L'UNRWA a orchestré une mission secrète et hautement sécurisée pour évacuer les archives historiques des réfugiés palestiniens hors de la bande de Gaza occupée.
Et le sauvetage a pris des allures de film d’action. Des volontaires ont mis en caisse des cartes d’identité, des déclarations de naissance, les fiches d’enregistrement familiales des réfugiés de Gaza de 1948, qui racontent la Nakba, le déplacement de milliers de Palestiniens lors de la création d’Israël. Ce travail s’effectuait parfois sous les bombes.
Une fois les caisses scellées, elles ont été chargées dans des camions de l'ONU pour traverser les points de passage frontaliers contestés.
Le voyage de ces archives devait rester inconnu des Israéliens, comme le révèle le journal Le Monde. Des employés de l’ONU exfiltrent de petites quantités lors de leur sortie de l’enclave, et ces papiers sont récupérés par des soldats jordaniens en Égypte lors de vols transportant des vivres ou des médicaments.
Jérusalem-Est était également menacée
La même opération a été menée à partir de 2024 depuis Jérusalem-Est, car les pressions israéliennes sur l’UNRWA s'intensifiaient. Le gouvernement Netanyahu voulait clairement bannir l’agence.
Début 2024, le complexe de Jérusalem-Est a été la cible de manifestations et d'une série d'incendies criminels qui ont causé d'importants dégâts. L’UNRWA est même accusée d’être antisémite et d’être infiltrée par le Hamas, ce qui a conduit à une crise financière, car d’importants donateurs ont suspendu leurs contributions sur la base des seules accusations d’Israël. Ces accusations n’ont jamais été soutenues par des preuves.
En janvier 2025, Netanyahu arrive à ses fins : la suspension de l’agence est actée par un vote. L’UNRWA n’a plus le droit d’opérer en Palestine et son quartier général est confisqué par les autorités israéliennes.
Des employés de l’UNRWA ont porté des documents à chacun de leurs voyages vers le royaume hachémite. Les missions diplomatiques basées à Jérusalem, contactées pour aider à mettre ces archives à l’abri, ont décliné.
Des archives qui remontent à 1950
Aujourd’hui, ce matériel a été transféré dans des entrepôts sécurisés à Amman en Jordanie pour y être inventorié et numérisé en priorité. Avec près de 30 millions de documents désormais numérisés, l'UNRWA ambitionne de pouvoir fournir à chaque réfugié palestinien son arbre généalogique et tous les documents justificatifs, ainsi que de construire des cartes illustrant les schémas de déplacement de 1948.
L’UNRWA a été créée en 1949 pour apporter des abris, des soins médicaux et organiser l’éducation des familles palestiniennes déplacées.
Au fil des décennies, l’agence a accumulé des archives qui comprennent plus de 430 000 négatifs et des milliers de films documentant la vie des réfugiés. Celles-ci ont été inscrites par l'UNESCO sur la liste "Mémoire du monde" en 2009.
Cette opération permet de préserver l'histoire des familles palestiniennes et éviter l’effacement de leur histoire. "Leur destruction aurait été catastrophique… S’il existe un jour une solution juste et durable à ce conflit, alors c’est la seule preuve que l’on puisse utiliser pour démontrer qu’il y avait autrefois des Palestiniens vivant à cet endroit précis", a déclaré Roger Hearn, un haut responsable de l’UNRWA qui a supervisé l’opération, au journal britannique The Guardian.
Ces archives sont en effet cruciales car elles attestent du statut de réfugié des familles palestiniennes et de leurs descendants. Ce statut est en effet aujourd’hui contesté par l’État d’Israël : il refuse de le reconnaître et veut également annuler le droit au retour qui s’y attache.
Non seulement Israël veut pousser au départ les populations palestiniennes, mais il veut également contester leur droit au retour.
Israël nie souvent l’existence d’une Palestine, voire d’un peuple palestinien, et l’état hébreu est soupçonné de vouloir effacer toute preuve de cette histoire.
Ainsi, en septembre 2025, l'Observatoire euro-méditerranéen des droits de l'homme a alerté sur la destruction systématique par Israël de quartiers historiques, lieux de culte, bibliothèques, musées et archives à Gaza.
L’observatoire dénonçait une politique déclarée de destruction de la ville, de son histoire et de déplacement forcé de ses habitants.




















