillances d'organes et même la mort.
Outre ce gaz toxique, Beyrouth a également accusé Israël en février, d'avoir fait usage du glyphosate du côté libanais de la frontière. Il s’agit d’un herbicide controversé classé "cancérogène probable" par l'OMS (CIRC) en 2015. Les environnementalistes redoutent les dégâts de cet herbicide sur les terres agricoles et sur la population à long terme.
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