“Antisémitisme”: la méthodologie douteuse des chiffres avancés par la loi Yadan

À l’approche de l’examen de la loi Yadan à l’Assemblée nationale, les chiffres de l’antisémitisme invoqués pour justifier le texte sont critiqués pour leur méthodologie fragile et leur interprétation qui confond critique d’Israël et racisme.

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Caroline Yadan aux côtés de Sophia Aram et Arthur, lors de la remise d'un prix de la Licra à l'Elysée / Photo : Compte X de Caroline Yadan / X

À quelques semaines de son examen en séance publique à l’Assemblée nationale, la proposition de loi portée par la députée Caroline Yadan, ne cesse de cristalliser les tensions.   

Déposée le 19 novembre 2024, la proposition de loi vise à lutter prétenduemment contre les “formes renouvelées de l’antisémitisme”. Elle prévoit de nouvelles infractions, notamment l’”apologie du terrorisme”, la négation du “droit à l’existence d’Israël” ou certaines comparaisons avec la Shoah. 

Adoptée en Commission des lois le 20 janvier 2026 (18 voix contre 16), elle a bénéficié de la procédure accélérée. Le gouvernement, via le Premier ministre Sébastien Lecornu, a confirmé en février vouloir l’examiner “dès le mois d’avril”.

Après un passage manqué à l’ordre du jour fin janvier faute de temps, l’Assemblée nationale a confirmé officiellement que le débat aura lieu les 16 et 17 avril prochain. Cette mise à jour a immédiatement relancé la mobilisation.

Une pétition en ligne contre cette loi liberticide sur le site de l’Assemblée nationale, recense d’ores et déjà plus de 450 000 signatures.

Des chiffres controversés

Mais une autre dimension contestée de la loi Yadan, demeure sa référence aux chiffres de l’”antisémitisme”.

Une analyse signée par la journaliste Sarra Grira, pour le site Orient XXI, tout en soulignant une montée inquiétante d’actes antisémites, pointe du doigt une instrumentalisation des chiffres dont la méthodologie reste non seulement douteuse mais repose surtout sur les chiffres d’organisation comme le Service de protection de la communauté juive (SPCJ), en lien étroit avec le très controversé Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF).

Le SPCJ a recensé 1 320 actes antisémites en 2025. Or, une part importante de ces actes inclut, selon son rapport, des références à la Palestine ou à Gaza, ce qui alimente les interrogations sur l’assimilation entre critique d’Israël et antisémitisme.

La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) souligne de son côté que ces données relèvent de remontées de terrain et ne constituent pas des statistiques scientifiques exhaustives.

En outre, le SPCJ et le CRIF s’appuient sur la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA), qui inclut certains exemples liés à Israël.

Cette définition est critiquée par plusieurs experts et organisations internationales pour son potentiel à restreindre la liberté d’expression.

Ces contestations portent notamment sur l’utilisation de slogans ou expressions liés à la cause palestinienne, dont la qualification comme “antisémites” reste très controversée.

Principale forme d’actes antireligieux ?

La proposition de loi reprend également l’idée selon laquelle l’antisémitisme constituerait la principale forme d’actes antireligieux en France, représentant plus de la moitié des faits recensés.

Cependant, la CNCDH note l’absence récente de données consolidées sur les actes antimusulmans, notamment depuis la dissolution du Collectif contre l’islamophobie en France, tandis que la Défenseure des droits, Claire Hédon, souligne pour sa part que si discriminations il y a, les plaintes émanent davantage de personnes musulmanes.

Enfin, le rapport du SPCJ omet de mentionner une quelconque référence à l’extrême droite dans l’analyse des causes de l’antisémitisme, préférant plutôt s’attarder sur les slogans pro-palestiniens.

Or, la CNCDH rappelle que les niveaux d’hostilité envers les juifs restent élevés dans certains segments électoraux liés à l’extrême droite, notamment autour du Rassemblement national.