Manifestations dans tout le Québec après l’abandon d’un programme d’immigration

Plusieurs importantes manifestations ont eu lieu aux quatre coins du Québec pour dénoncer la fin du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) destiné aux francophones. Le sort de nombreux migrants vivant déjà au Québec est incertain.

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Des manifestations ont eu lieu dans tout le Québec contre l'abandon du programme PEQ / Others

“Catastrophe”, “décision inhumaine”, “trahison”: des manifestants ont clamé haut et fort samedi dans sept villes du Québec leur opposition à la fin du Programme de l’expérience québécoise (PEQ).

Le PEQ a été officiellement aboli le 15 novembre 2025 et il est remplacé par le nouveau Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) qui a été créé en juillet 2025. 

Mais la suppression de ce programme francophone n’est assortie d’aucun droit garanti pour les personnes qui ont déjà commencé leur parcours au Québec. Dans les manifestations, on a pu lire ce week-end des appels aux autorités canadiennes à tenir leurs promesses. “On a tout quitté pour le Québec”, “on ne peut pas repartir”.

Le PEQ recrutait à l’étranger des travailleurs. Les conditions d’admission à ce programme étaient strictes, mais permettaient d’obtenir rapidement une résidence permanente. Pour être admis au PEQ, il fallait avoir au moins deux ans d’expérience de travail au Québec, occuper un emploi au moment de la demande, connaître le français avancé dans tous les volets, vérifier que le conjoint ou la conjointe connaissait lui aussi le français avancé et que l’employeur soit établi au Québec. 

Chaque jour, la presse canadienne publie les témoignages de résidents au Québec qui vont devoir quitter la province. L’Université du Québec à Montréal (UQAM) pourrait ainsi perdre une vingtaine de professeurs, selon le Syndicat des professeurs et professeures de l’UQAM.

Le gouvernement refuse une clause “grand-père”

La co-porte-parole du parti Québec solidaire, Ruba Ghazal, a participé à l’un des rassemblements du week-end, dénonçant“une décision inhumaine et pour demander la seule chose qui s’impose: donner un droit acquis aux gens admissibles au PEQ”. 

La posture du gouvernement libéral est également critiquée par la Confédération des syndicats nationaux (CSN). Sa présidente, Caroline Senneville, estime que Québec a rompu sa promesse: “On ne change pas les règles en plein milieu du jeu“, a-t-elle souligné.

Les autorités québécoises refusent pour l’instant d’ajouter une clause de droits acquis aux personnes déjà installées dans la province même si Ottawa l’a réclamé. En 2024, environ 12 000 immigrants ont été admis au Québec en vertu du PEQ. En 2023, ils étaient 12 700.

Populaire sans être pour autant un raz-de-marée, ce dispositif prisé des Français et des ressortissants africains francophones permettait un accès quasi assuré à une résidence permanente.

La semaine dernière, le ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Jean-François Roberge, s’est engagé à admettre les 6300 employés du réseau de la santé visés par l’abolition du PEQ mais il se refuse toujours à accorder une clause “grand-père”, une clause de droits acquis aux orphelins du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), ce qui serait “irresponsable” selon lui.

Selon le ministre Roberge, 350 000 personnes seraient concernées par l’arrêt du PEQ. Le gouvernement assure que les résidents temporaires au Québec peuvent tenter d’intégrer le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ).
Reste que ceux-ci n’ont aucune assurance d’y être acceptés et que ce programme n’assure pas d’un accès à une résidence permanente.


Le PSTQ permet au Québec de sélectionner les candidats en fonction des pénuries d’emplois, des besoins des régions et de la maîtrise de la langue française.

Les nouvelles Fiches démographiques 2025, publiées le 14 janvier 2026 par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) indiquent une baisse de l’immigration et une phase de stagnation, voire de déclin démographique, pour plusieurs provinces qui sont désormais privées de l’apport migratoire.