Les députés rejettent la réforme sur la Nouvelle-Calédonie

La motion de rejet préalable demandée par le député calédonien a rassemblé 190 votes, empêchant, ainsi, l’examen de la réforme constitutionnelle défendue par le gouvernement sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie.

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Emmanuel Djibaou, député indépendantiste, à la tribune de l'Assemblée nationale ce jeudi 2 avril / Others

Sans surprise, la réforme constitutionnelle du statut de la Nouvelle-Calédonie a été rejetée par une majorité des députés, 190 voix contre 107, l’extrême droite et la gauche ayant annoncé leur opposition au  texte. Ce vote intervient deux ans après les émeutes qui ont secoué l’archipel en 2024.

Le projet est la traduction de l’accord de Bougival (juillet 2025) qui nécessite une réforme constitutionnelle. L’accord devait ramener un équilibre politique en Nouvelle-Calédonie après les émeutes de 2024. S'il introduit une nationalité calédonienne, il demeure très imprécis sur le processus d’indépendance, pourtant inscrit dans les accords de Nouméa.

Les Calédoniens restent donc divisés sur Bougival. Les loyalistes qui veulent d’une Calédonie française veulent son adoption, les indépendantistes le rejettent, même si le Palika a finalement soutenu le projet à l’inverse du FLNKS qui le refuse.

La ministre de l’Outre-mer, Naïma Moutchou a, malgré tout, défendu son texte, qui a l’avantage d’exister, a-t-elle argumenté. “Le consensus, ce n’est pas l’unanimité mais c’est un point d’équilibre“, a-t-elle expliqué. 

La ministre a également rappelé les conséquences désastreuses des émeutes de 2024 qui ont conduit l’île à la récession et à la perte de 15 000 emplois, pour convaincre les députés de la nécessité de voter ce texte.

Un texte qui divise les Calédoniens

Les députés français semblent aussi avoir appris la leçon de 2024. Le passage en force de l’ouverture du corps électoral en Nouvelle-Calédonie voté à Paris par les sénateurs et les députés avait déclenché trois semaines d’émeutes et occasionné des milliards de dégâts. Les indépendantistes s’y opposaient farouchement.

Aujourd’hui, sur 4 élus sénateurs et députés calédoniens, trois se disent opposés à Bougival, tandis que la commission des lois de l’Assemblée nationale a également rejeté le texte. Le projet du gouvernement avait donc fort peu de chance de franchir cette étape.

Le député indépendantiste Emmanuel Tjibaou à l’origine de cette motion de rejet a, peut-être, convaincu aussi une partie de l’hémicycle en plaidant contre un texte qu’il considère comme dangereux. "Quand le pays kanak est abîmé, le visage de la France est abîmé", en rappelant le bilan des émeutes qui ont fait 14 morts dont 11 Kanaks.

“C’est trop la France ou pas assez”

Au final, la réforme se heurte à une majorité d’oppositions, structurées autour de deux lignes principales: l’une anticoloniale, l’autre attachée à la défense d’une France “Une et indivisible”.
Il y a eu à la tribune de l’hémicycle ceux qui dénoncent un “acte colonial chimiquement pur” comme Fabien Lachaud de La France insoumise, et ceux qui dénoncent une atteinte à l’intégrité territoriale de la France, comme Marine Le Pen du Rassemblement national ou l’UDR (Union des droites pour la République), son allié qui accuse le texte de mener à “une indépendance déguisée.”

Le député loyaliste, pro-France, Nicolas Metzdorf de Renaissance a appelé les députés français à accepter le débat et la réforme. Il a regretté les commentaires entendus: “C’est soit trop l’indépendance ou c’est trop la France, voilà ce qu’on entend aujourd’hui”. L’élu calédonien s’est emporté refusant  que les élus de métropole décident pour les Calédoniens: “Nous sommes les seuls légitimes à décider de notre avenir “, a-t-il déclaré, “et vous, l’Assemblée nationale, vous votez à notre place”. Il rejoint, en cela, dans une sorte d’ironie politique amère la revendication des indépendantistes calédoniens qui souhaitent décider seuls de l’avenir de leur île.

Après ce vote, Sébastien Lecornu a annoncé sur X qu'il réunirait "la semaine prochaine", les signataires de l'accord de Bougival.