Mort de Nahel à Nanterre: le policier renvoyé devant la justice, l’intention de tuer écartée
Près de deux ans après la mort de Nahel, tué lors d’un contrôle routier à Nanterre, la justice a tranché sur la qualification pénale des faits.
La cour d’appel de Versailles a décidé, ce jeudi, que le policier auteur du tir serait jugé pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, et non pour meurtre.
Le 27 juin 2023, Nahel, 17 ans, avait été mortellement touché par le tir d’un motard de la police après un refus d’obtempérer au volant d’une Mercedes à Nanterre (Hauts-de-Seine). L’affaire avait provoqué une onde de choc en France et déclenché plusieurs nuits d’émeutes dans de nombreuses villes.
Dans un communiqué publié ce jeudi, la cour d’appel de Versailles indique ordonner le renvoi du fonctionnaire, Florian M., devant la cour criminelle départementale des Hauts-de-Seine pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner.
Cette décision marque un tournant dans la procédure. En juin 2025, deux juges d’instruction avaient, en effet, ordonné le renvoi du policier devant une cour d’assises pour meurtre, suivant les réquisitions du parquet de Nanterre. Ils avaient alors rejeté l’argument de la défense selon lequel le tir aurait été justifié.
Florian M. avait fait appel de cette ordonnance. L’examen du dossier s’était tenu à huis clos devant la chambre de l’instruction en décembre dernier.
Dans son arrêt, la cour d’appel estime qu’il n’est “pas établi que Florian M. était animé, au moment du tir, de la volonté d’ôter la vie au conducteur”. Les magistrats considèrent également que le policier a pu croire que le redémarrage du véhicule représentait un danger potentiel pour lui-même ou pour des tiers.
La colère de la famille de Nahel
La décision a immédiatement suscité l’indignation de la mère de Nahel. Son avocat, Me Frank Berton, a dénoncé une décision “scandaleuse” et “honteuse”.
Selon lui, la chambre de l’instruction a privé la cour d’assises du débat sur l’intention de tuer. “Elle s’est arrogé le droit d’établir avant tout procès que le policier n’avait pas l’intention de tuer. C’était précisément à une cour d’assises d’en juger”, a-t-il déclaré.
L’avocat a également indiqué attendre que le procureur général se pourvoie en cassation.
De son côté, la défense du policier estime que la décision ne va pas assez loin. L’avocat de Florian M., Me Laurent-Franck Liénard, espérait un non-lieu pur et simple.
“La cour reconnaît qu’il n’y avait pas d’intention d’homicide, donc qu’il n’a pas tenté de tuer Nahel Merzouk”, a-t-il souligné. Selon lui, les magistrats n’ont pas eu “le courage de prononcer le non-lieu”, affirmant que son client n’a fait qu’appliquer la loi. Depuis le début de l’enquête, le policier invoque la légitime défense.
Florian M. avait été mis en examen pour meurtre et placé en détention provisoire pendant cinq mois avant d’être remis en liberté sous contrôle judiciaire en novembre 2023.
L’autre policier présent lors du contrôle, également motard, ne sera pas poursuivi. La chambre de l’instruction a confirmé le non-lieu prononcé à l’issue de l’enquête.
Son avocate, Me Pauline Ragot, s’est félicitée d’une décision qui “entérine l’innocence absolue de son client. Elle conteste par ailleurs les déclarations des passagers présents dans le véhicule de Nahel et annonce le dépôt d’une plainte pour dénonciation calomnieuse à leur encontre.