Que cache la restitution annoncée de l’uranium nigérien à la Française Orano?
Le Niger prévoit de restituer partiellement à la Française Orano l’uranium que cette entreprise exploitait avant sa nationalisation. Un calcul stratégique destiné à éviter les contrecoups judiciaires, d'après des analystes.
Le Niger envisage de restituer à Orano une partie de l'uranium saisie l’an dernier. Le chef de l'État nigérien, le général Abdourahamane Tiani, l’a promis lors d’un entretien sur la télévision nationale.
Il s’agit d’une cargaison de 156.231 tonnes d'uranium saisie le 15 juin 2025, avant la nationalisation de la Somaïr, la branche locale de la multinationale française Orano.
Sur cette quantité, la part revenant à Orano est de 63,4%. Les 36,6% restants appartiennent à la société publique nigérienne Sopamin. Une répartition calquée sur la part du capital social de chaque partenaire.
"Tout ce qui a été produit par la suite est nigérien. Et restera nigérien, inshallah", a précisé le président du Niger, confirmant ainsi la nationalisation de cette mine d'uranium en juin 2025. Une décision aussitôt rejetée par Orano, alors que les tensions avec la France se sont amplifiées.
Cette décision reflète-t-elle une amorce d’apaisement de Niamey ou alors est-ce un calcul stratégique pour desserrer l'étau de la France ?
“La décision du Niger, explique à TRT Français le spécialiste du Sahel Seidik Abba, procède d'une analyse juridique et la partie qui a été proposée à la restitution par le président Tiani a été produite avant la nationalisation. C'est-à-dire que le Niger propose de restituer à Orano 63,4% de ce qui a été produit avant que la Somaïr ne soit nationalisée”.
“Donc si on voit d'un point de vue juridique, peut-être que le Niger a anticipé sur les risques que ça présente de ne pas restituer totalement à la Somaïr sa part d’uranium. L’objectif étant de ne pas être juridiquement attaquable”, ajoute-il.
Ni apaisement, encore moins rétropédalage, souligne le directeur du Centre international d’études et de réflexions sur le Sahel (CIRES) qui note qu’Abdourahmane Tiani a “sévèrement critiqué” la France lors de sa récente visite à Alger.
“Dans tous les cas, aucun Algérien, aucun Africain ne saurait comprendre que l’Algérie prête son territoire pour agresser un pays africain, surtout lorsqu’il s’agit de cette même puissance qui a, durant plus d’un siècle, infligé d’indicibles souffrances au peuple vaillant algérien”, a assuré le dirigeant nigérien, en allusion à la France, dans un contexte de dégradations des relations entre Paris et Niamey. Les deux pays n’entretiennent plus de relations diplomatiques depuis le coup d’État de juillet 2023 au Niger.
C’est peut-être la raison pour laquelle la frontière avec le Bénin demeure fermée. Le président du Niger “considère toujours le Bénin”, son voisin, comme un “allié sûr” de la France et par conséquent comme une potentielle menace.
Pour le moment, Paris encore moins Orano n’ont réagi à la proposition d’Abdourahmane Tiani de restituer partiellement à son ancien partenaire français l’uranium qu’il détient.
“Orano réclame toute la quantité d'uranium produite au Niger avant, pendant et après la nationalisation. Et donc, à mon avis, on est loin d’un compromis sur cette question”, conclut Seidik Abba .
Au-delà d’une rigidité affichée vis-à-vis de Paris, l’analyste Tari Mhaka d’Al Jazeera estime que Niamey a entrouvert la porte du dialogue. La position du Niger pourrait se résumer ainsi: “Nous ne sommes pas fermés au dialogue, mais les règles ont changé”.
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