Le ministère de l'Intérieur marocain a donné dimanche un premier bilan des migrants morts en tentant de rejoindre illégalement ces derniers jours l'enclave espagnole de Ceuta depuis le Maroc, estimant que 11 personnes avaient perdu la vie sur le versant marocain de la frontière, Madrid recensant au moins 72 morts.
Dix personnes sont décédées par noyade tandis que la onzième a chuté d'une zone rocheuse entre la ville marocaine frontalière de Fnideq et Ceuta, a déclaré le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Rachid El Khalfi, soulignant que le Maroc se coordonne avec l'Espagne pour vérifier le décompte et contribuer à l'identification des corps retrouvés du côté espagnol.
Pour le ministère de l'Intérieur, cette crise migratoire résulte notamment de "l'exploitation malveillante" des réseaux sociaux, de "la diffusion d'informations trompeuses" et d'"interprétations erronées de dispositions légales". Le ministère fait ainsi référence à une récente décision de la Cour suprême espagnole, selon laquelle le renvoi immédiat d'un migrant ne s'appliquerait pas aux personnes arrivées par voie maritime.
Le ministère marocain a annoncé 40.000 "tentatives" de franchissement irrégulier de la frontière vers Ceuta et que 1.135 personnes ont cherché à rejoindre l'autre enclave espagnole de Melilla, située à 400 kilomètres plus à l'est. Toutes les personnes arrivées à Melilla ont été renvoyées immédiatement sur le territoire marocain.
Selon Madrid, plus de 60.000 personnes ont réussi à atteindre Ceuta ces derniers jours mais la quasi-totalité a été aussitôt renvoyée vers la ville marocaine voisine, Fnideq.
Selon l'Association marocaine des droits humains (AMDH), le bilan atteint "près de 130 victimes" avec "des dizaines de disparus" tandis que l'Observatoire du nord des droits humains (ONDH), basé dans la région de Fnideq, estime qu'il "pourrait avoisiner les 100 morts, sans compter les dizaines de disparus".
Des enquêtes judiciaires sur cet afflux inédit ont été ouvertes par le parquet, a assuré le ministère de l'Intérieur.
Cette crise a éclaté à un moment symbolique où le Maroc marquait la fête du Trône, célébrant l'accession au pouvoir en 1999 de Mohammed VI.
Surenchère politique de Trump et Milei
Le président ultralibéral argentin Javier Milei a accusé dimanche sans preuve le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez de se servir de l'arrivée de migrants pour "les naturaliser" puis obtenir leurs suffrages pour "perpétuer sa tyrannie", alors qu'il était interrogé sur la crise migratoire de Ceuta.
Le président américain Donald Trump, allié de Javier Milei, et l'extrême droite européenne se sont aussi emparés des images de Ceuta pour défendre leur politique anti-immigration et attaquer leurs adversaires de gauche.
"Si nous ne sommes pas au pouvoir, notre pays sera envahi à des niveaux qui feront passer ce qui arrive en Espagne pour de la gnognotte", a notamment déclaré le président américain, parlant d'une "invasion".
Jeudi, le gouvernement de Javier Milei avait publié un décret interdisant à l'avenir l'entrée, ou rendant passible d'expulsion, les étrangers hostiles aux Argentins ou au pays.
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