AFRIQUE
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La stratégie sanitaire de Trump décriée en Afrique
La nouvelle stratégie sanitaire de Trump en Afrique, inspirée par sa politique MAGA, est de plus en plus contestée sur le continent. Les pays d’expression anglaise mènent la fronde.
La stratégie sanitaire de Trump décriée en Afrique
Manifestations à Nairobi contre un plan de mise en quarantaine soutenu par les États-Unis au Kenya. / REUTERS

En Afrique, la contestation des accords bilatéraux médicaux signés avec les États-Unis fin février 2026 gagne du terrain. Les 12,2 milliards de dollars promis par Washington sur un projet global de 19,8 milliards de dollars, dans le cadre du nouveau financement de la santé en Afrique, sont de plus en plus remis en cause.

La société civile kényane semble mener la contestation, avec succès pour le moment. Elle a obtenu, vendredi dernier, la suspension par la justice du projet de construction et d’installation à Nairobi d’un centre d’isolement d’Ebola.

"Nous sommes informés de l’action judiciaire engagée au Kenya contre le centre d’isolement Ebola. Nous sommes en contact avec les autorités kényanes et restons optimistes quant à la résolution des objections", indique un communiqué du bureau de Jeremy P. Lewin, sous-secrétaire américain chargé de l’aide étrangère, des affaires humanitaires et de la liberté religieuse.

Avant cela, la Haute Cour de justice kényane avait ordonné la suspension temporaire de l’accord signé le 4 décembre 2025 à Washington par le Premier ministre Musalia Mudavadi et le secrétaire d’État américain Marco Rubio.

La décision fait suite aux recours déposés par la Fédération nationale des consommateurs (COFEK) et le sénateur Okiya Omtatah. Ils accusent l’accord de contrevenir à plusieurs textes nationaux, notamment la loi sur la protection des données et le règlement sur l’échange de données de santé numériques de 2025. La COFEK déplore l’absence de consultation des citoyens, détenteurs des données de santé, et estime que le protocole porte atteinte au droit constitutionnel à la vie privée.

La question des données sanitaires

La question des données personnelles des malades cristallise les malentendus entre Américains et Africains. Les autorités sud-africaines, kényanes et sénégalaises auraient exprimé des réserves sur la question. Elles jugent que la cession des données exposerait leurs citoyens à des usages commerciaux ou de recherche échappant à tout contrôle souverain.

"Les échantillons de pathogènes figurent parmi les ressources les plus précieuses de l’écosystème pharmaceutique."

Du reste, à la suite du Zimbabwe, le Ghana a aussi décidé de rompre les négociations avec Washington. Les Américains exigeaient l’accès aux données personnelles de ses citoyens, a indiqué à l’AFP une source gouvernementale.

L’ampleur de l’accès aux données demandée dans le cadre de cet accord "allait bien au-delà de ce qui est habituellement requis", a expliqué Arnold Kavaarpuo, directeur général de la Commission de protection des données du Ghana.

"Les données de santé constituent un atout public stratégique", insiste Allan Maleche, directeur exécutif de l’ONG kényane "Justice for Health", sur le site spécialisé en recherche scientifique SciDev. "La manière dont elles (données, NDLR) sont gérées aujourd’hui déterminera la capacité de l’Afrique à contrôler les politiques de santé publique pour les décennies à venir."

S’appuyant sur le cas kényan, il souligne que les accords de coopération internationale en matière de santé ne sont pas de simples "arrangements techniques".

"Elles ont des implications constitutionnelles, financières et en matière de droits de l’homme, en particulier lorsqu’elles se rapportent aux systèmes de surveillance, aux infrastructures de santé numérique et à des données sensibles", indique-t-il.

"Sans transparence, sans garanties et sans coordination régionale, l’Afrique risque de financer des systèmes sur lesquels elle n’a aucun contrôle", met en garde Peter Waiswa, enseignant à l’École de santé publique de l’Université Makerere.

Dans une publication de l’Institut d’études de sécurité de Pretoria, il craint que le fait de consacrer une part importante des budgets nationaux à des priorités définies à l’extérieur puisse limiter la capacité des gouvernements à relever les nouveaux défis sanitaires, tels que les maladies tropicales négligées et les maladies non transmissibles.

"Ces accords pourraient contraindre les choix politiques futurs et même influencer la manière dont les pays interagissent avec d’autres partenaires", ajoute-t-il.

La Zambie, elle aussi, a renoncé au projet d’accord en matière de santé avec des contreparties en accès aux ressources naturelles et aux données. [[La phrase semble incomplète : "n'a pas encore abouti".]]

"Une menace pour l’Afrique"

La politique de Donald Trump, qui privilégie d’abord les intérêts américains, apparaît comme une menace pour le système de santé en Afrique, estime l’anthropologue médicale sénégalaise Fadimatou Hane. "On nous parle de la démocratie sanitaire, on nous parle du droit à la santé, mais en réalité, on est dans un système où il y a une déprotection des plus pauvres face à l’accès aux soins et une super protection des gens qui sont riches parce que c’est eux qui financent."

Pire, regrette-t-elle, avec la nouvelle politique sanitaire de Trump en Afrique, le continent perd sa souveraineté sanitaire, eu égard à sa grande dépendance aux financements extérieurs. "C’est cynique de le dire (...) quand on parle de santé mondiale (...) On peut décréter une fin de la démocratie sanitaire, une fin de la diplomatie sanitaire et aussi un épistémicide", tranche Fatoumata Hane.

Principaux financiers des systèmes de santé sur le continent, d’après la fondation Kaiser, les États-Unis opèrent en position de force. Plus d’une douzaine de pays africains ont déjà adhéré aux accords américains. On retrouve notamment le Nigeria, le Kenya, le Rwanda, l’Ouganda, le Lesotho, l’Eswatini, l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, etc.

Toutefois, les voix populaires continuent de se faire entendre contre la nouvelle politique de santé américaine en Afrique. Hier encore, des centaines de manifestants se sont rassemblés lundi à Nanyuki, dans le centre du Kenya, pour protester contre le projet des États-Unis d’instaurer un centre de quarantaine pour les personnes potentiellement infectées par le virus Ebola, selon Reuters.

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SOURCE:TRT Français