Une colère agricole tenace depuis l'hiver dernier, des partis politiques divisés, des associations vent debout et une mesure hautement inflammable de retour... Les sénateurs ont frappé fort au premier jour de l'examen du projet gouvernemental en ressuscitant une partie des mesures de la loi dite "Duplomb", cible d'une vive fronde l'an dernier avant d'être partiellement censurée par le Conseil constitutionnel.
À 183 voix contre 129, la chambre haute s'est positionnée sans surprise pour autoriser la réintroduction dérogatoire et encadrée de deux produits phytosanitaires, l'acétamipride et le flupyradifurone, des insecticides interdits en France mais autorisés ailleurs en Europe.
"Nous sommes les seuls à interdire des molécules en Europe depuis plus de dix ans. On tue à petit feu notre production française de fruits pour finir par importer en masse ces mêmes fruits, produits avec ces mêmes molécules", a justifié le sénateur Laurent Duplomb (Les Républicains, droite).
La gauche a de son côté crié à la "surenchère pro-pesticides" et à "l'acharnement", relayant les inquiétudes d'associations de défense de l'environnement.
Le sénateur écologiste Daniel Salmon a fustigé "un gigantesque renoncement", le socialiste Jean-Claude Tissot un "retour en arrière inacceptable".
Le gouvernement n'a pu cacher sa gêne face à ces mesures, conscient qu'un tel totem politique risquait de compliquer la suite de l'examen de ce projet de loi, adopté à l'Assemblée nationale début juin avec un soutien allant du camp présidentiel au Rassemblement national (extrême droite).
Si le bloc central se fracturait autour de ce volet, le texte pourrait se voir privé de majorité. Députés et sénateurs seront chargés mi-juillet de trouver un terrain d'entente lors d'une commission mixte paritaire.
Mais ce volet sur les insecticides est loin d'être le seul irritant du texte, d'autant que le Sénat promet de lever un peu plus les contraintes au métier d'agriculteur sur plusieurs secteurs clés comme la gestion de l'eau et la prédation du loup.
Au sortir d'une canicule exceptionnelle, le dense volet sur l'eau risque de faire parler ces prochains jours. Il prévoit d'atténuer les obligations environnementales sous-jacentes à la construction d'ouvrages de stockage, et le Sénat prévoit de le renforcer.
Le gouvernement portera des amendements pour supprimer plusieurs de ces ajouts. Plus de 800 amendements doivent encore être mis au vote, présageant de longs débats.















