Démographie et immigration en berne: un risque majeur pour l’économie américaine
Alors que Trump mène une politique migratoire répressive, la population américaine n'a progressé que de 0,5 % en 2025, ce qui constitue une menace à la croissance économique.
La politique migratoire restrictive de Donald trump se répercute-t-elle déjà sur la démographie des États-Unis ? La question se pose au regard des derniers chiffres dévoilés par Pew Research Center, le centre d'études américain fournissant des informations sur les questions sociales et les tendances démographiques qui façonnent les États-Unis et le monde. Début janvier 2025, peu avant l'arrivée de Trump au pouvoir, le pays avait enregistré un pic de 53,3 millions de personnes nées en dehors des États-Unis, rapporte Pew Research Center.
Six mois plus tard, en juin 2025, le nombre de migrants vivant sur le sol américain s'élevait à 51,9% de personnes; soit une baisse de 0,4% par rapport à janvier 2025. En d’autres termes, entre janvier et juin 2025, 1,5 million de migrants auraient quitté le territoire américain.
Pour les observateurs de la vie publique américaine, le durcissement des contrôles à la frontière sud et l'intensification des procédures d'expulsion, amorcés en fin de mandat Biden et systématisés par l'administration Trump, ont impacté les flux d’immigrants.
La régression de l’immigration coïncide aussi avec le ralentissement de la croissance démographique américaine, révèle le centre d’études.
Les États-Unis ont enregistré une augmentation de seulement 1,8 million de personnes, soit 0,5%, portant le nombre total de résidents à 341,8 millions au 30 juin 2025. Tous les États américains, en dehors du Montana et de la Virginie-Occidentale, ont enregistré une amélioration de leur croissance démographique, selon les estimations du Bureau du recensement des États-Unis.
“C’est la conséquence de deux dynamiques”, explique à TRT Français René Lake, analyste politique à Washington et chercheur à l'université Gaston Berger de Saint Louis au Sénégal.
Il y a d’abord ”la fécondité durablement basse, marquée par des baisses de naissances, des naissances moins fréquentes, très dépendantes du contexte économique. Il y a plusieurs facteurs, le prix du logement, le coût de vie en général, le coût de la garde des enfants, des soins de santé ou encore le poids de l'endettement”, dit-il.
La seconde dynamique, explique l’analyste politique, est la diminution du solde migratoire. “Depuis plusieurs décennies, l'immigration constitue le principal moteur de la croissance démographique américaine, en particulier dans l'éclat de l’âge actif et cela est tout à fait compréhensible pour un pays comme les États-Unis qui est un pays d'immigration”.
Impact économique
Pour le moment, il est difficile d'évaluer l’impact économique du ralentissement de la croissance démographique américaine, alors que certains secteurs sont déjà affectés par la carence de main-d'œuvre.
“Au niveau de la ville de New York, les immigrants représentent pratiquement 46% de la force de travail. Ils sont majoritaires dans les services de santé, la construction, un élément important dans l'économie”, souligne Bakary Tandia, un activiste des droits humains, co-fondateur de Abolition Institute à New York.
“Un pays ne peut pas se développer lorsqu'il n'y a pas d'ouvriers qualifiés pour faire le travail. Il en va de même pour la restauration. New York, c'est la capitale de l'industrie de la restauration. C'est essentiellement tenu par les immigrants”, insiste-il.
La chute de l’immigration en même temps que le ralentissement démographique n’ont rien de rassurant pour l'économie américaine.
“Moins de croissance démographique signifie à terme moins de travailleurs disponibles, sauf à compenser par des gains de productivité très élevés. Cela a plusieurs effets en chaîne”, avertit René Lake.
Pour lui, “un vieillissement plus rapide de la population active aura des implications sur les finances publiques, les retraites, la santé, la fiscalité et autres”.
“Sur le long terme, une population qui croît plus lentement, c'est aussi une demande intérieure moins dynamique. Sauf si, bien entendu, elle est compensée par une hausse des revenus et de la productivité. Autrement dit, la démographie devient un facteur macroéconomique central et pas du tout un sujet secondaire”, insiste l’analyste politique.
Le Bureau des statistiques américain souligne que les travailleurs étrangers représentent 19 % de la main-d’œuvre totale, sur la tranche d'âge comprise entre 25 et 54 ans. L'agriculture, la construction, la restauration, la santé et les services à la personne subissent déjà la raréfaction de la main-d'œuvre, alors que le taux de chômage des immigrés reste historiquement bas, à 3,6 %.
En 2025, l’économie américaine a généré 584 000 emplois non agricoles, contre 2 millions en 2024. Ce ralentissement de 70 % est directement lié à la pénurie de nouveaux entrants. Selon la Fed de San Francisco et le Migration Policy Institute, l'immigration est devenue l'unique levier pour éviter une croissance négative des actifs d'ici à 2030, rapporte le journal La Tribune.
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