Mozambique: TotalEnergies relance son projet gazier
Après un arrêt de cinq ans et une relance avortée en décembre, TotalEnergies annonce la reprise de son gigantesque chantier de production de gaz naturel au Mozambique.
C’est assurément le bout du tunnel pour la multinationale française des hydrocarbures TotalEnergies qui depuis cinq ans, tente de réaliser au Mozambique un mégaprojet gazier ? Pour Patrick Pouyanné, son directeur général, cela ne fait l’ombre d’aucun doute. Son groupe et le consortium Mozambique LNG, explique- t-il, ont obtenu des "garanties" sur la "sûreté et la sécurité" sur le terrain, ce qui était "la condition" pour annoncer en octobre la reprise du projet, paralysé depuis avril 2021.
Pour assurer la viabilité de l'usine de gaz naturel liquéfié (GNL) d’Afungi, le Mozambique a signé avec le Rwanda un nouvel accord pour sécuriser la zone où l'usine est en construction.
L’unité, qui doit entrer en production en 2029, "fera de la région une nouvelle source de sécurité énergétique mondiale", a déclaré le PDG de TotalEnergies, lors d'une cérémonie en présence du président du Mozambique, Daniel Chapo, sur le site du chantier d'Afungi réalisé à 40 % dans la province du Cabo Delgado (nord-est), limitrophe de la Tanzanie.
"C'est un jour de célébration pour le Mozambique, pour l'Afrique et pour le monde", a rétorqué pour sa part le président Chapo.
Confiance des investisseurs
Le Mozambique a été "capable de surmonter les défis et de restaurer la confiance des investisseurs nationaux et étrangers", s’est-il félicité, à propos de ce projet dont la relance a été retardée, entre menaces sécuritaires et incertitudes sur le financement.
Ce chantier évalué à 20 milliards de dollars (16,7 milliards d'euros), situé dans la province du Cabo Delgado (nord), à la frontière avec la Tanzanie, était gelé après une attaque terroriste en mars 2021 sur la ville de Palma, qui avait fait quelque 800 morts, selon l'ONG Acled.
Conséquence, "extension automatique" forcée de quatre ans et demi pour ce projet, a précisé le PDG à la presse. Le groupe devra en revanche attendre l'issue d'un "audit" du gouvernement sur sa demande de compensation pour les surcoûts associés, qu'il évalue à 4,5 milliards de dollars (3,8 milliards d'euros).
Initialement, le consortium Mozambique LNG avait, en 2020, conclu un accord de financement de 15,4 milliards de dollars (12,9 milliards d'euros) impliquant 30 prêteurs. Mais en décembre 2025, le projet a perdu le soutien, évalué à 2,2 milliards de dollars (1,84 milliard d'euros), des gouvernements britannique et néerlandais, ce qui a compromis le calendrier initial de démarrage du projet.
Ce sont finalement les partenaires de Mozambique LNG qui apporteront "des fonds propres supplémentaires pour remplacer les contributions" des agences de crédit à l'exportation britannique UKEF et néerlandaise Atradius, pour "environ 10% du financement externe", selon TotalEnergies.
10% de croissance en 2029
Présenté comme le plus grand investissement privé dans les infrastructures énergétiques en Afrique, le projet devrait contribuer à faire du pays, fort de ses gigantesques réserves sous-marines de gaz au large du Cabo Delgado, l'un des plus grands exportateurs mondiaux de GNL (gaz à l'état liquide transporté par bateau).
Selon des estimations du Fonds monétaire international en 2024, la croissance du Mozambique devrait accélérer fortement pour atteindre 10% lorsque Mozambique LNG commencera sa production, destinée notamment à l'Asie et l'Europe.
Plus de 4.000 travailleurs, dont 80% sont des Mozambicains, se trouvent aujourd'hui sur le site, selon M. Pouyanné. Son entreprise détient 26,5% dans Mozambique LNG, et en est l'opérateur.
Défi sécuritaire
Pour autant,TotalEnergies devra composer avec l'adversité des activistes des droits humains.
Dans un premier temps, le groupe français devra répondre des accusations d’homicide des survivants et des familles des victimes de l’attaque terroriste de 2021. Il est reproché à l’entreprise française de n’avoir pas suffisamment protégé ses sous-traitants.
L'entreprise est aussi visée par une plainte pour "complicité de crimes de guerre" déposée par l'ONG allemande European Center for Constitutional and Human Rights. Elle faisait suite à des témoignages recueillis par le média Politico accusant des soldats mozambicains chargés de protéger le site à l'arrêt d'avoir torturé et tué des civils, entre juillet et septembre 2021.e groupe français rejette l'ensemble de ces accusations, alors qu'une rebellion, animée par des acteurs affiliés à Daesh, sévit depuis 2017 dans le voisinage. Cette année, 633 attaques contre des civils ont été enregistrées, presque deux fois plus qu'en 2024, selon l'ONU.
Outre TotalEnergies, l'américain ExxonMobil, sous réserve des conditions de sécurité, envisage aussi d’investir dans un autre projet à Rovuma alors que l’italien ENI exploite le gaz mozambicain depuis 2012.
Ces projets "pourraient faire du Mozambique un des dix premiers producteurs mondiaux (de gaz, NDLR), contribuant à 20% de la production africaine d'ici à 2040", d'après un rapport du cabinet d'audit Deloitte de 2024.
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