Le 19 avril dernier, dans le quartier de l’Arbousset à Espaly-Saint-Marcel, en Haute-Loire, un homme de 65 ans a brandi une carabine à plombs près d’un groupe d’enfants âgés de 6 à 11 ans qui jouaient dehors.
Cet incident a rapidement révélé des versions contradictoires, mais surtout une gestion initiale par les autorités qui a minimisé ou écarté la portée raciste des faits allégués, malgré des témoignages concordants rapportés dès les premiers jours par la presse locale.
Selon de multiples témoins et familles cités par Le Progrès et d’autres médias, l’homme aurait poursuivi les enfants en criant des insultes telles que “Dehors les Noirs et les Arabes !”, “dehors sales Arabes !” ou encore “sale nègre, sale arabe”.
Un garçon de 10 ans aurait été visé et touché au mollet. Les habitants décrivent un racisme répété de la part de cet individu depuis plusieurs années dans le quartier HLM.
L’homme et son avocate contestent ces faits, affirmant qu’il aurait tiré en l’air (ou le coup serait parti accidentellement) pour faire cesser les nuisances sonores, sans viser quiconque et sans tenir de propos racistes lors de l’incident.
Première enquête, pas de dimension raciste
Mardi dernier, le procureur de la République du Puy-en-Velay, Antoine Jocteur-Monrozier, a diffusé un communiqué, indiquant qu’aucun tir dirigé vers des personnes n’avait été constaté, aucun blessé (le certificat médical de l’enfant mentionnait 0 jour d’ITT et aucune lésion visible), et surtout “ni le plaignant, ni ses représentants légaux, ni les témoins auditionnés n’ont fait état de propos à caractère raciste”.
Le suspect avait déjà été placé en garde à vue puis relâché, convoqué pour “violences avec arme” en juillet 2026. Les faits étaient alors traités comme un excès lié à un conflit de voisinage autour du bruit.
Cette position officielle contrastait fortement avec les témoignages publiés dans la presse régionale dès le 20 avril. Des familles et témoins avaient pourtant relaté les insultes racistes aux enquêteurs, selon leurs déclarations ultérieures.
Le père de l’enfant visé a affirmé avoir constaté, en relisant la plainte, que les propos racistes n’y figuraient pas. Selon certains récits, des policiers lui auraient alors déconseillé d’insister, estimant que les faits principaux étaient reconnus.
Reconnaissance du caractère raciste après mobilisation
Il a fallu l’intervention de SOS Racisme, une nouvelle plainte du père, des auditions complémentaires et la diffusion d’une vidéo antérieure dans laquelle l’homme déclarait “Je suis raciste et je suis fier d’être raciste” pour que le parquet ouvre, les 22-23 avril, une seconde enquête pour “injure publique en raison de l’origine, l’ethnie, la race ou la religion”.
Le procureur a alors indiqué que les éléments nouveaux justifiaient cette procédure distincte, tout en maintenant la première information judiciaire.
Cette chronologie a suscité l’incompréhension et la colère dans le quartier. Des habitants et associations ont dénoncé une forme d’indifférence ou de minimisation initiale face à la dimension raciste, alors même que des témoins l’évoquaient publiquement.
Des médias nationaux ont relayé à la fois les témoignages accusateurs et le communiqué du parquet, mais l’affaire n’a pris une ampleur nationale qu’après l’ouverture de la seconde enquête et un rassemblement samedi.
Ce jour-là, plus de 200 personnes (jusqu’à 250 selon les organisateurs) se sont réunies à l’appel de SOS Racisme et d’un collectif d’habitants pour dénoncer le racisme et exprimer leur peur pour les enfants. L’homme a depuis été relogé hors du quartier.
Les deux enquêtes sont toujours en cours. Elles devront établir précisément si les insultes racistes ont bien été proférées pendant ou autour de l’incident, si elles s’inscrivent dans un contexte de harcèlement répété, et si les premières auditions ont correctement pris en compte tous les éléments rapportés par les victimes et témoins.














