MOYEN-ORIENT
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Liban: les raids israéliens déplacent un million de personnes
Les raids de l'armée israélienne au Liban ont déjà déplacé plus d’un million de personnes sur une population de 5,8 millions d’habitants. Le pays est menacé par une catastrophe humanitaire, avertissent les ONG.
Liban: les raids israéliens déplacent un million de personnes
Des familles libanaises s'abritent dans des tentes de fortune le long de la zone côtière de la capitale. Beyrouth, le 15 mars 2026. / AA
il y a 10 heures

“La situation humanitaire est en constante dégradation du fait de la pression militaire. Les bombardements sont incessants dans de nombreuses régions du pays, dans le sud, mais aussi davantage à Beyrouth, dans  la Bekaa, etc”, déplore  Olivier Routeau, directeur des opérations de l’ONG française Première urgence internationale, à TRT Français.

“Les gens vivent avec cette pression constante des ordres d'évacuation, des textos reçus demandant aux gens de se déplacer, des bombardements toutes les nuits, tous les jours”, poursuit-il.

Depuis le 2 mars, l'armée israélienne n’a cessé de bombarder plusieurs localités du Liban pour, dit-elle, “neutraliser les capacités militaires du Hezbollah”. Les bombardements israéliens ont déjà fait 968 morts et 2 432 blessés dans tout le Liban, selon les chiffres du ministère libanais de la Santé. Parmi les personnes tuées, figurent 116 enfants, 77 femmes et 40 membres du personnel de santé, précise le ministère. Dans son précédent bilan, communiqué mardi, il faisait état de 912 morts.

Un habitant du Liban sur cinq est un déplacé interne, font remarquer les travailleurs humanitaires. Les opérations militaires israéliennes ont déjà provoqué le déplacement d’un million de personnes sur une population de 5,8 millions d’habitants, précise le ministère de la Santé.

“Aujourd'hui un peu plus d'un million de Libanais sont sous la menace d'un ordre d'évacuation, déplore Olivier Routeau. Les gens quittent leurs maisons, villages dans la précipitation, le stress et l’angoisse. Les gens se retrouvent démunis. Certains sont chez des parents, d'autres sont dans ce qu'on appelle ‘des abris collectifs’”. Les moins nantis se logent dans des refuges de fortune, comme des écoles, des espaces verts…,. l’essentiel étant de se prémunir des raids israéliens.

Outre le centre, l’est et le sud de Beyrouth la capitale, l'armée israélienne cible particulièrement le sud du Liban, la vallée de la Bekaa dans l’est du pays, notamment à la recherche des partisans du Hezbollah. 

“A Première Urgence Internationale, nous travaillons dans quasiment quatre-vingt centres d'hébergement collectif, d’une capacité comprise entre 15 000 et 20 000 habitants”, explique le directeur des opérations à Première urgence.

Outre les déplacés en zone urbaine, certains préfèrent rester chez eux, malgré le danger des bombardements israéliens. Les humanitaires organisent pour eux des convois de ravitaillement en médicaments et en produits alimentaires, explique Première urgence international. 

Des opérations risquées, d'autant que vendredi dernier, une frappe a tué 12 médecins, secouristes et infirmiers travaillant dans un centre de santé à Bourj Qalaouiyé (caza de Bint Jbeil) dans le sud du Liban. Trente et un secouristes et membres du personnel médical ont trouvé la mort au Liban depuis le début du conflit, précise le ministre de la Santé.  Son département accuse Israël, dans ce contexte, de “cibler” délibérément les ambulanciers en intervention, après que Tel Aviv a  allégué que le Hezbollah utilisait des ambulances et des infrastructures médicales “à des fins militaires”.

Le personnel de santé pris pour cible

La sécurité du personnel de santé est une préoccupation majeure des syndicats et associations du secteur médical libanais. 

“Je lance premièrement un appel pour protéger les hôpitaux et les gens qui y travaillent: c'est-à-dire le corps des infirmiers et les médecins, parce qu'il y a eu des morts et des blessés. Deuxièmement, je lance un appel pour protéger ces hôpitaux”, insiste à TRT Français le président des hôpitaux privés du Liban, Pierre Yarad.

Ces structures de santé qui  accueillent des patients relativement aisés reçoivent aussi en cas de besoin, les blessés et malades en provenance des hôpitaux publics, explique Pierre Yarad tout en posant le problème de la disponibilité des médicaments.

Il souligne que les stocks disponibles dans les hôpitaux privés peuvent encore couvrir une période de trois mois. Au-delà, il redoute des pénuries qui se manifestent déjà. ”On a besoin de médicaments pour des maladies telles que le diabète, l'hypertension, les insuffisances cardiaques, tout genre de traitements pour maladies chroniques”, alerte docteur Yarad. 

Une préoccupation partagée du reste par Premier secours. ”Nous avons besoin de moyens. Les moyens, c'est toujours du soutien pour le financement de nos actions. La communauté internationale doit aussi faire respecter le droit international humanitaire au Moyen-Orient, Israël en premier. Il faut que les États soient à la hauteur de leurs responsabilités dans ce monde de guerre et se préparent aux conséquences de la guerre”.

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SOURCE:TRT Francais